Pour lire René Girard


Dans le texte que nous redonnons ici en accès libre (voir ci-dessous), René Girard confronte sa théorie de la rivalité mimétique à l’explication de la rivalité proposée par Freud. Pour cela, il s’interroge sur l’admiration que Nietzsche portait à Wagner. En quoi nourrit-elle sa pensée et même sa folie créatrice, puis sa folie tout court ? Pour Girard, le triangle œdipien de Freud n’est en rien capable d’éclairer le rapport profond du philosophe au musicien. On retrouve dans ce texte une mise à l’épreuve de sa propre théorie par Girard et son goût de la confrontation aux auteurs classiques. Sa capacité de lecture et d’interprétation des grands textes faisait un des charmes de la lecture de ses livres, depuis son premier essai, Mensonge romantique et vérité romanesque (1961). Il éclaire ici aussi son analyse de Nietzsche à partir de Dostoïevski, un auteur qui l’accompagne depuis son deuxième livre, Dostoïevski, du double à l’unité (1963).

 

Esprit consacre un dossier à la pensée de René Girard dès la parution de son essai sur la Violence et le sacré (1972). C’est Alfred Simon qui présente une lecture d’ensemble des thèses de l’ouvrage. Puis,   dans une longue discussion (à laquelle participent notamment Jean-Marie Domenach, Pierre Pachet et Michel Deguy), Girard expose et défend le système de pensée qu’il met en place à partir de son idée de violence fondatrice.

 

Par la suite, Esprit a eu l’occasion à de nombreuses reprises de poursuivre le dialogue avec cette œuvre, soit à travers des comptes rendus (voir les références dans la colonne de droite), soit à travers des confrontations de sa pensée à d’autres auteurs comme Ivan Illich (voir ici l’article de Jean-Pierre Dupuy).  Le rôle conféré à la violence fondatrice et l’interrogation sur les moyens de dépasser la dimension sacrificielle de l’institution du social offrent de multiples occasions soit d’illustrer soit de contester l’intuition girardienne sur la religion et la culture (voir la lecture critique d'Henri-Jacques Stiker). Mais le retour du terrorisme sur les devants de la scène politique impose de reconnaître un statut particulier de la violence, en se démarquant d’une lecture seulement sociologique ou sécuritaire des actes kamikazes : la destruction du lien social par l’acte terroriste nous impose de revenir à l’énigme fondatrice du vivre-ensemble (voir l'article récent de Bernard Perret sur les attentats de janvier). La fondation de la communauté politique passe par la reconnaissance et le dépassement de sa violence inaugurale.