Robert Castel, l'intelligence de la question sociale
Discret et érudit, Robert Castel n'écrivait pas souvent à la première personne. Il nous a pourtant envoyé en juin 2007, un texte personnel sur une rencontre qui avait "changé le cours de (sa) vie" alors qu'il était élève au collège technique de Brest. Ce souvenir, qui exprime une dette tardive, était aussi pour lui l'occasion de revenir de manière très simple mais très ferme sur les priorités politiques auxquelles il était attaché. Ce texte laisse transparaître sa personnalité, qu'il ne cherchait pas à mettre en avant dans ses travaux savants, mais dont les lignes de force organisaient profondément le sens de ses recherches sur la question sociale.
Dans les années 1970, Robert Castel s'interrogeait sur la psychiatrie, le discours médical et le contrôle social (voir ici). D'où une approche heureusement peu réductrice de la question de l'individu, qui fait l'objet de la très belle conclusion de son oeuvre majeure, "La métamorphose de la question sociale", et l'intérêt de son livre d'entretien sur la construction de l'individu moderne (voir ici). C'est ce fond philosophique, associé à une enquête historique de grande envergure, qui donne tout l'intérêt de sa "chronique du salariat", qui met en perspective les questions de la précarité contemporaine (voir ici).
Ses travaux plus récents participaient au large débat sur l'affaiblissement du travail parmi les principes organisateurs de notre système de solidarité. Avec le chômage massif et l'effritement de la condition salariale, on voit apparaître, en guise de résultat des politiques de traitement social du chômage, une situation intermédiaire, le sous-emploi, qui n’est ni le chômage ni le salariat protégé (voir ici). L'aggravation du chômage en cours ne rend que plus importante la réflexion au long cours de Robert Castel.