Female Trouble
elles@centrepompidou
Fascinant accrochage organisé par le Musée Beaubourg sur 8000 m2, regroupant 200 artistes et plus de 500 œuvres, elles@centrepompidou est l'expression des femmes dans ce qu'elles ont de plus brutal et de plus délicat à la fois.
L'installation a vocation de manifeste : l'Art n'a pas de sexe. Ni féminin, ni féminisme dans le choix des œuvres, la reconnaissance seulement d'une identité particulière, celle des peintres avec un grand E, de leur parcours, de leurs passions pour le corps et de leur difficulté parfois à vivre dans un monde d'hommes.
L'exposition se compose de 7 chapitres aux titres évocateurs. « Pionnières » revient sur les artistes du début du XXe siècle : souvent décalées, peu reconnues, elles posent un regard profondément novateur sur la société. C'est le cas de Frida Kahlo, peintre mexicaine qui a initié le mouvement surréaliste, ou bien encore de Marie Laurencin, qui a côtoyé les grands noms du cubisme et de la poésie de son époque. Les chapitres « Eccentric abstraction », « Une chambre à soi », « Le mot à l'œuvre » et « Immatérielles », mettent, eux, l'accent sur la diversité et la l'efficacité de l'inspiration féminine (de la peinture à l'architecture, en passant par la sculpture, l'installation et la vidéo). Des œuvres choc, modernes, ambitieuses, qui tirent le féminin du côté du corps et de la transfiguration. Longtemps exclues du discours artistiques, les femmes créent leur espace de réflexion, s'approprient les règles de l'Art et affirment leur capacité à renouveler les matériaux de l'œuvre. On retiendra les installations d'Annette Messager, dont Les pensionnaires, de 1971-72, qui met en scène une série de moineaux morts dans des postures humaines, indélicates, voire douloureuses (transpercés par une flèche, dans une baignoire, momifiés). Cette œuvre résume l'esprit de l'exposition : une violence omniprésente, sur un fond d'amour maternel et de désir charnel.
Sans conteste, les salles « Feu à volonté » et « Corps slogan » s'imposent comme l'apogée de l'installation. Les femmes y sont engagées, nues, dépecées même par Jane Sterbak et sa robe de viande (Vanitas : robe de chaire pour albinos anorexique, 1987). Les géantes de l'Art conceptuelles se côtoient et toujours la même sensation : le corps féminin est au centre du monde. Orlan et son audacieux Baiser de l'artiste, 1977, Elke Krystufek et l'imposant Size do not matter, age does matter, 2006, ou encore Niki de Saint-Phalle et ses énormes femmes boursouflées par la maternité qui ornent le mur d'entrée de l'exposition (Crucifixion, 1965 et La mariée, 1963), toutes rappellent que le corps humain a des limites, dans le temps et dans l'espace, et qu'il est voué à la destruction. Vanité douloureuse, toujours liée au désir de beauté imposé par la société, frustrations qui s'expriment par un démantèlement du corps féminin, de ses attributs et de ses fonctions. Une œuvre donne des frissons aux visiteurs, The somnambulist, de Wendy Jacob (1993) : des couvertures bleues recouvrent deux corps non identifiés, apparemment humains, qui se soulèvent lentement au rythme de respirations silencieuses. Qu'y a-t-il sous la couverture ? Quel est ce corps informe que les artistes ne parviennent pas à figurer autrement qu'en le disséquant ?
Beaucoup de violence donc, mais de violence artistique, souvent courageuse. Gina Pane grimpe son échelle dont les barreaux sont hérissés de pics, Escalade non anesthésiée, 1971, et son sang coule comme un manifeste. L'Art ne saurait exclure plus longtemps les femmes. Elles investissent Beaubourg jusqu'en 2010, le temps de plonger les spectateurs dans un univers étrange, aux codes décalés, et peut-être d'influencer d'autres grands musées à mettre davantage en valeur le travail des artistes femmes.
Julie Lambert
Françoise Gaillard, professeur à l'université Paris VII, philosophe et passionnée d'Art, revient sur l'accrochage en vidéo :
L'installation a vocation de manifeste : l'Art n'a pas de sexe. Ni féminin, ni féminisme dans le choix des œuvres, la reconnaissance seulement d'une identité particulière, celle des peintres avec un grand E, de leur parcours, de leurs passions pour le corps et de leur difficulté parfois à vivre dans un monde d'hommes.
L'exposition se compose de 7 chapitres aux titres évocateurs. « Pionnières » revient sur les artistes du début du XXe siècle : souvent décalées, peu reconnues, elles posent un regard profondément novateur sur la société. C'est le cas de Frida Kahlo, peintre mexicaine qui a initié le mouvement surréaliste, ou bien encore de Marie Laurencin, qui a côtoyé les grands noms du cubisme et de la poésie de son époque. Les chapitres « Eccentric abstraction », « Une chambre à soi », « Le mot à l'œuvre » et « Immatérielles », mettent, eux, l'accent sur la diversité et la l'efficacité de l'inspiration féminine (de la peinture à l'architecture, en passant par la sculpture, l'installation et la vidéo). Des œuvres choc, modernes, ambitieuses, qui tirent le féminin du côté du corps et de la transfiguration. Longtemps exclues du discours artistiques, les femmes créent leur espace de réflexion, s'approprient les règles de l'Art et affirment leur capacité à renouveler les matériaux de l'œuvre. On retiendra les installations d'Annette Messager, dont Les pensionnaires, de 1971-72, qui met en scène une série de moineaux morts dans des postures humaines, indélicates, voire douloureuses (transpercés par une flèche, dans une baignoire, momifiés). Cette œuvre résume l'esprit de l'exposition : une violence omniprésente, sur un fond d'amour maternel et de désir charnel.
Sans conteste, les salles « Feu à volonté » et « Corps slogan » s'imposent comme l'apogée de l'installation. Les femmes y sont engagées, nues, dépecées même par Jane Sterbak et sa robe de viande (Vanitas : robe de chaire pour albinos anorexique, 1987). Les géantes de l'Art conceptuelles se côtoient et toujours la même sensation : le corps féminin est au centre du monde. Orlan et son audacieux Baiser de l'artiste, 1977, Elke Krystufek et l'imposant Size do not matter, age does matter, 2006, ou encore Niki de Saint-Phalle et ses énormes femmes boursouflées par la maternité qui ornent le mur d'entrée de l'exposition (Crucifixion, 1965 et La mariée, 1963), toutes rappellent que le corps humain a des limites, dans le temps et dans l'espace, et qu'il est voué à la destruction. Vanité douloureuse, toujours liée au désir de beauté imposé par la société, frustrations qui s'expriment par un démantèlement du corps féminin, de ses attributs et de ses fonctions. Une œuvre donne des frissons aux visiteurs, The somnambulist, de Wendy Jacob (1993) : des couvertures bleues recouvrent deux corps non identifiés, apparemment humains, qui se soulèvent lentement au rythme de respirations silencieuses. Qu'y a-t-il sous la couverture ? Quel est ce corps informe que les artistes ne parviennent pas à figurer autrement qu'en le disséquant ?
Beaucoup de violence donc, mais de violence artistique, souvent courageuse. Gina Pane grimpe son échelle dont les barreaux sont hérissés de pics, Escalade non anesthésiée, 1971, et son sang coule comme un manifeste. L'Art ne saurait exclure plus longtemps les femmes. Elles investissent Beaubourg jusqu'en 2010, le temps de plonger les spectateurs dans un univers étrange, aux codes décalés, et peut-être d'influencer d'autres grands musées à mettre davantage en valeur le travail des artistes femmes.
Julie Lambert
Françoise Gaillard, professeur à l'université Paris VII, philosophe et passionnée d'Art, revient sur l'accrochage en vidéo :