Comment entendre les demandes de levée du secret des origines ?


Si l’on constate que nombre de pays renoncent à l’anonymat des dons dans le cadre de l’assistance médicale à la procréation, notamment sous l’influence d’associations de jeunes adultes conçus par dons, encore faut-il comprendre ce qui motive leurs revendications. La pratique clinique éclaire ici la diversité des situations personnelles et montre qu’il s’agit moins d’une contestation du statut du père que d’une interrogation plus large sur la construction de son identité et du rôle qu’y joue l’institution médicale.

La demande de recherche des origines, telle qu’on la rencontre chez certains adultes conçus par don de sperme anonyme, est souvent liée au fantasme (sous forme de peur ou de désir) d’une rencontre avec des sujets conçus avec les gamètes de l’homme qui a donné du sperme pour leur conception. Rencontre soit avec des enfants de cet homme, père de famille au moment du don – dans le régime français–, qui a donc des enfants dans la même tranche d’âge que ces jeunes adultes ; soit avec des enfants nés d’une autre insémination que celle qui a occasionné leur conception, mais avec les paillettes de sperme du même donneur que pour la leur. Ces jeunes1 évoquent ainsi des siblings d’un genre nouveau car ce ne sont pas des frères et sœurs ni même des demi-frères ou demi-sœurs au sens où on l’entend en anglais. Ce ne sont pas non plus des « quasi » au sens défini par Irène Théry2, des enfants élevés ensemble dans une famille recomposée sans avoir de parents en commun. Ce sont des siblings génétiques qui n’ont jamais eu connaissance les uns des autres.

Or, on a beau opposer à ces jeunes gens les calculs de statistiques de population montrant que les risques de rencontre entre eux et ces siblings sont très faibles (ils ne sont pas nuls cependant, donneurs comme receveurs vivant en France dans le même environnement géographique), on ne peut à l’évidence balayer ce fantasme d’un revers de main. D’autant que les faits sont là, têtus : génétiquement, et même si c’est seulement génétique, ces adultes ont bel et bien un lien. S’ils se mariaient ou procréaient entre eux, il s’agirait alors d’unions consanguines organisées par la loi. Paradoxe pour le moins étrange !

Ces pratiques d’effacement de l’identité d’origine intéressent autant l’ex-anthropologue que la psychanalyste que je suis. Mais nombre de juristes s’interrogent eux aussi sur les conséquences à long terme du principe d’anonymat. Une grande spécialiste du droit français de la famille (le Pr Dekeuwer-Desfossez) faisait la remarque suivante, symptomatique de cette « pagaille », à la Commission des lois du Sénat :

Les problèmes des enfants nés d’insémination artificielle avec don de sperme (Iad) et qui ont une fausse filiation ne peuvent qu’éclater un jour […]. Dans une société où l’on demande des comptes sur tout et à tous, les enfants dont nous aurons organisé la méconnaissance de leurs origines en demanderont un jour compte juridiquement […], ce phénomène me paraît inéluctable3.

Une demande à l’échelle internationale

Le questionnement sur les origines en assistance médicale à la procréation (Amp) avec dons apparaît en réalité simultanément dans tous les pays du monde qui, depuis trente ans, pratiquent l’Iad à une relativement grande échelle. Les sociétés qui ont légiféré sur la question y apportent des réponses différentes : certaines, telles la Grande-Bretagne, la Norvège ou la Suisse ont changé leurs lois, permettant l’accès à l’identité du donneur à partir de la majorité civile des enfants. D’autres se crispent sur cette question sensible, telles, en Europe, la France et l’Italie. Il existe par ailleurs de nombreux sites internet un peu partout dans le monde, sites qu’on pourrait analyser comme de classiques sites de « rencontres » mais qu’à la lumière de mon expérience clinique, je comprends, tout au contraire, comme des moyens pour ces jeunes adultes de ne pas risquer de « sortir » ensemble sans le savoir (peur de l’inceste), ou encore comme l’envie de rencontrer « quelqu’un comme eux ». Il existe aussi des associations tout à fait officielles qui regroupent des adultes conçus par dons, telle la Donor sibling registry4. Ces associations publient dans des revues internationales des articles co-écrits avec des chercheurs5.

Il existe également des regroupements d’adultes conçus à la suite d’une insémination avec le même donneur de sperme, en Grande-Bretagne, aux États-Unis et au Canada notamment. L’un des plus connus – car il a été largement médiatisé – est un groupe d’une soixantaine de personnes conçues, aux États-Unis, à partir du même donneur de sperme, le no 616. Il est intéressant de remarquer que, d’un point de vue anthropologique, cet homme pourrait représenter une sorte de totem, équivalent de l’ancêtre commun de certaines sociétés traditionnelles, les enfants conçus grâce à lui constituant l’équivalent d’un clan. Mais les sociétés développées n’en sont pas à ce stade d’élaboration, ce type de lien n’existant même pas dans notre vocabulaire, signe du déni qui pèse sur ces « donneurs d’hérédité » (l’expression revient au doyen Carbonnier qui l’avait précisément employée pour les donneurs de sperme dans l’Iad) ainsi que sur leur descendance.

Actuellement, la tendance majoritaire dans les différents pays du monde qui ont légiféré semble aller vers la levée de l’anonymat des donneurs de gamètes, au nom de l’intérêt de l’enfant, notion qu’on commence à prendre en compte, pour peu qu’on veuille bien écouter ces ex-enfants… (le vécu des sujets conçus par dons de sperme est de moins en moins le « continent inexploré » qu’il était il y a encore une dizaine d’années). Plusieurs études étrangères menées avec des parents d’enfants devenus adolescents conçus par Iad se prononcent pour l’ouverture, c’est-à-dire qu’elles proposent soit un système du type « double guichet » (permettant soit des dons anonymes, soit des dons sans anonymat7), soit un système de dons non anonymes. Partout dans le monde en tout cas, la question de l’anonymat des donneurs semble discutée et évolutive8.

En Grande-Bretagne, pays pionnier de l’Amp où plus de 30000 enfants sont nés de dons de gamètes et d’embryons, la loi levant l’anonymat a été votée – de justesse – en avril 2005. Nombre d’études ont été publiées sur le sujet, depuis une dizaine d’années, notamment par l’équipe de la psychologue Susan Golombok de l’université de Cambridge9. Il ressort de ces travaux et d’autres (hollandais, australiens, canadiens) qu’il existe une spécificité des familles composées par Amp, particulièrement quand il y a eu participation de donneurs de gamètes : on s’aperçoit que les enfants conçus ainsi manquent de confiance dans leur famille et dans les adultes en général tout en ayant le sentiment d’être discriminés. Ils ressentent un « trou » dans leur filiation et éprouvent le besoin de se comparer à « quelqu’un comme eux ». Ils souhaitent pour la plupart rencontrer leur géniteur ainsi que leurs siblings (« demi-frères et sœurs »), même si presque tous soulignent que leur père est celui qui les élève et les aime.

Une étude américaine conduite à partir de quarante-cinq familles d’adolescents âgés de 13 à 18 ans conçus par Iad a montré que ces parents soutiennent des positions ouvertes et positives sur leur expérience de l’insémination et pensent que leurs enfants devraient avoir le droit de connaître l’identité du donneur. Ceux qui leur en avaient déjà parlé disaient que cela n’avait eu aucun impact négatif sur la famille. Les trois questions récurrentes de ces adolescents à propos du donneur étaient : « Comment est-il ? », « Est-il comme moi ? », « Est-ce que je peux le rencontrer ? » et « A-t-il des enfants ? ». Tous voulaient avoir une photo de lui. Les auteurs font remarquer que, loin de chercher un père dans le donneur, ces jeunes étaient surtout curieux de lui. Quant aux parents, ils disaient s’attendre à ce que leurs enfants accèdent à l’identité du donneur10.

L’anonymat à la française

Revenons au cas de la France. Depuis deux décennies il existe deux particularités du droit, deux pratiques d’effacement de l’identité d’origine. La première, celle de l’accouchement dit « sous X », peut éclairer la seconde11. L’accouchement anonyme est une pratique ancienne mais introduite dans le Code civil par la loi du 8 janvier 199312. Avec cette loi, le législateur a escamoté un événement hautement chargé de sens : la venue au monde d’un enfant. Le droit dit qu’une mère qui vient d’accoucher n’a pas accouché : ce n’est donc pas une situation juridique qu’il a annulée, mais un fait : celui d’une naissance. Il a fabriqué une mère qui devient étrangère à son propre enfant ; il a généré des enfants sans origines. Procédure fondamentalement différente de celle que régule l’adoption plénière (loi de 1966, révisée en 1996) au terme de laquelle une mère (des parents) remettent un enfant à la Dass puis consentent à son adoption avec un délai de rétractation du consentement (deux mois actuellement). La filiation est dans ce cas connue, mais non établie, ce qui implique pour le futur adulte de pouvoir, s’il le souhaite, à partir de sa majorité avoir accès à son origine, c’est-à-dire à l’intégralité de son dossier, y compris au nom de ses parents de naissance.

La seconde pratique d’effacement d’un élément de l’identité d’origine, la règle d’anonymat des donneurs de gamètes constitue le pivot de l’une des lois dite « bioéthique » votée le 29 juillet 1994 et révisée dans les mêmes termes en 2004. Cette règle est désormais inscrite dans la loi française. À l’article L.1211-5 du Code de la santé publique on lit :

Le donneur ne peut connaître l’identité du receveur, ni le receveur celle du donneur. Aucune information permettant d’identifier à la fois celui qui a fait don d’un élément ou d’un produit de son corps et celui qui l’a reçu ne peut être divulgué.

Ce texte – associé à d’autres articles – verrouille la connaissance des origines pour les enfants conçus grâce à l’assistance médicale à la procréation avec dons. Quant aux « donneurs », tout se passe comme s’ils avaient donné un « médicament » destiné à combattre l’infertilité. L’Iad est, en effet, prise en charge par l’assurance-maladie à condition que la demande parentale du couple infertile soit conforme à la définition qu’en donne la loi bioéthique (hétérosexuel, cohabitant depuis au moins deux ans), définition peu congruente d’ailleurs avec celle que donne la loi sur le Pacs13. Le législateur de 1994, en affirmant que l’enfant conçu par Iad était « né de ses parents », par un tour de passe-passe, a volontairement rattaché la filiation avec dons de gamètes à la filiation charnelle, et ceci sans jugement – saut épistémologique majeur – à la différence du statut juridique de la filiation adoptive. En incitant les parents à adopter une position qui pérennise l’illusion d’être les géniteurs alors qu’ils ne le sont pas, la loi est devenue complice d’une tentative d’annuler la portée symbolique de l’acte procréatif. Cette loi a enfin gommé la problématique de la rencontre entre germains, question qui devient centrale avec le recul d’une génération et demie dont on dispose maintenant.

Au-delà des prises de position « pour » ou « contre », l’urgence est de comprendre les enjeux psychiques et politiques d’une telle question. Pour les psychanalystes, cette expérience d’anonymisation entre en résonance avec nos concepts fondamentaux (fantasmes originaires, scène primitive, interdit de l’inceste, roman familial, etc.) ainsi qu’avec de nombreux mythes, tout particulièrement avec la tragédie d’Œdipe. Mais elle questionne également la question du lien social autour de la naissance, de ce lien que Jacques Derrida appelait, pour ce qui est de la maternité, des « suppléments de mère14 ».

Comment entendre les demandes ?

Il est d’autant moins possible d’éviter ces questions que l’avenir de la procréation médicalement assistée « offre » de plus en plus de nouvelles possibilités en matière d’anonymat des parents d’origine, dont le protocole, emblématique et sur lequel la loi bioéthique a également légiféré : l’« accueil d’embryon15 ». Ces enjeux sont d’autant plus actuels que la loi qui régule l’assistance médicale à la procréation est en passe d’être révisée pour la deuxième fois en 2010 ; or à la première révision, en 2004, le sujet, central, de l’anonymisation de l’identité des donneurs de gamètes n’avait même pas été abordé. Cette fois-ci, il l’est.

Au début de l’Iad (en 1972) les questions éthiques et psychologiques autour de l’évaluation de la règle d’anonymat tournaient principalement autour du fait de savoir si ce procédé protégeait de façon satisfaisante le couple qui vivait l’épreuve de la stérilité masculine ; on se souciait principalement à l’époque de l’homme infertile qui allait devenir père par le truchement d’un donneur de sperme. La question du devenir des enfants conçus, de leurs éventuelles demandes futures sur leur histoire, n’était que peu évoquée. Trente ans après, une nouvelle grille de lecture semble nécessaire pour évaluer la bienfaisance ou, tout au moins, la non-malfaisance de cette règle vis-à-vis des parents et des jeunes adultes conçus ainsi qui sont, pour certains d’entre eux, déjà pères et mères de famille ; il convient aussi de se soucier du devenir des hommes qui ont fait ces dons. Une nouvelle grille de lecture capable d’intégrer ce que disent les intéressés de cette « expérience » : tant les jeunes adultes que leurs parents, leurs frères et sœurs, voire leurs grands-parents. Nouvelle lecture qui semble avoir constitué un des ressorts de la réflexion dans les pays d’Europe qui ont levé l’anonymat (en Grande-Bretagne, Suède, Norvège, Autriche, Suisse, Pays-Bas, Belgique16).

La société française a considérablement changé en trente ans, en particulier dans des domaines voisins : on peut citer la loi sur les archives de 1978 qui a facilité l’accès des usagers aux documents administratifs et aux archives publiques, la loi qui a créé la Commission nationale de l’informatique et des libertés, l’apparition d’associations comme la Coordination des actions pour le droit à la connaissance des origines (Cadco), le droit des pupilles de l’État et des adoptés à leur origine (Dpeao) et l’association Pma déjà citée. Mais l’exemple le plus significatif est la création en 2002 du Conseil national pour l’accès aux origines personnelles (Cnaop) prévu par la loi pour les cas d’« accouchement sous X ». Le but de cet organisme est de permettre aux parents de naissance et aux enfants issus d’eux de connaître leurs identités respectives, voire de se rencontrer s’ils le veulent. Cet organisme repose sur le fait que l’accès aux origines personnelles est sans effet sur l’état civil et la filiation : ni droit, ni obligation à la charge de qui que ce soit ne découle de la connaissance ou de la rencontre entre un parent de naissance et l’adulte issu de lui. Il s’est agi dans cette initiative de prendre acte de la scission entre parents et géniteurs (devenue exponentielle avec l’Amp avec dons), tout en s’interrogeant sur la place de ces donneurs de vie, de ces sujets qui ont contribué à la fabrication de l’être de chair qu’est tout sujet humain. Ce type d’organisme prend également acte du fait qu’un individu peut évoluer au cours de sa vie et qu’une décision prise à l’âge de 20 ou 25 ans peut prendre un autre sens en fonction des événements de sa vie future ; et qu’il peut exister chez tout individu une envie de connaître son ascendance biologique ou génétique, et ce, d’autant plus qu’elle a été créée de novo par un acte médical.

Comme le montre ce témoignage d’une jeune femme, mère de famille, elle-même conçue par Iad, qui souhaite la création de ce type de conservatoire des origines :

Je suis madame A, âgée de 22 ans et maman d’un petit garçon de 32 mois. Je viens d’apprendre depuis peu que mes parents ont fait appel au Cecos, par conséquent à un donneur tiers, afin de nous avoir (mon frère et moi-même). Je ne vous cache pas que cette annonce m’a profondément affectée, me laissant aujourd’hui un sentiment d’abandon et un malaise intérieur grandissant. Je remets toute mon identité en question et suis d’autant plus démunie face à mon fils dont je ne connais finalement qu’une partie de ses origines. Je ne me vois pas vivre mes 60 prochaines années (espérons-le) avec un point d’interrogation sur mes origines et un secret pesant sur les générations à venir. Je comprends par ailleurs que l’anonymat soit essentiel… mais je souhaite pour ma part que le Cecos fasse l’intermédiaire entre le donneur et moi-même. Laissant ainsi le choix au géniteur de lever l’anonymat… et vice versa ! Le Cecos doit s’attendre à ce que les enfants conçus par Iad soient en droit d’avoir un recours afin de se faire connaître auprès du donneur et inversement. Tout au long de notre vie nous évoluons, notre morale, nos convictions, nos espoirs changent… peut-être certains donneurs tout comme certains enfants souhaitent découvrir cet Autre anonyme qui fait partie intégrale de lui. Je crois que le Cecos devrait se porter médiateur ! L’anonymat serait ainsi respecté pour la partie qui le désire tout en donnant de l’espoir au demandeur17 !

Quels bouleversements ?

Depuis ces trente dernières années, la société bénéficie du recul d’une génération pour l’Iad (les aînés, je le disais, ont déjà procréé) : les parents et les enfants qui ont fait appel à l’Iad devenus adultes s’expriment au sein d’associations, auprès du législateur, au cabinet d’un psy, ou en écrivant des livres. Ces témoignages et les études qui les ont analysés jettent un éclairage intéressant sur la nature de la recherche des origines de ces personnes. Mon expérience clinique d’écoute ou de thérapie menée depuis plus de vingt ans avec des adultes conçus par Iad et avec leurs parents s’est enrichie récemment d’une recherche menée au sein de l’association Procréation médicalement anonyme (Pma) avec une population de jeunes gens âgés de 18 et 40 ans.

Les résultats sont, dans l’ensemble, cohérents avec ce que montrent nombre de travaux étrangers sur la question de l’anonymat. J’entends notamment qu’ils n’ont pas forcément eu de difficultés avec leur père qui est leur vrai papa, mais que cela ne gomme pas pour autant la question du géniteur anonyme. Leur malaise se situe d’ailleurs souvent vis-à-vis de leur mère, qu’ils ressentent parfois comme responsable des conflits de leurs parents (il existe nombre de séparations dans ces couples, près de 2/3). Leurs demandes se focalisent souvent autour de la crainte – ou d’un désir – d’une rencontre avec des pairs, des jeunes de leur classe d’âge, nés du même homme (avec les enfants de cet homme ou avec d’autres sujets nés du même donneur). On note également chez eux un manque de confiance vis-à-vis du monde des adultes : avant que ne leur aient été révélées les circonstances de leur naissance certains disent avoir imaginé quelque chose de trouble au sujet de leur conception (ils avaient fantasmé « à côté de la plaque » : adoption, adultère de la mère, viol…). Plusieurs disent qu’ils se sentent des « imposteurs ». Ainsi, ces jeunes semblent surtout curieux du donneur (sa photo, son métier, ses motivations, le nombre de ses enfants), cette demande constituant pour eux un moyen de mieux se comprendre et d’étayer leur sentiment d’identité de façon plus stable. Mais leur souffrance la plus vive – c’est vrai pour presque tous – c’est que quelqu’un (une institution en l’occurrence) en sache plus sur leur origine, sur leur intimité, qu’eux-mêmes. Ils se sentent des citoyens de seconde zone ; c’est le cas des enfants nés « sous X » comme des enfants conçus par Iad ; ce sont les seuls citoyens auxquels on oppose une sorte de secret d’État quand ils s’enquièrent de leur origine. Alors même que, souvent, leur dossier se situe devant eux, dans un placard fermé à clé18…

Quelques hommes qui ont donné du sperme s’expriment, eux aussi, quand ils en ont l’occasion. Ils disent que leur consentement de l’époque n’était peut-être pas vraiment éclairé : on leur avait dit à l’époque de leur don qu’ils donnaient seulement des cellules, ils comprennent maintenant que c’est un peu plus que cela, ne serait-ce qu’en en parlant avec leurs propres enfants, désormais adultes. En témoigne cette lettre adressée en 2007 à un Cecos par un homme, grand-père maintenant, qui a donné du sperme il y a une vingtaine d’années :

Je, soussigné M. V., étant averti des dispositions légales imposant l’anonymat du don de gamètes, autorise tout centre qui centraliserait les informations de mes coordonnées aux enfants nés de mon don de gamètes afin que ces derniers puissent connaître ces informations et, s’ils le désirent, entrer en contact avec moi de la façon qui leur conviendra. Mon consentement à la règle de l’anonymat a été dicté par les informations qui m’ont été données à l’époque des faits. Ma demande de levée de l’anonymat s’explique par ma connaissance actuelle des conséquences de l’anonymat pour les enfants nés d’une insémination avec donneur, acquise à la lumière des travaux de recherche réalisés depuis cette époque et des témoignages de personnes nées de ce type de dons.

On constate ainsi qu’un homme – même déjà père – qui accepte de donner du sperme, ne se rend pas forcément compte que, trente ans plus tard, lui ou ses propres enfants risqueront de rencontrer dans la rue ou dans le métro quelqu’un qui leur ressemble… Ni que les jeunes gens nés grâce à lui pourront souffrir de ce « pan manquant » des circonstances de leur venue au monde, souffrir de ne pas savoir quelle rencontre peut représenter un danger, car « trop proche », non en termes de parenté stricto sensu, mais en termes de sentiment d’identité.

Il existe une contradiction inhérente au principe d’anonymat des gamètes. Si, en effet, on considère l’origine biologique ou génétique comme peu importante, comme le soutiennent ceux qui insistent sur la prépondérance de l’amour et de l’éducation, alors pourquoi cacher cette part corporelle de manière obsessionnelle ? Si, à l’inverse, cette origine biologique est si grave, si nécessaire pour le devenir de l’enfant, pourquoi chercher à en effacer la trace (voir les consultations médicales : « Avez-vous des antécédents d’eczéma, diabète, hypertension, cancer… ? »). Remarquons également que la pratique de circulation anonyme des gamètes proclame l’indifférence, l’interchangeabilité des gamètes. De manière significative, le protocole français présente et fait rembourser le sperme – ou les ovocytes – par l’assurance-maladie comme un médicament, à l’instar d’un traitement médical de l’infertilité. Il est, en outre, bien précisé qu’on ne choisit pas un donneur sur ses qualités supposées – on essaie d’apparier le phénotype comme la taille ou la couleur des cheveux. Ce qui prive l’enfant conçu ainsi non seulement d’une partie de son histoire, mais aussi d’une partie d’humanité. Un don de gamète est un don spécifique qui ne peut être assimilé à un autre don de cellules ; c’est un don d’hérédité qui fait de chacun un être unique.

Redéfinitions de la famille

Comment cette représentation médicale s’est-elle imposée en France ? Il faut revenir brièvement sur notre système de parenté. Notre conception, dite « euro-américaine », de la parenté s’accompagne d’une norme de « l’exclusivité de la filiation », ce qui veut dire « que chaque individu n’est mis en position de fils ou de fille que par rapport à un seul homme et à une seule femme19 ». Dans cette représentation, nous n’avons donc qu’un seul père et qu’une seule mère (selon une célèbre formule du Conseil d’État en 1989 : « Deux parents, pas un de plus, pas un de moins ») dans les travaux préparatoires à la première loi bioéthique votée en 1994.

Les patients – et futurs parents – qui font appel à des protocoles d’Amp avec dons de gamètes, en bons citoyens qu’ils sont, se conforment le plus possible à ce système « à deux parents », mais ils le bricolent du mieux qu’ils peuvent en fonction de leur souffrance particulière, en véritables « métaphysiciens empiristes », pour reprendre la judicieuse expression de l’anthropologue américaine Charis Thomson20. Selon le problème d’infertilité qu’ils rencontrent, ils sont en fait demandeurs – on peut dire qu’ils souhaitent désespérément transmettre au maximum tout ou au moins une partie d’eux (si c’est possible les gamètes de l’un ou de l’autre parent, à défaut des deux). Mais ce qu’ils souhaitent avant tout, c’est avoir un lien corporel avec l’enfant, que ce soit par la grossesse, par les gamètes, ou encore par l’allaitement (dans certains protocoles d’adoption aux États-Unis ou au Canada et de gestation pour autrui, certaines mères d’intention allaitent). Ils demandent « du corps, le plus de leur corps possible » dans cette procréation.

Tout ceci a du sens pour la psychanalyse. En termes métapsychologiques, le corps n’est pas un morceau de chair ; c’est parce que l’individu est un sujet parlant qu’il peut habiter son corps, que ses organes, ses gamètes mêmes ont un sens. Ainsi il ne semble pas bénéfique à qui que ce soit – pas plus aux donneurs de gamètes qu’aux parents et aux enfants receveurs – de faire l’impasse sur le « don de corps » que reçoit un enfant conçu par don de gamètes. On ne peut pas faire comme si l’ascendance biologique ou génétique comptait pour rien dans la « vérité biographique » d’un individu (l’expression revient à l’anthropologue Anne Cadoret21). Un « projet parental » moderne ne peut, à mon sens, se comprendre que s’il prend en compte la composante volontaire, mais aussi charnelle, du lien entre parents et enfants. Un projet parental valide devrait pouvoir inclure le « don d’hérédité » dont ont bénéficié ces enfants (le doyen Carbonnier avait employé ce terme précisément dans le contexte de l’Iad22). À côté des personnes auxquelles sont dévolus le rôle de parents et les fonctions parentales (la parentalité), il existe désormais – et de plus en plus depuis l’Amp avec dons – d’autres figures nécessaires à la venue au monde d’un sujet humain, des figures génitrices qui font partie de l’histoire de l’enfant.

L’expression « droit aux origines », brandie souvent comme un slogan, est, en somme, un contre-sens : c’est de « droit à l’histoire » dont il faudrait parler. À la suite de Paul Ricœur, il me semble que l’identité de chacun se construit par la capacité qu’un sujet peut avoir de mettre en intrigue son passé, de traduire son histoire sous forme de récit23. Mais encore faut-il pour cela que l’histoire ait un début. Ainsi, pour reprendre l’exemple de l’adoption, même si le lien avec les parents de naissance a été définitivement remplacé par un lien de filiation plénière avec les parents adoptifs, l’enfant a, dans la loi, la possibilité de se constituer une « identité narrative » grâce à la connaissance des conditions de sa naissance.

Le savoir sur soi participe à la construction de l’identité d’un sujet qui doit pouvoir s’« originer », mettre son histoire en récit, dans une perspective humaine (mieux, humaniste) et non vétérinaire (celle du seul « mettre bas »). Combien de fois n’a-t-on pas entendu dire aux enfants adoptés qu’il leur fallait faire le deuil de leur mère de naissance, de leur origine ? Mais comment faire le deuil de ce qu’on n’a pas eu, de ce qu’on n’a pas connu ? Comment faire le deuil « de rien » ? Comment, de leur côté, les mères de naissance peuvent-elles faire le deuil de ces bébés qu’elles ont mis au monde sans traces, sans élaboration possible ? Dans ces histoires, à l’instar de celles qui sont liées à l’Amp, un travail ne peut se faire qu’à travers une élaboration fondée sur les traces réelles. La psychanalyse a montré l’importance des traces dans le travail de deuil24. Pour ce faire, il est nécessaire que les enfants nés ainsi ne se heurtent pas à un dossier vide, ou vide d’informations signifiantes (le « X » est terrible sur un acte de naissance).

Ainsi, dans le cas des procréations médicales avec des dons de gamètes, est-il important que l’ex-enfant puisse combler le vide de la réponse aux questions : « Quelles sont les circonstances qui ont poussé mes parents à solliciter cette aide d’origine ? » Mais aussi : « Qui m’a fait ce cadeau précieux entre tous : la vie ? » Enfin : « Avec qui est-ce que je partage ce don ? » Ne serait-ce que pour pouvoir remercier le donataire (j’entends souvent des adultes nés de dons de gamètes demander si celui qui a donné du sperme n’a pas laissé un mot, une lettre « pour eux »). Seuls des mots peuvent permettre à un être humain de construire une identité narrative et on ne peut qu’additionner les histoires : l’une n’efface jamais l’autre.

L’expression « droit aux origines » est également un faux sens car elle laisse à penser que la vérité sur la question des origines se résumerait à la levée d’un « cache » sur un nom. Or, l’expérience montre que la vérité de chacun ne recouvre ni la vérité historique, ni la vérité matérielle, mais ce qui s’engendre de leur mise en relation. L’identité de toute personne se construit par la capacité de mettre en intrigue son passé, de traduire son histoire sous forme de récit. Il me semble ainsi qu’une éthique de la reproduction équitable suppose de pouvoir connaître l’identité de ceux qui ont participé à la mise au monde ou à l’engendrement de ces sujets25 ; il faut que ce savoir ne soit pas interdit par l’État26.

À titre de contre-exemple, il est intéressant de considérer le préambule de la loi fédérale suisse votée en décembre 1998 sur la procréation médicalement assistée. Il est dit que « la procréation médicalement assistée est subordonnée au bien de l’enfant ». Cette loi dispose que :

Tout sujet conçu grâce à un don de sperme pourra obtenir à partir de sa majorité, ou plus tôt avec l’accord de ses parents, l’identité complète de l’homme qui a donné du sperme.

L’anonymat est donc exclu et l’enfant a droit à la connaissance de ses origines s’il s’avère qu’il a été conçu par insémination artificielle avec don de sperme. Dans un sens un peu différent, en Allemagne l’anonymat du donneur de sperme est un principe inconstitutionnel en termes de dignité de l’être humain ; on considère que le droit à la connaissance de ses origines aide l’individu à trouver son identité et est par conséquent un élément de la personnalité. Or, contrairement à ce qu’on entend souvent dire, l’Iad est largement pratiquée en Allemagne : il n’y a pas de danger pour le donneur dans la mesure où une loi de 2004 interdit le désaveu de paternité en Iad. Ces deux lois arrivent, chacune à leur manière, on le voit, à concilier origine et histoire.

Une conception enrichie de la famille

Il faudra bien que nos systèmes de représentation arrivent à penser la place de ces « porteurs des vecteurs corporels de parenté ». Sinon, en bonne logique de retour du refoulé, ce qui a été « mis à la porte, reviendra par la fenêtre », notamment sous la forme de questionnement parfois douloureux que l’on rencontre chez les jeunes adultes issus de ces conceptions. Le vrai défi, théorique autant que politique, est désormais celui de trouver un statut pour ces relations biologiques ou génétiques, présentes, mais non activées, pour ces liens qu’on pourrait qualifier « d’un troisième type ». Le cas des donneurs de gamètes paraît emblématique de ces « personnages de transition » qui contribuent à créer une famille sans vivre de liens de parenté avec elle ; ils participent à la procréation d’un nouveau sujet humain sans qu’un lien de filiation soit établi entre eux. Comme l’a fait justement remarquer l’anthropologue britannique Monica Konrad, « les donneurs procréent mais ne se reproduisent pas » puisque, dans les protocoles de dons, l’acte procréatif ne conduit pas à une filiation27. Dès lors, une partie du débat actuel et à venir sur l’Amp et ses futurs développements risque de porter sur les liens qui existent entre ces « personnages » du troisième type et les enfants nés grâce à eux, ainsi que ceux de ces nouveaux siblings entre eux.

À côté d’une pluriparentalité dont chacun a pris acte – souvent dans sa propre famille – il existe désormais une problématique de la pluri-identité. Comme en témoignent ces lignes écrites par une jeune femme âgée de 33 ans :

En tant qu’enfant conçue par Iad, je souhaite vivement qu’une révision de la loi bioéthique soit possible. Je souhaite avoir le choix au moins de connaître mon hérédité. Je souhaite avoir une photo du donneur, des informations sur sa vie, sa famille, ses ancêtres. J’estime qu’on devrait avoir le droit de connaître nos origines. Je n’ai qu’un père. C’est celui qui est toujours à mes côtés et qui m’a désirée pendant dix années avant que je ne vienne au monde. Je ne recherche pas un père. Je recherche simplement une part d’hérédité qui m’aiderait à mieux me connaître. Il me semble que je pourrais alors envisager mon rôle de mère avec plus de sérénité.

Le psychologue néo-zélandais, Ken Daniels, pionnier de la réflexion sur ces sujets, avait à juste titre insisté sur le système des appellations en Amp avec dons : il invitait les counselors à y être très attentifs et à prendre soin de bien distinguer « géniteur » et « père », ce que ne font pas toujours les intéressés, pas plus d’ailleurs que les spécialistes28. Suggérant aux intervenants de s’interroger sur le sens qu’ils associent spontanément au terme de « père29 », Daniels préconisait également d’éviter le terme « enfant né d’Iad », inapproprié et pour le moins paternaliste, surtout quand il s’agit d’adultes. Il conseille pour sa part le terme offspring (descendance) qui souligne davantage la dimension verticale, transgénérationnelle de la famille ainsi créée, qu’horizontale (sur l’axe de la germanité). Enfin, au lieu de « donneur » (terme affreusement connoté), il propose l’expression de semen provider (l’homme qui a donné son sperme). Il incite enfin les professionnels à s’habituer à penser l’Iad, non comme une simple solution – encore moins comme une solution simple – qui permet à une femme d’être enceinte, mais comme un système qui crée toute une famille avec un présent, un passé et un futur. Une famille qui prenne également en compte l’axe de la germanité, largement sous-estimé, voire escamoté jusqu’à présent dans les débats sur les conséquences à long terme de l’Amp.

*

La clinique actuelle de l’Amp avec dons invite à travailler autour d’une image de « réseau » dans la conception de ces familles. Réseaux familiaux des parents d’origine, mais aussi réseau familial des donneurs et des donneuses de gamètes. Il est essentiel d’apprendre à penser et à nommer la fratrie des « frères et sœurs génétiques » des enfants nés par dons, fratrie qui n’est pas sans importance dans l’imaginaire des protagonistes ; dans la réalité aussi, en raison des risques de consanguinité qui « activent » la peur de l’inceste (c’est d’ailleurs la raison principale pour laquelle certaines religions – juive et musulmane en particulier – interdisent la procréation avec donneurs). Un exemple de prise en compte de ce réseau existe dans un article de la loi du Canada sur l’Amp : elle a prévu la création d’une agence qui communique aux adultes nés de dons de gamètes et à leurs descendants l’identité complète des sujets avec lesquels ils sont « génétiquement parents ». Au paragraphe « Parenté entre individus », on lit :

Sur demande écrite de deux personnes qui sont fondées à croire qu’au moins l’une d’elles est issue d’une technique de procréation assistée au moyen du matériel reproductif humain ou d’un embryon in vitro d’un donneur, l’agence les informe du fait qu’elle a, ou non, en sa possession des renseignements qui indiquent qu’elles sont génétiquement parentes et, le cas échéant, de la nature du lien de parenté.

Ce texte – on trouve l’équivalent dans la loi britannique – prend en compte les craintes de rencontres entre les enfants d’un donneur et les enfants nés de couples qui ont eu recours à des dons de gamètes. Les adultes conçus ainsi sont pour l’instant peu entendus sur le sujet. L’avenir montrera la manière dont ils vivront les décisions d’anonymat qui ont été prises en leur nom.

  • *.

    Psychanalyste, Paris, www.genevieve.delaisi.free.fr

  • 1.

    Le terme de « jeunes » est à nuancer : ceux que j’ai rencontrés dans le cadre de ma recherche ont entre 18 et 40 ans. Une femme a la cinquantaine (je me permets sur ce point de renvoyer au chapitre 10 de mon ouvrage Famille à tout prix, Paris, Le Seuil, 2008).

  • 2.

    Voir Irène Théry et Marie-Thérèse Meulders-Klein (sous la dir. de), les Recompositions familiales aujourd’hui, Paris, Nathan, 1993.

  • 3.

    Commission des lois, Sénat, 22 mars 2006.

  • 4.

    Dsr, PO Box 1571, Nederland CO 80466, Usa, ou DC Network en Grande-Bretagne. En France, une jeune association créée par le Dr Pauline Tiberghien, gynécologue-obstétricienne, spécialiste d’Amp, existe depuis 2004 : www.pmanonyme.asso.fr C’est dans ce cadre que j’ai pour la plupart puisé les fragments d’entretiens cités dans cet article.

  • 5.

    Exemple récent : un article signé par T. Freeman, V. Javda, W. Kramer et S. Golombok, “Gamete Donation : Parents’Experiences of Searching of Their Childs’s Donor Siblings and Donor”, Human Reproduction, 2009, vol 34, no 3, p. 505-516. Trois des signataires sont chercheurs et professeurs à l’université de Cambridge (Grande-Bretagne) ; quant à la quatrième, Wendy Kramer, elle dirige le Donor Sibling Registry, association à but non lucratif qui favorise des rencontres entre enfants conçus par dons de gamètes, leurs parents et les donneurs. Son réseau couvre les pays suivants : États-Unis, Canada, Australie, Brésil, Bolivie, Norvège, Finlande, France, Danemark, Grande-Bretagne, Allemagne, Suède, Suisse, Israël, Corée, Nouvelle-Zélande et Afrique du Sud ; 6300 half siblings se seraient ainsi rencontrés depuis 2000.

  • 6.

    Le journal Le Point, le 31 mai 2007, avait reproduit la photo de ce groupe d’adolescents.

  • 7.

    Voir Guido Pennings, “The Double Track Policy for Donor Insemination”, Human Reproduction, vol. 12, no 12, 1997.

  • 8.

    Je me permets de renvoyer sur ce point au tableau qui figure en fin de mon ouvrage Famille à tout prix, op. cit.

  • 9.

    Voir S. Golombok, A. Brewaeys, M. Giawazzi, D. Guerra, F. Mac Callum, J. Rust, “The European Study of Assisted Reproduction Families : the Transition to Adolescence”, Human Reproduction, 17, 2002, p. 830-840.

  • 10.

    J.E. Scheib, M. Riordan et S. Rubin, “Choosing Identity-Release Sperm Donors : The Parent’s Perspective 13-18 Years Later”, Human Reproduction, vol. 18, no 5, 2003 ; id., “Adolescents with Open-Identity Sperm Donors : reports from 12-17 Years old”, Human Reproduc­tion, vol. 20, no 1, 2004.

  • 11.

    Il s’agit d’un abandon anonyme d’enfant au moment de l’accouchement : la mère ne déclare pas la naissance et l’hôpital fait comme si elle n’avait pas accouché (pratique unique, propre à la France, avec le Luxembourg).

  • 12.

    Il faut remarquer la proximité des dates : c’est un an après – en 1994 – que la première loi bioéthique avait été votée. Dans l’exposé des motifs, il a été fait mention de l’intérêt de reprendre – et de développer ! – pour le don de gamètes le principe d’anonymat, fondement de l’accouchement « sous X ». On trouve ces débats au JO : je les ai cités et analysés dans Enfant de personne, Paris, Odile Jacob, 1994.

  • 13.

    Cette loi votée le 16 novembre 1999 stipule qu’« un pacte civil de solidarité est un contrat conclu par deux personnes physiques majeures, de sexe différent ou de même sexe, pour organiser leur vie commune ».

  • 14.

    Jacques Derrida et Élisabeth Roudinesco, chapitre « Familles désordonnées », dans De quoi demain… Dialogue, Paris, Fayard, 2001.

  • 15.

    On se reportera avec profit à l’article de Sylvie Epelboin, « Accueil d’embryons : pratique clinique et mise en perspective anthropologique », Médecine de la reproduction, gynécologie-endocrinologie, janvier-février 2008, vol. 10, no 1.

  • 16.

    Il me semble très significatif que la toute récente étude universitaire française (2009) qui traite de la question de l’Amp avec don de sperme, n’inclut, jusque dans son plan, que les donneurs de sperme (partie III) et les couples demandeurs (partie IV). Cette étude – remarquable par ailleurs – Nikos Kalampakilis (sous la dir. de), Enjeux éthiques et identitaires engagés dans l’acte de procréation avec don de sperme, Université Lumière Lyon 2 – ne présente rien sur le vécu des enfants conçus ainsi. Le devenir d’un sujet conçu par Iad demeure, est-il reconnu, un « continent inexploré ». Encore fallait-il l’explorer ! Je suis en ce sens frappée du fait que les trente adultes avec lesquels j’ai mené des entretiens cliniques et qui – dans leur immense majorité – ont été conçus dans le cadre des Cecos se sont tous plaints que l’institution ne se soit jamais intéressée à leur sort pas plus qu’à celui de leurs parents… On connaît la raison de cette absence de suivi : l’idée consistait précisément à les « oublier » afin de ne pas les stigmatiser. Mais le résultat n’est pas forcément concluant…

  • 17.

    Les divers témoignages écrits ou oraux que je cite viennent de ma propre clinique.

  • 18.

    On ne peut éviter d’évoquer Barbe-Bleue…

  • 19.

    Françoise-Romaine Ouellette, « Les usages contemporains de l’adoption », dans Adoptions. Ethnologies des parentés choisies, Paris, Éd. de la Msh, 1998.

  • 20.

    Charis Thomson, “Strategic Naturalizing : Kinship in an Infertility Clinic”, Relative Values, Duke University Press, 2001.

  • 21.

    Anne Cadoret, « De la parenté à la parentalité », dans A. Cadoret, M. Gross, C. Mécary et B. Perreau, Homoparentalités. Approches scientifiques et politiques, Paris, Puf, 2006.

  • 22.

    J. Carbonnier, Flexible droit, Paris, Lgdj, 2001.

  • 23.

    Paul Ricœur, Soi-même comme un autre, Paris, Le Seuil, 1990.

  • 24.

    Depuis l’article fondateur de Freud, « Deuil et mélancolie » en 1915.

  • 25.

    Pour reprendre la juste expression d’Irène Théry : il s’agit en effet de dons qui dépassent ceux des gamètes, ils incluent par exemple le don de gestation (dans les protocoles de gestation pour autrui).

  • 26.

    Il est clair qu’il ne s’agit ici que de procréations médicalement assistées avec dons et non d’ouvrir les placards familiaux remplis de secrets de famille.

  • 27.

    Monica Konrad, “Ova Donation and Symbols of Substance : Some Variation in the Theme of Sex, Gender and the Partible Person”, Journal of the Royal Anthropological Institute, 1998, no 4.

  • 28.

    K. R. Daniels et P. Thorn, “Sharing Information with Donor Insemination Offspring. A Child-Conception versus A Family Building Approach”, Human Reproduction, 2001, vol. 16, no 9.

  • 29.

    J’ai remarqué que, dans les congrès, qu’ils soient médicaux, juridiques ou « psy », il est fréquent d’entendre l’orateur parler du « père biologique », voire de vrai père pour désigner le donneur de sperme… puis, se rendant compte de son lapsus au vu de quelques sourires dans la salle, tâche de se rattraper – mal, comme dans toutes les gaffes – parlant alors de « père social » pour désigner le vrai père, ce qui constitue tout autant un lapsus que le premier…