Soldats britanniques en Mésopotamie 1917. © DR.
Soldats britanniques en Mésopotamie 1917. © DR.

Les Britanniques et l'­invention du Moyen-Orient : essai sur des géographies plurielles


Cet espace stratégique d’échanges entre l’Orient et l’Occident fut inventé pour assurer la prospérité de l’empire des Indes, notamment sous l’administration britannique. Ses frontières bougent selon les intérêts géopolitiques, révélant la cartographie comme instrument de pouvoir.

I have been there, but I have to confess that I don’t know for certain where the Middle East is, écrivait en 2004 le journaliste et chroniqueur du Guardian Brian Whitaker1. Ces propos, tenus par un expert de la région, démontrent la difficulté de délimiter sur une carte l’espace du Moyen-Orient. Englobant parfois le Maghreb et la Turquie pour certains, s’étendant jusqu’à l’Asie centrale pour d’autres, parfois désigné comme « Orient arabe », « Proche-Orient » ou « monde arabe », le Moyen-Orient demeure comme insaisissable.

Il semble parfois plus facile de l’évoquer à travers des clichés orientalistes, passés ou revisités2, que de tracer ses frontières. Bien des images, quelque peu contradictoires, viennent en effet à l’esprit à l’évocation du terme de Moyen-Orient3. Ainsi la mythologie d’un Orient digne des Mille et une nuits demeure-t-elle attachée à cette région, qui est aussi fréquemment évoquée comme une zone de conflits perpétuels, à l’actualité toujours troublée, ou encore comme le réservoir de pétrole de la planète.

Dans l’imaginaire collectif, le Moyen-Orient est aussi cet espace dont les puissances occidentales – surtout la France, la Grande-Bretagne, l’Italie et les États-Unis – et les compagnies pétrolières dessinèrent les frontières après 1918, sur les ruines de l’Empire ottoman, cherchant à agrandir leur empire et à obtenir un accès aux immenses gisements pétroliers. C’est en Occident ou en Europe qu’aurait donc été pensé le Moyen-Orient, cette zone définie par la géographe Karen Culcasi comme un « champ de forces » où s’exercent depuis la fin du xixe siècle les rivalités entre les États occidentaux4.

Compétitions entre les empires, guerre froide, interventions conjointes des États-Unis et de l’Europe dans les années 1990 et 2000 au nom de la démocratie et contre le terrorisme ou l’islamisme… Le Moyen-Orient serait donc l’arrière-cour d’un Occident qui entretient des relations complexes avec les États de la zone, étant donné l’importance, toujours fondamentale à l’aube du xxie siècle, du pétrole pour ses industries. Concept profondément eurocentré, l’« Orient moyen » serait à considérer comme une invention occidentale, à mi-chemin entre l’Europe et l’Asie, aux contours flous, mais aux assises géographiques essentiellement asiatiques5.

Si les propos qui suivent souscrivent à l’idée d’un Middle East enmeshed in a variety of power relationships6, ils souhaitent donner un peu de profondeur à cette idée de la création du Moyen-Orient par l’Occident, en démontrant que c’est aux Indes, et non en Europe, que fut inventé cet espace auquel, en 1902 et 1903, le journaliste britannique Valentine Ignatius Chirol et l’amiral américain de marine Alfred Thayer Mahan donnèrent le nom de Middle East. Pour comprendre l’histoire du Moyen-Orient, il faut ainsi tourner le regard, non pas vers les États-Unis, la Grande-Bretagne et l’Europe, mais bien vers l’« Est » et vers les Indes, centre de l’empire britannique depuis la fin du xviiie siècle.

Le Middle East pour Chirol et Mahan désignait cet espace stratégique entre Occident et Orient, soit l’ensemble des territoires situés à l’ouest des Indes britanniques, et protégeant l’immense empire du Raj de présumées menaces russes, françaises ou ottomanes. Vaste frontière d’eau, de sable et de montagnes – le Moyen-Orient avec en son centre, un pivot, le Golfe – était également un espace de connexions, raccordant les Indes à la Méditerranée, la mer Rouge, l’océan Indien ou encore la mer Caspienne7. Aux Indes, sur le long xixe siècle s’opéra donc une double invention spatiale : celle du Golfe, celle du Moyen-Orient, au fil de la structuration de l’empire des Indes8.

Or il demeure que Chirol et Mahan, dans leurs essais respectifs, ne firent que nommer ou objectiver un processus qui avait débuté à la fin du xviiie siècle, dans le cadre de l’expansion des présidences indiennes hors du sous-continent indien et particulièrement en « Asie de l’Ouest9 ». En effet, avant d’exister sous la plume de Chirol et de Mahan, le Moyen-Orient était né dans l’esprit des hommes de Bombay et de Calcutta qui pilotèrent, après la bataille de Plassey en 1757, une large partie des conquêtes impériales de la Grande-Bretagne.

Les lignes qui suivent, tout en revenant sur la complexe géographie du Moyen-Orient, souhaitent donc en proposer une autre définition que celle véhiculée par les médias ou par bien des ouvrages. Sans remettre en question l’étude fondamentale d’Edward Saïd et sa critique poststructuraliste de la création de l’Orient par l’Occident, nous montrerons que le Moyen-Orient, avant d’être une construction intellectuelle et idéologisée fondée sur des relations de pouvoirs10, fut un espace pensé par Bombay, Madras et Calcutta comme un monde où il était possible de voir renaître un peu de la prospérité du jardin d’Eden ou de la fertile Mésopotamie de Nabuchodonosor. Contrairement à ce qu’avance James Renton11, l’Orient et le Moyen-Orient, après avoir été au centre des préoccupations des écrivains ou des voyageurs au xixe siècle, ne devinrent pas soudainement après la Première Guerre mondiale l’objet de l’attention des diplomates et des gouvernements. Avant 1914, et avant d’être nommé, le Moyen-Orient avait été en genèse et au cœur des politiques des Indes impériales, comme il avait été d’une importance capitale dans le cadre de l’Eastern question12.

Nous reviendrons en premier lieu sur la question de la genèse du Moyen-Orient sur le long xixe siècle aux Indes britanniques ainsi que sur la généralisation de l’emploi du terme. Nous tenterons ensuite de définir spatialement le Moyen-Orient et ses géographies plurielles et mouvantes.

Le Moyen-Orient avant le Moyen-Orient : du Near East au Middle East

Au temps de l’Empire ottoman…

C’est donc au début du xxe siècle que l’on trouve la première occurrence du terme Middle East avec Chirol et Mahan. Il demeure qu’au cours du long xixe siècle, le Moyen-Orient, qui ne portait pas encore ce nom, avait été évoqué sous d’autres termes par des voyageurs et diplomates britanniques.

Ainsi certaines des provinces arabes de l’Empire ottoman, où l’autorité de la Porte était en déclin jusqu’aux années 1870 environ, comme la péninsule Arabique, l’Iraq, la Syrie ottomane ou le Golfe, étaient-elles désignées sous les termes « Orient », Near East ou Asiatic Turkey. Territoires « asiatiques » conquis par Constantinople aux xvie et xviie siècles, le Near East ou l’Asiatic Turkey constituaient une zone plus proche que l’Extrême-Orient, mais plus lointaine que la Turquie des sultans. Or au xixe siècle, l’Orient, l’Asiatic Turkey ou encore le Near East avaient eu une importance capitale dans le cadre de l’Eastern question dont les enjeux stratégiques étaient essentiels pour la Grande-Bretagne. En effet, pour Londres, l’Empire ottoman, parfois appelé à tort « l’homme malade de l’Europe », devait être préservé des appétits russes, français ou allemands, de même que devait être maintenue son autorité, certes partielle, sur l’Asiatic Turkey. Si certains territoires de l’Asiatic Turkey étaient partie intégrante de l’empire informel de la Grande-Bretagne, comme le Golfe, cette vaste zone représentait le premier des buffer states (« États tampons ») de l’empire des Indes, à l’importance aussi grande que l’Afghanistan ou la Perse13.

Un discours orientaliste14 s’était structuré au sujet de cette région, décrite comme plongée dans le déclin, du fait de l’incurie du gouvernement de Constantinople, un déclin quasi irrémédiable auquel seule la « protection britannique » pouvait remédier. La Grande-Bretagne était présentée comme capable de restaurer un peu de la prospérité perdue de la Mésopotamie de Nabuchodonosor et des Assyriens. Si la préservation de l’intégrité de l’Empire ottoman était une sorte d’obsession pour nombre de diplomates du Foreign Office ou de l’Indian Office, à l’image de Lord Curzon, la domination britannique était un horizon également envisagé15.

Retour sur l’invention d’un concept

Plusieurs historiens attribuent la paternité du terme Middle East à l’amiral de l’US Navy Alfred Thayer Mahan en 190216. Par souci de rigueur, il convient de souscrire à ce postulat, tout en notant que deux ans auparavant, en 1900, Mahan avait identifié, dans plusieurs articles qui avaient pour titre “The Problem of Asia17”, une vaste zone médiane, appelée dividing belt, ou encore middle debatable zone, qui s’étendait de l’isthme de Suez à la vallée du Yang-Tse-Kiang, où la France, la Grande-Bretagne et les États-Unis se devaient d’être solidaires dans la lutte contre l’expansionnisme russe. Deux ans plus tard18, dans son article intitulé “The Persian Gulf and International Relations”, paru dans la National Review, et consacré au golfe Persique, Mahan revendiquait d’être la première personne à employer le terme de Moyen-Orient19 pour désigner une région aux contours flous, centrée sur le golfe Persique, la Perse, la Mésopotamie. Les eaux du Golfe y étaient présentées comme le centre de ce Moyen-Orient : les puissances évoquées par Mahan dans “The Problem of Asia”, et particulièrement les puissances russes, françaises, britanniques mais aussi allemandes, y étaient présentes pour se positionner sur la route menant de Suez à Singapour et à Malacca. Mahan évoquait également le Golfe comme le possible terminus d’une ligne de chemin de fer, connectant la Méditerranée à l’océan Indien, l’Occident aux Indes.

Il demeure que, presque de façon simultanée, deux autres auteurs utilisèrent le terme de Moyen-Orient, pour décrire, comme l’amiral américain, une partie de l’Asie de l’Ouest et les territoires protégeant l’empire des Indes, sur ses frontières occidentales. Ainsi, en 1900, le général Thomas Edward Gordon avait-il publié dans The Nineteenth Century20 un article consacré à l’Afghanistan, la Perse, la Russie et les Indes britanniques, dans lequel il parlait d’un Middle East, aux limites cependant non désignées. Sous sa plume, « Moyen-Orient » renvoyait à une aire géographique très problématique mais dont les Indes dépendaient pour leur sécurité. D’après Gordon, qui était stationné dans le sous-continent au moment de la parution de l’article, le terme était déjà d’usage dans les différents bureaux politiques et diplomatiques des Indes. C’est avec Valentine Chirol et sa série de vingt et un articles parus dans le Times of London entre 1902 et 190321, qui étaient en réalité une sorte de reportage de ses voyages en Perse et en Inde, que le Moyen-Orient fut véritablement conceptualisé géographiquement. Chirol saluait dans ses articles l’importance des travaux de Mahan sur le Moyen-Orient, l’amiral ayant inauguré le terme pour le journaliste britannique.

Désignant la Grande-Bretagne comme une puissance essentiellement asiatique étant donné l’importance de l’empire des Indes – empire dans l’Empire –, Chirol évoquait le Moyen-Orient comme cet ensemble composite, fait des espaces terrestres et maritimes, gardant les Indes, soit l’Égypte, la mer Rouge, la péninsule Arabique, le Golfe, les territoires ottomans de Syrie et de Mésopotamie, la Perse et les zones situées en Asie centrale. Préserver la domination et les intérêts stratégiques britanniques sur le Moyen-Orient, aussi désigné comme la pierre angulaire de l’empire britannique, était essentiel pour Chirol. Sans le Moyen-Orient sur ses frontières occidentales, l’empire des Indes était exposé aux menaces ottomanes et russes, mais aussi allemandes et françaises22.

Genèses : les Indes et l’invention du Middle East

Quand l’impérialisme anglo-indien en Asie de l’Ouest inventait le Moyen-Orient

Il demeure que Valentine Chirol et Alfred Thayer Mahan à l’aube du xxe siècle ne firent que « théoriser » une double invention qui eut lieu en Asie de l’Ouest en raison de l’impérialisme d’abord des présidences indiennes de Bombay et de Calcutta, puis de celui du gouvernement anglo-indien alors à la tête de l’immense empire du Raj : celle du Golfe comme la frontière d’eau et de sable des Indes dès le début du xixe siècle, autour duquel s’organisa un système de protection fort complexe, mais aussi de mise en connexion, le Moyen-Orient. C’est sur cette double invention que nous souhaitons revenir brièvement.

Imaginé et dépeint comme une marge infestée de pirates censés constituer le bras armé des wahhabites de la péninsule Arabique23, le Golfe fut d’abord envisagé par la présidence de Bombay à la fois comme une extension maritime de ses territoires, mais aussi comme une frontière, protégeant ses possessions continentales24. Il faut comprendre le processus d’édification du Golfe en une frontière dans le cadre de l’expansion de la présidence de Bombay, alors en rivalité avec les deux autres présidences des Indes, Madras et Calcutta, pour l’extension de leurs territoires de juridiction. L’impérialisme de Bombay en Asie de l’Ouest témoigne du processus d’émergence des Indes comme une entité politique autonome de Londres et du Board of Directors de l’East India Company. Les Indes, après la bataille de Plassey en 1758, et tandis que Londres était sur le point de perdre ses colonies américaines, devinrent le pôle pilotant une large partie des conquêtes de la Grande-Bretagne et le centre du « second » empire britannique. Ajoutons également que l’impérialisme de Bombay en Asie de l’Ouest doit aussi être replacé, d’un point de vue plus global, dans le cadre des rivalités entre la France et la Grande-Bretagne, qui eurent pour théâtre, entre autres, l’océan Indien, à la fin des guerres napoléoniennes. Deux expéditions armées ultra-violentes en 1809 et 1819 orchestrées par Bombay avec l’aval de Calcutta contre Ras el Khymah et d’autres cités du Golfe, accusées d’être des repaires de pirates, permirent à la présidence de prendre pied « politiquement » dans le Golfe. Avec la signature en 1810, en 1819 et dans les années 1850 de traités entre les Indes, la Grande-Bretagne et les sheikhs du Lower Gulf et le sultan d’Oman, destinés à lutter contre la piraterie, la traite ou le trafic d’armes, avec l’instauration du contrôle maritime par les patrouilles de la Navy, avec une grande entreprise cartographique, le Golfe émerge lentement contre la frontière d’eau et de sable des Indes, qui deviennent en 185825 le Raj britannique. À partir de 1810, on assiste ainsi dans le Golfe à la mutation des anciens comptoirs de l’East India Company, les residencies et agencies, en des postes diplomatiques et politiques, administrant cette marge en structuration qu’est le Golfe.

Des projets liés à la vapeur et la définition d’un espace

Il demeure qu’au fil du xixe siècle, cette frontière gagna en « centralité », se structurant comme un espace plastique destiné à connecter les Indes avec la Méditerranée, la mer Rouge, la péninsule arabique. C’est un espace-système qui émergea progressivement au cours du xixe siècle aux Indes, un espace composite fait de territoires aux statuts politico-administratifs divers et finalement appelé en 1902 « Moyen-Orient ».

Avec plusieurs projets directement liés à la vapeur dès les années 1830, la mutation de la frontière en une couture, en un couloir de connexion, en un pont entre Orient et Occident s’opéra. Ce rêve prit forme à travers l’idée de créer une route alternative à celle de Suez et de la mer Rouge26 : hommes et marchandises seraient ainsi transportés sur le Tigre et l’Euphrate sur des bateaux à vapeur, puis navigueraient sur le Golfe pour atteindre les Indes. Très rapidement, cette voie de communication traversant la Mésopotamie pour atteindre le Shatt el Arab et le Golfe depuis les ports méditerranéens en territoires ottomans d’Alexandrette et de Jaffa fut appelée direct route, par opposition à l’overland, route de Suez et de la mer Rouge. La direct route eut ses défenseurs qui, à Londres, aux Indes et surtout sur le « terrain », comme les résidents en poste dans le Golfe et à Bagdad, ne cessèrent de mettre en avant ses avantages. On citera ici Francis Rawdon Chesney, major de l’armée des Indes, qui entreprit deux expéditions afin de prouver le caractère navigable de l’Euphrate et donc le potentiel de la direct route mésopotamienne. En 1830, un premier parcours le mena d’abord de Jaffa à Bagdad, après des détours par Jérusalem et Baalbeck, après une longue descente de l’Euphrate, dont il testa le caractère navigable, pour les futurs steamers27. Dans son récit de ce premier voyage, Chesney vante les vertus pacificatrices, civilisatrices de la vapeur que la Grande-Bretagne pourrait introduire en Mésopotamie et dans le Golfe. Il y eut une seconde expédition de Chesney en 1834 à la demande du roi William IV, intéressé alors par la direct route, qui dura plus de trois ans, et qui constitua pour le major, qui descendit une nouvelle fois l’Euphrate, une sorte de parcours dans un espace-temps mésopotamien entre imaginaire et réel, sur les traces des rois assyriens notamment. En 1837, le bilan des deux expéditions de Chesney était bien moins positif que ce dernier ne l’avait espéré et l’overland route de Suez fut jugée préférable à la direct route mésopotamienne. Il demeure que les potentialités du Golfe et de la Mésopotamie en matière de connexion continuèrent d’être au centre de plusieurs projets liés à la vapeur et vers 1850, il fut envisagé de relier la Grande-Bretagne aux Indes, par une ligne allant de la mer du Nord à Constantinople et qui continuerait par Bassorah, le golfe Arabo-Persique jusqu’aux Indes28.

William Patrick Andrew, président de la Scinde, Punjab & Delhi Railways Company, se fit l’avocat, à partir de 1855 environ, de cette voie de chemin de fer, rapidement appelée l’Euphrates Valley Railway. Il a laissé de nombreux écrits relatifs à ce projet, qui témoignent tous d’une pensée extrêmement novatrice29. Le système envisagé était bien plus complexe que celui que Chesney avait pu décrire lorsqu’il évoquait ses voyages au pays des deux fleuves. Il reposait sur une logique de connectivité des réseaux de transports, terrestres et maritimes, sur le primat donné à la vapeur, sur l’accélération des échanges et sur l’évitement des phénomènes de rupture de charge. Surtout, William P. Andrew souhaitait mettre en réseau deux grandes lignes de voies ferrées, celle qui devait voir le jour en Mésopotamie, et celle parcourant la basse vallée de l’Indus. Dans le système ainsi projeté, le Golfe était envisagé à une autre échelle que celles examinées précédemment. Il était au centre même de la conception d’ensemble et il était destiné à assurer le lien entre les deux réseaux ferrés, entre deux espaces fertiles et prospères d’un point de vue agricole et commercial : la Mésopotamie et la vallée de l’Indus. Avec l’Euphrates Valley Railway, il ne s’agit pas seulement de connecter la Méditerranée à l’océan Indien et d’atteindre, par une route alternative à Suez, les Indes ou encore de protéger l’empire indien de l’impérialisme russe. Le tracé de l’Euphrates Valley Railway est précisément décrit : son point de départ serait Alexandrette, puis viendrait Alep, la rive droite de l’Euphrate, les villes d’Hannah, de Kerbala, de Nadjaf, de Samarrâ et un parcours qui conduirait jusqu’à Koweït. C’est donc un port septentrional de la rive arabe du Golfe qui serait central pour le fonctionnement de cette route, et d’où partiraient les steamers, traversant le Golfe, vers Karachi. William P. Andrew voulait voir émerger un monde de prospérité sous l’égide britannique, grâce à la logique réticulaire privilégiée30.

Si les projets de Francis R. Chesney et de William P. Andrew ne virent jamais le jour, les deux hommes avaient, bien avant Mahan et Chirol, imaginé un monde de prospérité, où la domination anglo-indienne aurait permis de ressusciter un temps biblique et mythico-historique pensé comme idéal, dans lequel les Britanniques entendaient s’inscrire, un temps qui avait vu les règnes de Nabuchodonosor, d’Alexandre et de Trajan et la gloire de cités, Babylone, Ninive, Athènes et Rome, dont Londres était censée être l’héritière. Avec le chemin de fer et les steamers, la prospérité pouvait renaître. En Mésopotamie où, dans l’imaginaire bibliciste de l’époque, se serait trouvé le paradis terrestre, « jaillirait » de la sorte une promesse de paix éternelle. La pauvreté et la guerre disparaîtraient et, dans ce qui était pensé comme le stade ultime de l’histoire, une fraternité et un bonheur universels verraient le jour, à l’image de ces rencontres entre les peuples du sous-continent indien et d’Europe qu’Andrew avait tant souhaité voir se produire, lorsque, enfin, les voies ferrées relieraient les continents31. Ce Moyen-Orient, esquissé par Andrew ou Chesney sans sémantisation, n’est par ailleurs en aucun cas un espace fixe ou stable, et ce, pour de multiples raisons. Structuré par les lignes de steamers et de chemin de fer, il se dessine comme une zone tampon plastique. Mais il est également, aux yeux de ses inventeurs, une sorte de front pionnier englobant et permettant à la « civilisation » de se diffuser, avec le commerce et l’agriculture, voire l’industrie. Il y a donc une réelle « modernité » de la pensée spatiale des protagonistes cités, au sein de laquelle la frontière se fait centre. Loin d’être une périphérie délaissée, cet Orient moyen avant le « Moyen-Orient », un monde entre Occident et Orient, remplit un rôle central. Appréhendés depuis Bombay et Calcutta, le Golfe et « ses » territoires environnants semblaient être au début du xixe siècle une marge. Désormais, au sein de ce « Moyen-Orient » en devenir, le Golfe a une place primordiale : il est la couture aquatique fondamentale permettant non seulement de lier l’Europe et la péninsule Arabique à l’Asie, mais aussi de donner à l’empire britannique une cohésion, une rationalité lui permettant de résister, en cas de nécessité, à toutes les impulsions dissociatrices, internes ou externes.

Autour de la postérité d’un concept : essai sur des géographies plurielles

Middle East, Near East, Far East : « Orient moyen » et géographies impériales

C’est après la Première Guerre mondiale et aux lendemains des conférences de la paix, et alors que la Grande-Bretagne intégrait à son empire trois des anciennes provinces de l’Empire ottoman (la Transjordanie, la Palestine et l’Iraq), que l’usage du terme « Moyen-Orient » commença à se diffuser. Il demeure que sa géographie vers 1919 demeurait floue, comme l’a démontré Daniel Foliard. Ainsi les membres de la délégation britanniques présents à Paris en 1919-1920 arrivèrent-ils de Londres munis des Peace Handbooks, mais aussi de centaines de cartes, sur lesquelles le Moyen-Orient, en voie d’être redessiné, comprenait par exemple l’Anatolie. Daniel Foliard évoque ainsi des « cartes » mais aussi des « contre-cartes32 » circulant sur les tables des négociations à Versailles ou à Saint-Germain et sur lesquelles, malgré un important effort de cartographie et de précision scientifique, les contours du « Moyen-Orient » demeuraient fluctuants.

C’est en 1921 que le mot Middle East devint « officiellement » d’usage pour les diplomates et hommes politiques en Grande-Bretagne, avec la création par Churchill du Middle East Department33. Nouvelle section au sein du système d’administration des colonies de Whitehall, le Middle East Department dépendait du Colonial Office et non de l’India Office. Il n’administrait que la Palestine, la Transjordanie, l’Iraq et l’Égypte, témoignant ainsi d’une étrange définition par Churchill du Moyen-Orient dont les autres territoires demeuraient sous la tutelle de l’India Office ou du Foreign Office. Dans les années 1930, malgré l’institutionnalisation du Middle East Department, trois ensembles géographiques coexistaient dans la carte mentale de nombre de diplomates ou d’hommes politiques britanniques : le Middle East, gravitant autour de l’empire des Indes, le Near East centré sur la Turquie et enfin le Far East avec au cœur la Chine.

En outre, les différentes administrations de l’empire britannique ne semblaient pas s’entendre sur la définition géographique du Moyen-Orient. Churchill lui-même paraissait hésitant. Dans certains discours des années 1930, puis à la veille de la Seconde Guerre mondiale, alors qu’il était Premier Ministre, Churchill incluait parfois la Turquie dans le Moyen-Orient, contrairement donc à Chirol ou à Mahan. Ce dernier continuait également avant 1939 à parler de l’Arabie comme du Near East et envisageait la possibilité que le centre de gravité du Moyen-Orient glisse soudainement de l’Égypte aux Balkans, et du Caire à Constantinople34. Toujours à la fin des années 1930, alors que le terme Middle East était donc « institué » et qu’il avait précisément contribué à ce processus, l’ancien Premier Ministre déclarait, décrivant une géographie du Moyen-Orient pensée uniquement autour des Indes :

I had always felt […] that the name “Middle East” for Egypt, the Levant, Syria and Turkey was ill-chosen. This was the Near East. Persia and Iraq were the Middle East; India, Burma and Malaya the East ; and China and Japan the Far East35.

La déclaration était pour le moins étrange : le Levant par exemple comprenait la Syrie, pourtant ici catégorisée à part par Churchill.

En 1942, Churchill, faisant face à de très grandes difficultés sur le front de l’Afrique du Nord, proposa une réorganisation de la Middle East Command36, en la divisant en deux, preuve encore de l’absence d’une géographie « définie » du Moyen-Orient dans l’esprit du Premier Ministre. Churchill suggéra ainsi la création de la Near East Command, qui serait en charge de l’Égypte, de la Palestine et de la Syrie, avec des quartiers généraux au Caire, et de la Middle East Command, dédiée à la Mésopotamie et à la péninsule Arabique essentiellement, et basée à Bagdad ou Bassorah. Si la réforme proposée par Churchill ne parvint pas à convaincre le Parlement, une confusion assez semblable sur les géographies du Moyen-Orient semblait régner au même moment au sein de la Royal Geographical Society. Le 10 mai 1943, Sir Percy Fontaine, un diplomate, donna une conférence intitulée “Perspectives of the Near East” dans laquelle il parla d’une assimilation non nécessaire entre Near East et Middle East37. Il faut souligner que les débats continuèrent au sein du Parlement britannique où des voix s’exprimèrent encore dans les années 1950 contre la disparition du terme Near East et Clement Atlee trouva sans doute une bonne manière de faire face à cette polémique. À la question d’un membre du Parlement qui lui demandait où se trouvait désormais le Near East et si l’Égypte faisait partie du Moyen-Orient, Clement Atlee répondit : It all depends where you are in the world38.

On notera qu’en 1948, les Nations unies choisirent d’utiliser le terme Middle East pour la région s’étendant sur trois continents et comprenant l’Afghanistan, l’Iran, l’Iraq, la Syrie, le Liban, la Turquie, l’Arabie saoudite, le Yémen, l’Égypte, l’Éthiopie et la Grèce, autant d’États qui ne dépendaient pas ou plus des Indes, devenues indépendantes en 1947.

Aux États-Unis, l’usage du terme Moyen-Orient fut plus long à se généraliser, Near East demeurant en vigueur. En 1909, la section du département d’État américain en charge des affaires étrangères créa le Bureau of Near East Affairs. En 1921, dans son ouvrage célèbre de géopolitique39, le géographe Isaiah Bowman parlait de la Palestine, de l’Iraq, de la Transjordanie, de la Turquie, de l’Égypte et de la Syrie comme du Near East. Les diplomates américains qui siégèrent aux conférences de la paix après 1919 utilisèrent tous Western Asia – terme en usage aux Indes et en Grande-Bretagne au xixe siècle – pour désigner les anciennes provinces ottomanes. En 1919 toujours, dans un numéro du National Geographic Magazine consacré à “The Rise of the New Arab Nation”, on pouvait trouver Near East et Middle East, sans distinction faite entre les deux. Ce n’est que durant la guerre froide que Middle East remplaça Near East aux États-Unis, qui désormais se mit à faire référence à l’histoire ancienne ou à l’archéologie de la région, même si, en 1957, le secrétaire d’État John Foster Dulles déclarait encore que Near East et Middle East étaient identiques40. En outre, pour Roderic Davison, c’est avec la guerre froide et plusieurs épisodes, comme celui des otages iraniens en 1979, la guerre civile au Liban et le bombardement d’une base américaine ou les crises pétrolières des années 1970, que le terme de Moyen-Orient se chargea d’une connotation négative41.

Le Moyen-Orient : « terre vague42 »

Quant à la géographie du Moyen-Orient et à sa définition spatiale, elle semble poser autant de problèmes que le terme lui-même. Historiens, géographes, cartographes, hommes politiques et diplomates ne semblent jamais d’accord. Pour certains, le Middle East est le « successeur » du Near East, avec le démembrement de l’Empire ottoman comme césure, et il englobe donc la Turquie. Comme l’a démontré Daniel Foliard, pour les voyageurs et photographes britanniques du début du xxe siècle, l’Orient commençait à exister en Italie du Sud, près de la Méditerranée, en Andalousie ou à Chypre, île parfois intégrée dans cette géographie de l’Orient moyen43. Le Moyen-Orient est aussi confondu avec le monde arabe, trouvant une définition à travers la langue et la culture, intégrant donc là le nord de l’Afrique. Le Moyen-Orient est aussi parfois identifié à l’Islamicate allant du Nil à l’Oxus de Marshall Hodgson44, renvoyant là à l’ensemble des populations musulmanes d’un très vaste Near East débordant sur l’Afrique, mais unies par the venture of Islam45. Cette fois, c’est la religion qui permet de proposer une définition pour un espace qui s’étend alors du Maroc à l’actuel Bangladesh et englobe le Turkménistan. Au sein de ce dernier espace, on peut proposer une division, entre Maghrib et Mashrik ; le premier renvoyant exclusivement au Maghreb, le second référant à ce que Marshall Hodgson appelle the Persianate world, en opposition à l’Arabie, la Mésopotamie, la Syrie, l’Égypte et l’Afrique du Nord, à l’identité et la langue « arabes ». Récemment, on s’est mis à parler d’un Greater Middle East, à l’image de l’administration de George W. Bush, qui évoque sous ce qualificatif un espace aux frontières complexes et ne correspondant pas au monde arabo-musulman. Le Greater Middle East ne comprend pas l’Afrique du Nord d’après les cartes émises par le State Department, mais l’Érythrée, Djibouti, l’Éthiopie, le Soudan, l’Ouzbékistan, le Kazakhstan, le Kirghizstan et les territoires occidentaux de la Chine où se trouvent des minorités musulmanes. Comme le note Karen Culcasi, la plupart des cartes et atlas, qui se fondent sur une projection eurocentrée du monde, représentent le Moyen-Orient et le Maghreb ensemble. Ainsi, le Moyen-Orient s’étendrait-il du Maroc à la Libye jusqu’au Sahara occidental, comprenant aussi Chypre, la Turquie, le Soudan, la Syrie, le Liban, la Jordanie, Israël et les territoires palestiniens, mais aussi la péninsule Arabique et parfois l’Afghanistan.

* * *

Né au xixe siècle dans l’esprit des hommes de Bombay et de Calcutta, le Moyen-Orient se définissait alors comme l’ensemble des territoires protégeant les Indes sur ses frontières occidentales, mais aussi comme un espace riche de milles potentialités que la domination britannique pouvait révéler. Si l’on peine toujours aujourd’hui à donner à cet espace des contours clairs, l’histoire de ce concept spatial démontre bien que la cartographie et la géographie et l’acte de nommer l’espace sont des outils de pouvoir. Le Moyen-Orient est un concept profondément eurocentré, un Orient à proximité de l’Occident, qui le regarde comme une arrière-cour de ses rivalités politiques et économiques depuis la fin du xixe siècle. Sans doute l’invention de cet espace témoigne-t-elle avant toute chose de la fécondité des imaginaires mais surtout de la perpétuelle volonté d’une Europe, qui se pensait triomphante au xixe siècle, de dominer et de normer un monde que sa présumée supériorité technologique pouvait mettre en connexion et modeler globalement.

  • *.

    Agrégée d’histoire et docteure en histoire contemporaine de l’université Paris-Sorbonne, actuellement Max Weber Fellow à l’Institut universitaire européen de Florence.

  • 1.

    « J’y suis allé, mais je dois avouer que je ne sais pas bien où se trouve le Moyen-Orient… » Journaliste, Brian Whitaker a longtemps été en charge de la section Moyen-Orient du journal du Guardian. Il a publié de nombreux ouvrages sur la région.

  • 2.

    Sur l’idée d’un ancien et nouvel orientalisme, voir Michael Bonine, Abbas Amanat et Michael E. Gasper (sous la dir. de), Is There a Middle East? The Evolution of a Geopolitical Concept, Stanford, Stanford University Press, 2012.

  • 3.

    Sur cette mythologie, voir, entre autres, Douglas Little, American Orientalism: The United States and the Middle East since 1945, Chapel Hill, University of North Carolina Press, 2002.

  • 4.

    Karen Culcasi, “Constructing and Naturalizing the Middle East”, Geographical Review, vol. 100, no 4, octobre 2010, p. 583-597.

  • 5.

    Pour une réflexion sur cette géographie eurocentrée du monde, Martin W. Lewis et Kären Wigen, The Myth of Continents: A Critique of Metageography, Berkeley, University of California Press, 1997.

  • 6.

    « un Moyen-Orient pris dans les contradictions de rapports de pouvoir multiples », ibid., p. 583.

  • 7.

    Voir Guillemette Crouzet, Genèses du Moyen-Orient. Le golfe Persique à l’âge des impérialismes (vers 1800-vers 1914), Cezérieux, Champ Vallon, 2015.

  • 8.

    Sur cette invention du Golfe « britannique », voir ibid.

  • 9.

    Sur ce concept d’Asie de l’Ouest et l’impérialisme anglo-indien dans cette zone, voir Christopher A. Bayly, “India and West Asia. Circa 1700-1830”, Asian Affairs, vol. 19, no 1, 1988, p. 3-19.

  • 10.

    Edward W. Saïd, Orientalism, Londres, Routledge & Kegan Paul, 1978.

  • 11.

    James Renton, “Changing Languages of Empire and the Orient: Britain and the Invention of the Middle East, 1917-1918”, The Historical Journal, vol. 50, no 3, 2007, p. 645-667.

  • 12.

    Pour une mise au point sur ce sujet, voir Richard Millman, Britain and the Eastern Question, Oxford, Clarendon Press, 1979 ; Gerald David Clayton, Britain and the Eastern Question: Missolonghi to Gallipoli, Londres, University of London Press, 1971.

  • 13.

    Sur ces concepts, nous renvoyons à Andrew Porter (sous la dir. de), The Oxford History of the British Empire, tome III, The Nineteenth Century et tome V, Historiography, Oxford, Oxford University Press, 2001.

  • 14.

    Pour un exemple de ce discours sur le déclin des espaces sous domination ottomane ou perse, voir G. Crouzet, « Rivalités et utopies impériales en Perse : Les Britanniques et la “Karun River” au xixe siècle », Revue d’histoire du xixe siècle, no 47, 2013, p. 133-155. Voir également pour une synthèse, J. Renton, “Changing Languages of Empire and the Orient”, art. cité.

  • 15.

    Voir, entre autres, J. Renton, “Changing Languages of Empire and the Orient”, art. cité.

  • 16.

    Alfred Thayer Mahan, “The Persian Gulf and International Relations”, National Review, vol. 40, septembre 1902, p. 27-45.

  • 17.

    A. T. Mahan, “The Problem of Asia”, Harper’s New Monthly Magazine, mars 1900, p. 536-547, avril 1900, p. 747-759 et mai 1900, p. 929-941.

  • 18.

    Pour une chronologie complète de cette invention, voir Clayton R. Koppes, “Captain Mahan, General Gordon, and the Origins of the Term ‘Middle East’”, Middle Eastern Studies, vol. 12, no 1, 1976, p. 95-98.

  • 19.

    The Middle East, if I may use a term of which I have not seen.

  • 20.

    Thomas Edward Gordon, “The Problems of the Middle East”, The Nineteenth Century, 47, mars 1900, p. 413-24.

  • 21.

    Valentine I. Chirol, The Middle Eastern Question or Some Political Problems of Indian Defence, Londres, John Murray, 1903.

  • 22.

    Sur cette rhétorique de menaces itératives sur les Indes, voir G. Crouzet, Genèses du Moyen-Orient, op. cit.

  • 23.

    Pour les propos qui suivent sur le Golfe, nous renvoyons à G. Crouzet, ibid., et sur la piraterie à Simon Layton, “Discourses of Piracy in Age of Revolutions”, Itinerario, vol. 35, no 2, 2011, p. 81-97.

  • 24.

    Sur l’impérialisme de Bombay et cette « indépendance » et rivalité des présidences indiennes, voir Simon Layton, “The “Moghul’s Admiral”: Angrian “Piracy” and the Rise of British Bombay”, Journal of Early Modern History, vol. 17, no 1, 2013, p. 75-93 ; Thomas R. Metcalf, Imperial Connections: India in the Indian Ocean Arena, 1860-1920, Berkeley, University of California Press, 2008 ; Christopher Alan Bayly, Indian Society and the Making of the British Empire, dans The New Cambridge History of India, 2/1, New York/Cambridge, Cambridge University Press, 1988 et également G. J. Bryant, The Emergence of British Power in India, 1600-1784: A Grand Strategic Interpretation, Woodbridge, Boydell Press, 2013.

  • 25.

    Sur cette chronologie et ces outils de l’impérialisme, voir G. Crouzet, Genèses du Moyen-Orient, op. cit.

  • 26.

    Ibid. chap. vi.

  • 27.

    Voir notamment Francis R. Chesney, Reports on the Navigation of the Euphrates, Londres, Taylor, 1833.

  • 28.

    F. R. Chesney, The Expedition for the Survey of the Rivers Euphrates and Tigris, Londres, Longman, Brown, Green, & Longmans, 2 vol., 1850.

  • 29.

    William Patrick Andrew, Euphrates Valley Route to India, in Connection with the Central Asian and Egyptian Questions, Londres, 1882 ; id., Indian Railways as Connected with British Empire in the East, Londres, W. H. Allen & Co, 1884 ; id., India and her Neighbours, Londres, G. Munro, 1878 ; id., The Scinde Railway, and its Relations to the Euphrates Valley, and Other Routes to India, Londres, W. H. Allen, 1856 ; id., Indian railways, by an Old Indian Postmaster, Londres, 1848 ; id., Memoir on the Euphrates Valley Route to India: With Official Correspondence and Maps, Londres, W. H. Allen, 1857 ; id., The Punjaub Railway, Londres, W. H. Allen, 1857.

  • 30.

    « L’Euphrates Valley Railway est un projet grandiose, dont nous pourrons tirer très vite de nombreux avantages, mais qui surtout, j’en suis certain, bouleversera véritablement le cours de l’histoire du monde. Cette voie ferrée de 1 300 kilomètres, qui traversera des terres s’étendant de la Méditerranée au golfe Persique, ouvrira aux marchands les portes de l’Orient et apportera avec elle les arts, les sciences et la civilisation de l’Occident. Il est ainsi du devoir de l’Angleterre de mener à bien cette mission et de bâtir ce chemin de fer, afin d’en assurer une autre, sans doute encore plus primordiale : la protection des Indes. » W. P. Andrew, Memoir on the Euphrates Valley Route to India, op. cit.

  • 31.

    John S. Galbraith, “British Railways in Persia, 1870-1900”, Middle Eastern Studies, vol. 25, no 4, 1989, p. 480-505.

  • 32.

    Daniel Foliard, « Cartes et contre-cartes à la conférence de paix de Paris (1919-1920) : débats cartographiques au sein de la délégation britannique », à paraître dans Cartes & Géomatique, juin 2016.

  • 33.

    Voir sur cette création, entre autres, John Fisher, “Lord Robert Cecil and the Formation of a Middle East Department of the Foreign Office”, Middle Eastern Studies, vol. 42, no 3, 2006, p. 365-380.

  • 34.

    Cité dans Roderic H. Davison, “Where Is the Middle East?”, Foreign Affairs, vol. 38, no 4, 1960, p. 665-675 et p. 670.

  • 35.

    « J’avais toujours eu le sentiment que le terme “Moyen-Orient“ pour l’Égypte, le Levant, la Syrie et la Turquie était mal choisi. Il s’agissait en réalité du Proche-Orient. La Perse et l’Irak étaient le Moyen-Orient ; l’Inde, la Birmanie et la Malaisie étaient l’Orient ; et la Chine et le Japon, l’Extrême-Orient. » Ibid., p. 670.

  • 36.

    La Middle Command avait été créée avant la Seconde Guerre mondiale. Son rôle était de veiller à la sécurité des intérêts britanniques au Moyen-Orient et sur les pourtours méridionaux de la Méditerranée, en collaborant avec les forces britanniques navales et terrestres postées dans la région. Cette unité eut un rôle clef durant la Seconde Guerre mondiale notamment dans le cadre des opérations qui eurent lieu dans le Sahara occidental et surtout en Afrique de l’Est avec la bataille d’El Alamein.

  • 37.

    R. H. Davison, “Where Is the Middle East?”, art. cité, p. 671.

  • 38.

    « Tout dépend où vous vous trouvez dans le monde. » R. H. Davison, “Where Is the Middle East?”, art. cité, p. 672.

  • 39.

    Isaiah Bowman, The New World: Problems in Political Geography, New York, World Book Company, 1921

  • 40.

    Cité dans K. Culcasi, “Constructing and Naturalizing the Middle East”, art. cité.

  • 41.

    R. H. Davison, “Where Is the Middle East?”, art. cité.

  • 42.

    Nous empruntons cette expression à D. Foliard, « La Terre Vague. Genèses du Moyen-Orient dans les savoirs et la culture britanniques, 1850-1914 », thèse de civilisation britannique sous la direction de Fabrice Bensimon, université Paris-Sorbonne, 2011.

  • 43.

    D. Foliard, « Orientalismes ? Pionniers français et britanniques de la photographie au Levant », à paraître dans Études photographiques, printemps 2016.

  • 44.

    Marshall G. S. Hodgson, The Venture of Islam: Conscience and History in a World Civilisation, Chicago, University of Chicago Press, 1974. Sur la contribution de M. Hodgson à l’histoire globale, voir C. A. Bayly, “Marshall G. S. Hodgson, Islam and World History”, Humanitas Lecture Series in Historiography, Oxford University, 2013.

  • 45.

    M. G. S. Hodgson, The Venture of Islam, op. cit.