Message anodin


J’ai vu dans une vidéo une femme française parler à un migrant et lui demander : « Quel est votre pays ? » Mais qu’est-ce qu’un pays ? Que sont des frontières ? Des lignes tracées il y a longtemps par des hommes et sur lesquelles nous continuons de nous battre. Quand comprendrons-nous que nous sommes tous humains et que nous partageons la même terre ?

Quand j’étais sur l’autre côte, en Afrique, je pensais que j’allais trouver un pays, mais quand j’ai passé la Méditerranée, j’ai été très surpris de voir qu’il y avait encore et encore des frontières. Je suis arrivé en France en marchant le long d’une grande route et je n’ai trouvé aucune ligne tracée sur le sol entre la France et l’Italie. Cela m’a fait réaliser que la frontière est virtuelle et qu’elle existe uniquement dans l’esprit des gens, cette frontière en esprit qui fait que les gens diffèrent par leur nationalité, leur religion et leur couleur : voilà les frontières les plus dangereuses et nous devrions toutes les effacer.

Je souffre beaucoup, mais je vois des gens souffrir bien plus. J’ai vu un homme pleurer en voyant un employé lui prendre sa carte d’identité. L’employé travaillait pour l’Office français de l’intégration et l’immigration ! Comment peut-on intégrer quelqu’un en le faisant pleurer ? J’ai peur qu’un jour, ce soit ici comme en Libye, quand on peut vous demander vos papiers et qu’il n’y a aucune trace des mauvais traitements infligés par les employés de l’administration.

J’ai eu un jour un appel d’un ami arrivé en Angleterre : « Désolé, mon ami, je sais que tu aimes la France, mais la France, ce n’est pas l’Europe. L’Europe, c’est ici, la bonne police c’est ici, les bons traitements c’est ici, sauf si tu as tes empreintes dans un autre pays. » Je me sentais heureux avant qu’il ne parle à la fin des empreintes, qui sont aussi des frontières, tracées par le système de Dublin.

Logiquement, pensons que les frontières sont devenues comme un grand tuyau d’eau ouvert à certains endroits et fermé presque partout ailleurs. À vrai dire, je n’ai jamais vu autant d’inhumanité et d’égoïsme que dans le récent accord entre l’Europe et la Turquie. Ils traitent littéralement les réfugiés comme des esclaves, ils s’accordent pour faire d’eux les objets d’un troc.

Tout le monde me connaît comme un homme heureux mais, en vérité, je suis un homme qui sourit et qui lance à l’intérieur un SOS à cause de sa propre situation, et de celle de beaucoup d’autres. Qu’y a-t-il de pire qu’être sans papiers et de vouloir vivre dignement, mais d’avoir peur qu’on vous déporte ?

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Cher François Hollande,

Je ne peux rien dire de mal sur vous, car je n’ai pas assez d’argent pour payer un bon avocat. Je ne veux pas vous poser de questions à vous, mais aux citoyens français qui payent votre salaire (ceux qui me donnent mes derniers droits en tant qu’humain sans papiers, ceux qui se battent pour moi quand je fais face à l’injustice de votre gouvernement, ceux qui m’accordent des droits quand je suis traité comme un animal ou bien pire juste parce que je suis venu ici illégalement). Je tiens à vous dire que je n’aime pas faire des choses illégales, mais que j’y ai été forcé. Peut-être que l’intention des pays européens est d’interdire aux autres réfugiés de venir en Europe et je voudrais vous dire bravo. Nous avons bien travaillé pour vous, nous avons dit à tout le monde qu’il était préférable de mourir chez eux plutôt que d’être humilié ici. Merci, Monsieur le Président de la République, de m’avoir montré le vrai visage de la France, qui retire même leurs droits à ses propres citoyens sous le nom de l’« état d’urgence ».

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Chère police,

Vous savez que nous avons une belle amitié depuis juin 2015 et je suis chanceux de ne pas vous avoir revue depuis ce jour. Mais j’ai un petit message pour vous : vous n’êtes pas des dieux en ce monde, vous respirez le même air que celui que nous respirons, vous buvez la même eau que celle que nous buvons. La seule différence entre nous, c’est l’uniforme et le badge que vous portez. Cessez d’être les instruments des politiciens, essayez d’être des êtres humains et de faire votre véritable travail : protéger et servir.

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Chers politiciens,

Je ne vous déteste pas mais, il y a longtemps, j’ai demandé à quelqu’un comment je pourrais être un bon politicien. Il m’a répondu : « Tu dois être un bon menteur. » Arrêtez de manipuler les gens comme s’ils étaient des enfants, arrêtez de vous servir de moi comme d’un jouet et arrêtez d’utiliser les frontières comme un robinet que vous fermez et ouvrez quand bon vous semble. Arrêtez, arrêtez, arrêtez, arrêtez !

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Cher moi, Yousif Haliem,

Je pense que tu as fait ta plus grosse erreur en t’opposant à ton gouvernement et en t’échappant de ton pays pour aller en Europe, car ici tu fais face à la même peur. Tu dois admettre que tu n’as pas de chance parce que, parmi toutes les évacuations des camps parisiens illégaux, parmi les centaines de migrants évacués, tu es monté dans le seul bus qui allait au centre de rétention, et après ça tu as dû vivre tes sept derniers mois à attendre la décision de l’Ofpra sans aucune preuve de papier d’identité. Tu étais au mauvais endroit au mauvais moment. Pourquoi n’as-tu pas réfléchi au fait que tu avais pris la mauvaise décision et que tu n’étais pas au bon endroit pour les droits de l’homme ?

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J’y suis, j’y reste, je ne partirai pas.

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    Yousif A. Haliem est réfugié soudanais, informaticien et auteur. Le récit qu’il a fait de son itinéraire (Soudan du Nord, Libye, Europe), « Le voyage de la mort », est lisible sur le site refugeetrip.wordpress.com.