Treme : la reconstruction de la Nouvelle-Orléans et la survie des racines culturelles américaines
Comment parler d’une ville dans une série télévisée ? Treme est un feuilleton consacré à la reconstruction de la Nouvelle-Orléans après la catastrophe de 2005. Mais si les conséquences du passage de l’ouragan Katrina sont omniprésentes dans l’intrigue, le thème essentiel du feuilleton porte sur la possibilité de redonner naissance à la culture singulière de cette ville, l’une des seules aux États-Unis qui, à travers le jazz, le carnaval, la vie urbaine, ait rayonné bien au-delà de son cœur historique.
La nouvelle série du créateur de Sur écoute, Treme, tire son nom d’un quartier de la Nouvelle-Orléans, berceau du jazz et plus vieux quartier noir des États-Unis. Elle suit le difficile retour des habitants de la ville après l’ouragan Katrina, et leur combat pour se réapproprier leur toit et leur culture, ravagés par la catastrophe et menacés par les ambitions des politiciens et des promoteurs immobiliers. Hymne bouleversant à une ville racine de l’histoire et de l’identité américaines, œuvre à charge contre les politiques locales et nationales, et plaidoyer pour la sauvegarde d’une culture à l’agonie, menacée de disparition par l’ignorance d’une nation1.
Des doigts qui s’échauffent sur une trompette. Une hanche. Des visages, en plans serrés, la sueur au front. Quelques notes. Des plumes. Une cigarette. Une bouteille de sauce piquante. Une bière. Des policiers et des militaires. Nous sommes « trois mois après », précisent en avant-propos David Simon et Eric Overmyer, les créateurs de Treme. On prépare une second line, ces fanfares populaires qui traversent la ville en entraînant dans leur sillage les badauds de la Nouvelle-Orléans. La première second line depuis Katrina. Lentement, les habitants de la ville, exilés loin de leurs domiciles pour fuir l’ouragan, font leur retour, tentent de reprendre une vie normale, dans une ville blessée, balafrée, en deuil. I hope you’re comin’ back to New Orleans, « j’espère que tu reviens à la Nouvelle-Orléans », chantent les New Orleans Jazz Vipers dès le deuxième épisode de la série. Revenir, mais dans quelles conditions, dans quelle Nouvelle-Orléans, et avec quelles perspectives d’avenir ?
Après Sur écoute, passionnante plongée dans les entrailles de Baltimore, sa criminalité, sa corruption politique et son système éducatif, brillante auscultation de la réalité urbaine américaine2, après Generation Kill3, démythification de l’invasion de l’Irak de 2003, David Simon voulait écrire une série sur la Nouvelle-Orléans, dont les héros auraient été des musiciens. Une série sur le jazz, sur le quotidien de cette ville méconnue, une réflexion sur la mélomanie, une œuvre culturelle, loin du monde du crime et de la drogue, bien connu de cet ancien journaliste de Baltimore, qui a passé des mois en planque avec les stups.
« On travaillait dessus à l’été 2005 quand Katrina est arrivé », se souvient Eric Overmyer, dramaturge, cocréateur de la série, et bras droit de Simon depuis le début de sa carrière de scénariste. « Notre première réaction a été de se dire que c’était foutu, mais nous avons finalement décidé que Treme parlerait toujours de musiciens, mais après Katrina, et de leur renaissance. La catastrophe nous a finalement offert un point de départ solide, une raison plus forte encore de faire la série4. »
« On a fait le tour du monde, mais rien ne vaut la Nouvelle-Orléans5 »
Treme suit le quotidien d’une dizaine de personnages, tous lourdement marqués par Katrina, et représentatifs de la culture locale. Il y a là Antoine Batiste (Wendell Pierce), un tromboniste sans le sou qui se démène pour décrocher des gigs, ces piges dans les clubs de jazz ; Ladonna Batiste-Williams (Khandi Alexander), son ex-femme, qui tient un bar dont le toit a été emporté par la tempête, et dont le frère est porté disparu ; Janette Desautel (Kim Dickens), une chef cajun qui peine à payer les factures de son restaurant ; Albert Lambreaux (Clarke Peters), un chef indien du Mardi gras, ces figures majeures du carnaval, dont la maison a été ravagée ; Davis McAlary (Steve Zahn), un animateur radio excentrique et passionné de jazz ; Toni Bernette (Melissa Leo), une avocate sur les traces du frère de Ladonna ; son époux Creighton (John Goodman), un prof de littérature révolté contre l’administration et son incapacité à gérer la catastrophe, et quelques autres, tous en quête de « leur » Nouvelle-Orléans, emportée par l’ouragan, tous rangés derrière cette complainte de Davis : I just want my city back, « je veux retrouver ma ville6 ». Œuvre chorale, Treme navigue entre ces personnages, qui se fréquentent, ou dont les trajectoires finiront par se croiser. Des Néo-Orléanais authentiques, certains inspirés par de vraies figures locales. « Sur écoute s’intéressait au sommet de la pyramide, le bureau du maire, et au bas de la pyramide, les drogués et les dealers. Ici, nous restons avec le peuple, et si nous considérons la politique et les institutions, ce sera à travers les yeux des gens ordinaires », explique Eric Overmyer.
Sur leurs traces, Simon et Overmyer entonnent un puissant hommage à la Nouvelle-Orléans, passionné, parfois déchirant mais souvent joyeux. Ils laissent leur caméra arpenter les rues du French Quarter, s’arrêtent, silencieux, dans les décombres du Ninth Ward, ce quartier pauvre entièrement détruit par la catastrophe, traversent trompette au poing le Treme, prennent le temps d’écouter « le bruit le plus joyeux qu’il soit donné d’entendre dans ce pays », comme l’appelle Simon, le bruit des clubs de jazz, de la friture des restaurants, du port, des second lines. Ils donnent la parole à leur personnage principal, la ville et sa culture, qui lentement se racle la gorge pour bientôt chanter à tue-tête When the saints, Feel like Funkin It up et mille autres hymnes au bon temps rouler, cet état d’esprit qui fait qu’à la Nouvelle-Orléans, surnommée Big Easy, on sait profiter de la vie, même dans les pires moments. Won’t bow, don’t know how, « nous tiendrons bon, même si nous ne savons pas comment », annonçaient les affiches promotionnelles pour la série.
Ancien journaliste pour le Baltimore Sun, documentariste, David Simon conçoit ses séries comme des mélanges de fiction et de réalité, solidement ancrées dans les cultures qu’il observe. Sur écoute reposait sur des années d’enquêtes et poussait le sens du détail jusqu’au moindre accent. Il en est de même pour Treme. Simon s’est entouré de journalistes, de romanciers de la Nouvelle-Orléans et de la crème des musiciens locaux, qui viennent jouer dans de longues séquences musicales : Kermit Ruffins, Allen Toussaint, Dr. John, Steve Earle, Sammie “Big Sam” Williams, Donald Harrison Jr., Troy “Trombone Shorty” Andrews, Deacon John Moore, Rebirth Brass Band, le Treme Brass Band, et beaucoup d’autres − la série est truffée de débats passionnés sur le jazz. « Nous portons une énorme responsabilité : celle d’éviter que Treme ne soit qu’une caricature de plus de la culture de la Nouvelle-Orléans, explique Steve Zahn. Les figurants, ici, ne sont pas des figurants. Ils n’essayent pas de passer dans le champ, ils sont chez eux. Dans leur rue. Dans leur club. Le même club où ils étaient la veille et où ils retourneront le lendemain. » Wendell Pierce, qui a grandi à la Nouvelle-Orléans et partagé les bancs de l’école avec Winston Marsalis, Donald Harrison et Harry Connick Jr., ajoute : « La série est collaborative. Tout le monde apporte sa pierre. David Simon n’est pas un natif de la région, mais il faut parfois un outsider pour rappeler aux locaux les détails de leur propre culture. »
Envahis par les reporters, scrutés, questionnés, les habitants de la Nouvelle-Orléans n’ont pas nécessairement bien vécu ce projet. « Leur première réaction a été globalement négative, se souvient Eric Overmyer. On nous a accusés de vouloir exploiter leur misère, de vouloir voler leur culture, de ne pas pouvoir traduire l’esprit de la ville, etc. C’est une réaction tout à fait compréhensible. Nous avons donc fait en sorte d’être intraitable dans nos recherches, de dédommager les gens équitablement. » Au cœur du Treme, l’église Sainte-Augustine, fragile bâtisse de bois blanc, apparaît régulièrement dans la série. Son pasteur, Quentin Moody, traduit un point de vue optimiste sur la série. « Une série, même imparfaite, qui saurait mettre en scène la richesse culturelle de cette ville, serait un atout majeur dans sa reconstruction, notamment en attirant les touristes. Treme est une occasion pour les téléspectateurs de découvrir la culture de la Nouvelle-Orléans, l’histoire de son peuple, son mode de vie, et de montrer au monde que les gens essayent de tourner la page de Katrina, de reconstruire. » « C’est une chance unique de dire au monde que nous sommes là, que nous nous battons, que notre héritage culturel mérite d’être sauvegardé, et que nous survivrons quoi qu’il arrive », ajoute Wendell Pierce.
« Katrina est une erreur humaine, une foirade fédérale aux proportions épiques7 »
Politiquement engagé à gauche, David Simon avait promis que Treme ne serait pas une œuvre aussi polémique que Sur écoute. Promesse non tenue. Elle est au contraire une série militante, qui s’en prend violemment à l’administration Bush et à la mairie de la Nouvelle-Orléans, accusées de n’avoir rien fait pour protéger la ville, laissant pourrir les digues qui étaient censées empêcher les eaux d’envahir ses rues. Creighton Bernette, universitaire passionné, magistralement incarné par John Goodman, exprime le plus frontalement cette colère dès le premier épisode, hurlant au visage de reporters britanniques médusés que « l’ouragan a été un phénomène naturel, mais que l’inondation de la ville a été une erreur humaine, une foirade fédérale aux proportions épiques ». Le passé est une chose, que les héros de la série acceptent avec plus ou moins de résignation. Le présent et l’avenir, en revanche, sont au cœur de la série, qui dénonce une grave menace sur la société et la culture de la Nouvelle-Orléans : celle d’une reconstruction laissée aux mains d’intérêts politiques et financiers bien loin des réels soucis des citoyens.
« Dans les mois qui ont suivi Katrina, il y avait tant de questions ouvertes : la Nouvelle-Orléans allait-elle se relever ? Sous quelle forme, l’authentique, ou en version Disneyland, se souvient David Simon. Il faut voir avec quelle rage les habitants se sont unis contre les intérêts financiers qui voulaient s’emparer de la ville, la priver de son identité pour en faire une Nouvelle-Orléans “rentable” ! » À peine les eaux retirées, la Nouvelle-Orléans est devenue le plus grand chantier à ciel ouvert des États-Unis. Les dégâts matériels provoqués par l’ouragan ont été évalués à 81 milliards de dollars. Des quartiers entiers ont été rayés de la carte, près de la moitié de sa population a été déplacée, éparpillée à des centaines de kilomètres à la ronde. Les quartiers pauvres, touchés ou pas, ont été évacués. Une aubaine pour les gouvernants, dénonce Treme, qui en ont profité pour fermer les projects, ces cités où le taux de criminalité était parmi les plus élevés du pays − et qui, bien que restées au sec, ont été fermées et détruites. Une aubaine aussi pour les entrepreneurs, qui comptent bien s’enrichir en transformant la ville en attraction pour amateurs de jazz fortunés − c’est un des thèmes de la deuxième saison de la série. « Ils ne veulent pas des pauvres à la Nouvelle-Orléans, chante Davis McAlary, DJ et candidat pour rire aux élections locales, façon Coluche, mais sans tous ces pauvres, la Nouvelle-Orléans ne serait pas la Nouvelle-Orléans, parce que ce sont ceux qui ne possèdent rien qui font vibrer cette ville8. »
Cette gentrification forcée laisse sur le carreau certains personnages de la série, essentiellement issus de milieux modestes, qui n’ont plus d’électricité, plus de gaz, et qui, en attendant les chèques des compagnies d’assurances − qui n’arriveront jamais − dorment dans les caravanes de la Federal Emergency Management Agency (Agence fédérale de gestion des urgences, Fema), chargée d’assurer le minimum vital aux habitants de la Nouvelle-Orléans (et accusée de tous les maux, dans la série comme dans la réalité). Rien ne fonctionne, l’économie s’effondre, l’armée bloque les rues − on entend souvent les hélicoptères passer dans Treme − et la police, à cran depuis la catastrophe, s’en prend aux musiciens. Et que fait l’Amérique pendant ce temps-là ?
« Tout le monde aime la musique de la Nouvelle-Orléans. Son peuple, en revanche9… »
Pendant ce temps, l’Amérique compatit. L’Amérique demande plus de jazz, comme on enverrait, pour avoir bonne conscience, quelques euros à un pays lointain ravagé par un tsunami. Delmond, le fils du chef indien Albert Lambreaux, trompettiste professionnel, croule sous les propositions. Il enchaîne les concerts à travers le pays, où on lui demande de jouer les standards néo-orléanais, on l’accable de généralités bien pensantes sur sa ville. Creighton Bernette, aussi écrivain, se voit offrir une rallonge par sa maison d’édition, « grâce à l’ouragan », pour qu’il ponde rapidement un roman sur la catastrophe. Les touristes affluent, le regard humide, demande du Dixieland, la musique traditionnelle de la région, comme par pitié, sans chercher à comprendre d’où elle vient et ce qu’elle dit, ni même si la Nouvelle-Orléans a inventé d’autres formes de jazz depuis un siècle. Dans une des scènes les plus fortes de la première saison, un bus « Katrina Tour » rempli de touristes interrompt, pour prendre des photos, une cérémonie mortuaire d’Indiens du Mardi gras… « La Nouvelle-Orléans fait naître des moments de clarté artistique et de transcendance urbaine qui sont ce que le peuple américain peut espérer de mieux, s’extasie Bernette… si toutefois ceux qui en sont les témoins ne sont pas trop blasés, trop las et trop stupides pour s’en rendre compte. »
« Vous voulez dire que la Nouvelle-Orléans n’est pas une ville qui a marqué la mémoire du monde10 ? », s’offusque Bernette face aux journalistes qui lui suggèrent que « Nola » n’est plus une « grande ville ». Elle ne l’est peut-être plus pour les Américains, nous dit David Simon, mais elle l’est encore pour le reste du monde. Pour preuve, un des personnages les plus émouvants de la première saison, Koichi Toyama, jazzman et mélomane japonais venu spécialement pour offrir des instruments aux musiciens touchés par Katrina, plus savant que les musiciens eux-mêmes, et qui explique : « Je suis venu pour la première fois à la Nouvelle-Orléans en 1985. Ça a changé ma vie. Depuis Katrina, dès que j’écoute un disque d’un musicien local, je ne peux pas m’empêcher de pleurer… »
« Comme s’ils voulaient que la Nouvelle-Orléans ne soit plus la Nouvelle-Orléans11 »
Ce que les Américains ne semblent pas vouloir comprendre, selon David Simon, c’est qu’en abandonnant la Nouvelle-Orléans et sa culture, ils abandonnent un pan entier de la culture américaine. Treme souligne l’amnésie culturelle des États-Unis, qui a oublié où sont les racines de sa musique. « Treme est une série sur la culture américaine, sur ce qui fait que nous sommes Américains, explique-t-il. La Nouvelle-Orléans est aux racines de notre culture, grâce à la musique afro-américaine. Beaucoup d’entre nous pensent que le cinéma est américain… mais il a été inventé en Europe. D’autres pensent que nous exportons de la démocratie… mais ce n’est que trop rarement le cas. En revanche, la musique afro-américaine est partout, en Europe, en Afrique ou à Katmandou. Si vous trouvez un jukebox, il y aura forcément un morceau de Michael Jackson, de Louis Armstrong ou de John Coltrane dedans. Ce qui m’a intéressé avec Treme, c’est de définir ce qui nous permet, nous autres Américains, de nous dire culturellement uniques. Qu’est-ce qui est, culturellement, vraiment américain ? Cette culture est née entre deux pâtés de maisons, au cœur d’une ville qui a frôlé la mort il y a cinq ans… » « Ce que Treme défend, c’est l’importance de la culture dans la définition d’une civilisation », ajoute Clarke Peters.
David Simon appelle la Nouvelle-Orléans « l’âme du pays », et Treme tout entière s’applique à témoigner de sa culture, quitte à tomber, par instants, dans l’hagiographie. Les États-Unis, qui « préfèrent tout raser au bulldozer et avancer tête baissée », n’auraient pas besoin de catastrophe naturelle pour détruire tout ce qu’ils ont bâti par le passé. Reste une ville, qui a su éviter ce massacre culturel, « la Nouvelle-Orléans, mélange de tiers-monde, de Cuba, de France, d’Espagne, etc. analyse Simon. L’histoire, les origines culturelles de l’Amérique sont restées présentes ici, quand le reste du pays s’uniformise, se transforme en une gigantesque zone commerciale ». Racine culturelle, la ville est aussi, selon le créateur de Treme, un rare exemple de mixité sociale et raciale − et ce malgré le crime ou la misère. « Nous sommes un pays de métis. Nous sommes un refuge pour immigrants, poursuit-il. Nous sommes une nation imparfaite, qui a échoué à créer un véritable melting-pot, où les classes sociales et les origines raciales peinent à se mêler, mais qui a su donner naissance, ici, à la Nouvelle-Orléans, au jazz, ce son si joyeux, ce mélange des couleurs. »
Reconstruire la Nouvelle-Orléans sans respecter ses traditions, sa culture, son âme, ce serait donc risquer d’amputer la culture américaine de certaines de ses racines. « La culture de la Nouvelle-Orléans est en danger, s’inquiète un des personnages de la série lors d’un débat politique. Si les politiciens se débarrassent des infrastructures soutenant la culture, elle disparaîtra12. » Aussi, contre vents, marées, police, armée, compagnies d’assurances, politiques et beaucoup d’autres, les personnages de la série se battent pour souffler dans leur trombone, cuisiner cajun, défiler pour Mardi gras, défendre becs et ongles, quitte à être chauvins, la culture de la Nouvelle-Orléans. « À la Nouvelle-Orléans, la culture est au centre de tout, explique Wendell Pierce. Ce que la pensée est à l’individu, la culture l’est à la communauté. C’est elle qui exprime l’expérience, la mémoire, les faiblesses et les forces d’une société. La culture porte les informations indispensables à la renaissance d’une ville. Treme est là pour rappeler aux gens d’où nous venons, le chemin que nous avons parcouru, et quelle est notre culture. Sans culture, nous perdons ce que nous sommes au fond de nous, notre essence, et nous ne pouvons pas renaître. Si la reconstruction venait à ignorer cela, la Nouvelle-Orléans ne serait plus qu’une coquille vide. »
Sur écoute dressait un constat d’échec édifiant sur les politiques urbaines américaines. Treme, plus optimiste, teintée d’un humour salvateur et portée par l’énergie du jazz, retourne, elle, aux origines de la culture américaine, loin d’Hollywood, loin des tubes pop et r’n’b, qui doivent tant à cette petite ville, New Orleans (à peine 350 000 habitants). Un microcosme qui semble totalement exotique aux yeux des Américains… alors même qu’il est à la base de leur histoire musicale, et qu’elle joue donc un rôle majeur dans le rayonnement international des États-Unis. La ville, lentement, se relève. L’an dernier, la victoire de l’équipe de football américain de la ville, les Saints, a provoqué un élan d’espoir sans précédent à la Nouvelle-Orléans. Les touristes reviennent. Les maisons se reconstruisent. Mais « c’est une chose de récupérer son toit. C’en est une autre de retrouver sa culture », conclut Clarke Peters.
- *.
Journaliste spécialiste des séries télévisées pour Télérama et Slate.fr, chroniqueur à Radio France.
- 1.
Diffusée aux États-Unis sur Hbo et sur Orange Cinéma Séries en France. Saison 1 est disponible en Dvd chez Warner Home Vidéo.
- 2.
Voir Sylvie Laurent, « Les ghettos américains sur écoute. Et si la fiction était plus juste que les sciences sociales ? », Esprit, novembre 2010.
- 3.
Disponible en Dvd chez Warner Home Vidéo.
- 4.
Toutes les citations sont extraites d’un reportage réalisé à la Nouvelle-Orléans en février 2010 par l’auteur de cet article, et publié dans Télérama.
- 5.
Saison 1, épisode 3.
- 6.
Saison 1, épisode 3.
- 7.
Saison 1, épisode 1.
- 8.
Saison 1, épisode 5, extrait du titre Shame, Shame, Shame (Honte, honte, honte).
- 9.
Ibid., épisode 2.
- 10.
Saison 1, épisode 1.
- 11.
Ibid., épisode 5.
- 12.
Saison 1, épisode 7.