À qui profite le développement ? Politiques chinoises en zones tibétaines (1998-2008)
Politiques chinoises en zones tibétaines (1988-2008)
Il faut situer les manifestations antichinoises du printemps dernier au Tibet dans le contexte des dix années écoulées : développement économique, peuplement, urbanisation. Le mode de vie nomade aussi bien que la religion font l’objet d’une action constante visant à transformer définitivement les modes de vie tibétains.
La soudaineté et l’ampleur des « événements » qui ont secoué une grande partie du Tibet en mars et avril 2008 ont pris de court les observateurs, même les plus attentifs. Mais, à bien y regarder, le soulèvement populaire tibétain1 peut être interprété comme la tragique conséquence, inéluctable et prévisible, de l’adhésion imposée aux Tibétains à un projet politique, économique, culturel et social chinois.
Où est le Tibet ?
Pour prendre la mesure de ce que représente l’enjeu de l’intégration du Tibet à la République populaire de Chine au travers des politiques menées par le gouvernement chinois envers les populations tibétaines, il convient tout d’abord d’expliciter l’entité géographique et humaine dont il sera ici question.
Le toponyme « Tibet » recouvre grosso modo deux acceptions : pour les Tibétains eux-mêmes, ainsi que pour les spécialistes, le « Tibet » chinois (en tibétain Bod, pas d’équivalent en chinois) désigne une zone immense qui correspond à la zone d’extension du puissant et glorieux empire tibétain (mi-viie siècle-mi-ixe siècle). Ses caractéristiques les plus saillantes sont l’usage de la langue tibétaine dans une variété de dialectes et d’une lingua franca littéraire ; une écriture de type alphabétique (trente consonnes, quatre voyelles diacritiques) sans rapport avec le système idéogrammatique chinois ; la pratique ultra-majoritaire du bouddhisme tibétain et, plus marginalement, du bön ; un mode de vie essentiellement rural ; un écosystème de haute altitude (3 000 à 5 000 m) ; une très faible densité (à peine 2 habitants au km2). Le territoire tibétain est grand comme l’Europe de l’Ouest : s’étendant sur 2, 5 millions de km2, soit un quart de la surface de la Chine, il n’est peuplé que de 5, 4 millions de Tibétains2. C’est en ce sens que le terme « Tibet » sera utilisé dans cet article.
Pour le peuple comme pour les gouvernants chinois, en revanche, le Tibet (Xizang en chinois) désigne moins de la moitié de ce territoire, c’est-à-dire la seule région autonome du Tibet (désormais Rat : 1, 2 million de km2, 2, 8 millions d’habitants dont officiellement 92 % de Tibétains). Au-delà de la Rat, le monde tibétain est partagé entre quatre provinces chinoises : le Qinghai, le Gansu, le Sichuan et le Yunnan, au sein de dix « préfectures » et deux « districts » dits « autonomes tibétains » (désormais Pat et Dat). Ils regroupent 3 millions de Tibétains et couvrent 1, 3 million de km2.
Ces précisions peuvent sembler inutilement arides mais, au contraire, elles sont un préambule nécessaire pour suivre la politique chinoise au Tibet. En effet, la Rat, parce qu’elle est une région de même niveau qu’une province et qu’elle est autonome, bénéficie en théorie d’une plus grande amplitude pour les prises de décision politiques qui affectent ses habitants. Mais elle est par ailleurs plus étroitement sous la coupe du gouvernement central, en tant que zone considérée par excellence comme « le » Tibet, territoire problématique où la souveraineté de la Chine est mise à mal.
Les « forums de travail sur le Tibet » qui se sont succédé (1980, 1984, 1994 et 2001) à Pékin le prouvent : convoqués par les instances dirigeantes du pays (le Comité central du parti communiste chinois [Ccpcc], la Conférence politique consultative du peuple chinois [Cpcpc] et le Conseil des affaires de l’État), ils orientent très sensiblement la politique d’ensemble de la seule Rat, en décidant des investissements et des projets de développement qui la concernent seule3. En revanche, les préfectures (Pat) et districts (Dat), hors région (Rat), sont soumis à l’autorité supérieure de leur province de rattachement et, n’étant pas « stigmatisés » comme appartenant au « Tibet », font l’objet d’une surveillance et d’un contrôle moindres de la part du gouvernement central. Les différences en matière de politique éducative offrent une illustration parlante, car ce domaine relève en théorie de la compétence des provinces/régions : en 1984, le Ccpcc publia une directive sur « l’établissement de classes et d’écoles tibétaines dans les régions de l’intérieur pour cultiver les talents4 », qui ne concernait que l’acception chinoise du terme « Tibet », donc la Rat. Il fut décidé d’envoyer les meilleurs écoliers tibétains de la région pour au moins quatre ans dans des classes ou établissements tibétains délocalisés en Chine « de l’intérieur » (moitié est de la Chine), souvent à plus de deux ou trois mille kilomètres de leur domicile5. Le système scolaire chinois préexistant (bâtiments, corps enseignant, cursus) permettait, en y greffant des entités tibétaines, de former rapidement des « talents » autochtones, qui à l’issue de leurs études retourneraient en Rat pour « développer » le Tibet « arriéré » afin de mieux l’intégrer à la Chine avancée.
Cependant, cette solution temporaire est devenue permanente, et le nombre de classes ou d’établissements est passé de 18 en 1990 à 39 en 20006. Dans ces classes ou établissements, les enseignants sont chinois et les cours sont assurés en chinois – à l’exception de six heures hebdomadaires de tibétain. On imagine aisément les conséquences sur la compétence des jeunes Tibétains de la Rat dans leur propre langue : cette future élite maîtrise certes bien le chinois mais sa connaissance de sa langue et de sa culture maternelles est superficielle. Par contraste, leurs congénères du Qinghai, du Gansu et du Sichuan développent de solides compétences en langue tibétaine, puisqu’ils restent scolarisés au sein d’établissements scolaires locaux ou voisins bilingues. En Rat, la pénurie de jeunes diplômés éduqués en tibétain a conduit depuis une dizaine d’années au recrutement de centaines de Tibétains issus des régions hors Rat. Malgré les incompréhensions de dialecte à dialecte, ils ont trouvé un emploi au sein des services et institutions où la connaissance du tibétain est un prérequis (écoles primaires et enseignement supérieur, musées, archives, bibliothèques, maisons d’édition, radio-télévision). Le « grand Tibet » fractionné par l’administration chinoise serait donc ainsi partiellement recréé de facto, ce qui n’est pas le moindre des paradoxes de la politique chinoise au Tibet.
1990-2000, développement économique et attaques contre les valeurs tibétaines
La période qui suivit la fin de la Révolution culturelle et le début des années 1980 fut marquée dans les zones tibétaines, comme dans toute la Chine, par une relative ouverture et une libéralisation politiques – avec un décalage de quelques années pour la Rat7. Ce fut une époque où le droit à la différence culturelle, et donc à l’expression réelle d’une identité non han au sein de la Chine multiethnique, était reconnu, notamment grâce à la politique « graduelle » qui prenait en compte les « caractéristiques ethniques » des administrés.
Mais, en 1987, des manifestations éclatèrent à Lhasa pour demander l’indépendance du Tibet. Le pouvoir central de Pékin démit de ses fonctions en 1988 le populaire secrétaire du Parti communiste en poste en Rat, Wu Jinghua, pour le remplacer par Hu Jintao, actuel président de la République populaire de Chine. Celui-ci décréta la loi martiale (mars 1989-mai 1990) à la suite des manifestations qui avaient marqué le trentième anniversaire du soulèvement de Lhasa contre la présence chinoise.
En 1992, un autre « dur » du régime, Chen Kuiyuan, remplaça Hu et, pendant les huit années qu’il passa à la tête de la Rat, l’approche « graduelle » fut totalement abandonnée. D’une part parce que le contexte chinois était à la libéralisation économique depuis la « Tournée dans le sud » de Deng Xiaoping (1992). D’autre part parce que, depuis 1990, un lien avait été établi entre retard économique et nationalisme. Chen mena à bon port un train de réformes dont les conséquences durables peuvent expliquer en partie le soulèvement des Tibétains en 2008 : sur le plan économique, il accueillit les investissements massifs en provenance de la Chine et ouvrit la Rat aux migrants sans carte de résidence (hukou) dès décembre 1992, entraînant le début de la marginalisation économique de la majorité des Tibétains. Il déclara, d’autre part, que le dalaï-lama n’était pas un personnage religieux mais politique (1994) et lança une campagne massive d’éducation patriotique qui incluait la dénonciation du dalaï-lama par les moines et nonnes (1996). Enfin, il s’attaqua à l’enseignement de la langue et aux études classiques tibétaines8.
Certes, une seule de ces mesures franchit les frontières de la Rat, mais ce fut la plus impopulaire : l’éducation patriotique, qui fut implantée dans les Pat et Dat dès 1998. Or, trois années plus tôt, un autre événement avait déjà provoqué la consternation unanime des Tibétains de toutes les régions : l’escamotage de la réincarnation du panchen-lama, deuxième hiérarque tibétain. En mai 1995, en effet, l’État chinois avait fait disparaître le jeune enfant confirmé trois jours plus tôt par le dalaï-lama comme l’authentique réincarnation du 10e panchen-lama (1938-1989). Un autre garçonnet fut imposé, vite surnommé « le panchen chinois » (Rgya Pan chen). Cette ingérence dans leurs affaires religieuses provoqua désillusion et colère chez tous les Tibétains, et contribua à nourrir le ressentiment des religieux, principalement visés au départ, puis de toutes les couches de la société – avec les conséquences que l’on sait en 2008.
De 2000 à 2005 : le tout économique
L’année 2000 fut marquée par le départ de Chen Kuiyuan de la Rat et le lancement par Jiang Zemin de la campagne de « Développement de l’ouest » (Xibu da kaifa) dans le grand ouest chinois.
L’attitude clairement hostile de Chen à l’égard de leur culture lui avait aliéné la grande majorité des Tibétains de Rat. Il se peut que les autorités centrales aient voulu apaiser le mécontentement populaire en nommant successivement à la tête de la Rat Guo Jinlong (2000-2003) puis Yang Chuantang (2004-2006), dont les missions furent essentiellement économiques et axées sur le développement. Est-ce par contraste ? Les cercles intellectuels de la Rat apprécièrent la retenue et l’intérêt pour la culture tibétaine manifestés par Yang. Cependant, celui-ci ne resta que deux années en poste, et les raisons de son départ prématuré sont inconnues à ce jour.
Au même moment, les régions pauvres de la Chine étaient entrées depuis 2000 sous le coup de la campagne nationale Xibu da kaifa. Privilégiant les prises de décisions centralisées, cette campagne prolongea la logique du développement économique comme facteur d’intégration à la Chine et donc comme remède à la tentation du séparatisme. En effet, pour les dirigeants chinois, les revendications ethnico-identitaires, qui se traduisent souvent par le refuge dans les valeurs traditionnelles, principalement religieuses, se nourrissent de la frustration née de l’arriération économique. Or, les provinces concernées représentent 50 % de la superficie de la Chine, mais seulement 8 % de sa population, avec une grande proportion de « minorités nationales » réfractaires au régime de Pékin (Tibétains et Ouïghours principalement). Les investissements massifs dont bénéficiait déjà la Rat furent donc accrus.
Cependant, le type de développement privilégié, conçu par des technocrates han dans et pour un contexte urbain, continua à favoriser le secteur tertiaire, les villes et leurs habitants – c’est-à-dire, dans le cas de la Rat, une minorité déjà privilégiée (cadres et employés de l’État principalement), Tibétains et plus fréquemment non-Tibétains (han principalement pour le secteur public, han et hui pour le secteur privé). Autrement dit, il négligea les nombreux ruraux et urbains pauvres de la Rat, c’est-à-dire les Tibétains9. Ce ne sont pas là des supputations : la proportion de cadres tibétains dans le secteur public en Rat passa de 72 % en 2000 à moins de 50 % en 200310, incontestable signe de la dégradation du statut des Tibétains.
Au-delà de la Rat, les zones tibétaines semblent avoir été plus épargnées. D’une part, le Qinghai et le Gansu étaient déjà des provinces partiellement industrialisées et la campagne Xibu da kaifa ne toucha que les zones déjà avancées de ces provinces – c’est-à-dire, dans leur majorité, des zones non tibétaines. D’autre part, comme elles appartenaient à des entités qui n’étaient pas stigmatisées comme tibétaines, la vigilance des autorités fut moindre et les politiques de développement moins intrusives.
2005-2008 : développement et écologie au service du politique
Fin 2005, Zhang Qingli fut nommé chef du Parti en Rat. Le recul et les documents manquent pour juger de son action, mais les cercles intellectuels tibétains furent prompts à l’affubler du surnom de « Langdarma chinois », d’après le nom du dernier empereur tibétain, Langdarma (assassiné en 842 ou 846), connu pour avoir « persécuté » les bouddhistes selon l’historiographie tibétaine. Zhang s’est en effet rapidement taillé la réputation de n’avoir ni intérêt ni égard pour la culture tibétaine. Ses trois années à la tête de la Rat sont placées sous le signe d’une grande soumission à Pékin, avec pour orientations principales la stabilité sociale à travers l’urbanisation et le contrôle politique du religieux.
La « voie du ciel » Pékin-Lhasa : enjeux économiques et stratégiques
Zhang Qingli supervisa avec succès l’inauguration de la ligne de train Pékin-Lhasa, le 1er juillet 2006. La responsabilité était de taille, en raison de l’importance stratégique, industrielle, commerciale, démographique et symbolique de cette ligne de chemin de fer, tant au niveau national qu’international. Avec Lhasa désormais reliée à sept villes (Pékin tous les jours ; Shanghai, Canton, Chongqing, Chengdu, Xining et Lanzhou un jour sur deux), cette « voie du ciel » entérine le rattachement de la Rat à la Chine intérieure. Elle facilite, en outre, l’exportation hors de la région des minerais abondants, cruciaux pour le développement économique de tout le pays en cette période de croissance11. Zhang préside maintenant au prolongement des rails vers Shigatse, deuxième ville tibétaine, dont l’achèvement est prévu pour 2010. Cette extension aura, elle, des répercussions internationales profondes : vers l’Inde, elle offre la perspective de nouveaux débouchés, grâce au prolongement ensuite projeté vers Yatung, non loin du col frontalier de Nathu-la qui a rouvert à la circulation de marchandises en juillet 2006 après quarante-quatre ans de fermeture.
De plus, la Chine revendique depuis 2006 toute la province indienne de l’Arunachal Pradesh12 et la prolongation du chemin de fer vers le sud pourrait préparer une avancée vers ce point stratégique, d’autant plus que l’Inde n’a pas développé de réseau ferroviaire de son côté. Du côté du Népal, les autorités chinoises et népalaises ont discuté d’un prolongement en 2013 jusqu’à Dram (Zhangmu en chinois), ville frontalière, le 25 avril 200813. La part non négligeable que joue déjà la Chine dans les affaires intérieures du Népal, pour qui elle représente un contrepoids face à l’Inde, sera accrue. Sur le plan militaire, il est évident que la Chine a intérêt à consolider sa présence et son contrôle sur sa frontière himalayenne14.
Les bénéfices pour la majorité rurale et pauvre des Tibétains sont en revanche limités puisque le train favorise les secteurs secondaire (mines, industrie) et tertiaire (tourisme, commerce). Il permet cependant maintenant aux pèlerins et visiteurs des confins du « grand Tibet » de se rendre à Lhasa pour un prix modique et dans des conditions de voyage incomparables. Maigre consolation.
Social, écologie et politique : la version chinoise
Mais ce n’est pas tout. Zhang Qingli est aussi le maître d’œuvre d’une campagne inédite, encore peu remarquée mais aux conséquences incalculables sur la société, le mode de vie et l’économie des Tibétains de la Rat. Prolongeant vraisemblablement une directive de la 5e session plénière du 16e congrès du Parti communiste chinois15 (octobre 2005) pour l’édification d’une nouvelle campagne socialiste comme remède au fossé croissant entre villes et campagnes16, son ambitieux programme d’édification de « nouveaux villages socialistes » signifie, en cinq ans (plan quinquennal 2006-2010), la relocalisation ou la sédentarisation de près de la moitié des agriculteurs et pasteurs nomades de la Rat17, voire 80 % selon une autre source18. Fin 2007, 570 000 personnes avaient déjà officiellement emménagé, soit 25 % de la population19.
Certes, l’accès inédit à un certain niveau de confort (télévision, eau courante) est appréciable, mais on ne doit pas sous-estimer les conséquences d’un tel bouleversement pour le tissu humain et social traditionnel ; d’autre part, on ignore si les intéressés ont été consultés20 ; les autorités sont peu prolixes sur les programmes de formation ou de reconversion pour les agriculteurs et pasteurs nomades déplacés ; des agriculteurs se retrouvent logés dans des maisons alignées en bord de grand-route, éloignées des champs ; enfin, cela représente un endettement fort pour ces familles à très faible revenu21.
Il est vrai que, depuis le 1er septembre 2007, les enfants des zones rurales de la Rat sont officiellement exonérés de frais de scolarité22. Ce poste représentait un budget important pour les ménages tibétains et, si cette politique est réellement menée à bien23, le pouvoir d’épargne des foyers ruraux s’en trouvera accru. Cependant, l’absence quasi totale de revenus extérieurs issus de l’industrie et du secteur secondaire, pratiquement inexistants en Rat, écarte la possibilité d’un complément de revenus par des apports extérieurs, stratégie classique en Chine rurale et semi-rurale24.
L’endettement peut alors mener à une déscolarisation et à une migration croissante des forces vives vers les villes, où ces ruraux sans qualification (seuls 15 % des Tibétains ont un niveau scolaire de collège ou plus) ni, pour la plupart, de connaissance du chinois, viendront grossir les rangs des pauvres des villes25. Ces villages socialistes sont donc au mieux une solution temporaire à la pauvreté des campagnes et, au pire, le signe d’une précipitation à mettre en place une nouvelle directive26 venue d’en haut – voire une volonté délibérée de casser le tissu social traditionnel tibétain qui ne se conforme pas à la nouvelle société que souhaite ériger la Chine. Ils signifient dans tous les cas la fin expéditive du mode de vie tibétain traditionnel.
Outre la campagne de semi-urbanisation des ruraux, on doit signaler aussi l’urbanisation rapide de Lhasa. Li Chang’an, membre du Comité permanent du Pcc et vice-maire de Lhasa, a déclaré en 2001 que le 10e plan quinquennal (2001-2005) prévoyait que la superficie de Lhasa passerait de 53 km2 en 2001 à 70 km2 en 2005 et 272 km2 en 201527. De grands complexes collectifs ont été récemment construits à l’ouest (Tolung) et au sud (Drip) de la ville, dont on ignore qui les occupera.
Hors de la Rat, dans certaines zones pastorales des Pat et des Dat, ce n’est pas tant un diktat d’urbanisation et d’harmonie sociale ville-campagne qu’un impératif écologique qui est mis en avant pour sédentariser les pasteurs nomades dans le cadre de la transformation des pâtis en steppes (tuimu huancao). Pour E. Yeh, cette politique, apparemment guidée par une préoccupation environnementale, « constitue un approfondissement du contrôle étatique sur le territoire, et peut être comprise comme une forme émergente de gouvernance verte en Chine28 ».
Dans la Pat du Gannan (sud-Gansu, 0, 58 million d’habitants, dont 48 % de Tibétains, principalement nomades), une enquête sur l’impact du nomadisme sur le débit du fleuve Jaune (qui prend sa source en zone tibétaine) a été menée en 2005. Elle a conclu que la surexploitation des pâturages en amont était responsable des problèmes en aval. Le lien entre gestion locale des pâturages selon une technique traditionnelle et dégâts écologiques est en effet une vue bien répandue, comme l’écrit K. Brauen : « De nombreux décideurs et employés dans le développement ont adopté une vue générique et globalisée des pasteurs tibétains, dont le bétail serait excédentaire – le résultat de “pratiques illogiques” et “arriérées”… Soutenus par un langage et un raisonnement scientifiques, les décideurs officiels utilisent le discours de la dégradation du sol comme un prétexte pour imposer des réparations technologiques qui résultent en un contrôle social croissant29. »
Le 20 décembre 2007, les autorités préfectorales locales ont donc lancé un programme qui a pour but de transformer les zones de pâturages en steppe. Cela passe par un enclos des pâturages et une réduction du nombre de bêtes, mesures déjà en vigueur, et par la sédentarisation des pasteurs nomades dans des villes-dortoirs. À l’issue de cette campagne, prévue en deux phases de dix ans, un quart des nomades seront sédentarisés, « mettant fin à leur mode de vie primitif et arriéré30 ». Le tourisme est censé leur apporter un complément de revenu – cependant, quelles prestations touristiques ces nomades pourront-ils offrir sans un minimum d’accompagnement et de formation ?
Dans le canton de Machu (40 000 habitants, 80 % de Tibétains, presque tous nomades) de cette même Pat, cette campagne de sédentarisation, lancée dès 2004, a prévu des programmes immobiliers, dont un est destiné à dix mille personnes. Il compte « deux mille logements, des écoles, un hôpital, un champ de courses hippiques, un supermarché, une salle de gymnastique et des centres de collecte des déchets31 ». Un observateur a déjà relevé que, non loin de là, les matières premières des maisons proposées à l’achat étaient de piètre qualité et que les bâtiments se détérioraient en quelques années. Selon un rapport publié par Human Rights Watch, les sommes promises par les autorités ne sont pas toujours versées intégralement, la corruption locale mène à des détournements des fonds au détriment de la qualité des bâtiments et, enfin, les maisons sont trop petites32.
Écologie et politique : la version tibétaine
Mais les Tibétains peuvent également proposer leur vision de l’écologie. Du 6 au 15 janvier 2006, le dalaï-lama, dans le sud de l’Inde, conféra une initiation religieuse. Plusieurs associations indiennes et britanniques de protection de la nature avaient alerté le dirigeant tibétain sur le rôle central que jouaient ses compatriotes sur les réseaux de trafic de fourrure de tigre, ornement traditionnel des vêtements de fête. Le dalaï-lama profita de ce que plusieurs milliers de Tibétains venus spécialement de Chine assistaient à cette cérémonie pour leur demander à plusieurs reprises de cesser le port, l’achat et la vente des fourrures d’animaux d’espèces protégées. Retournés au pays, les fidèles relayèrent et amplifièrent le message, complété par des vidéos, des posters et des brochures en tibétain qu’ils s’étaient procurés sur place.
La première réaction publique fut signalée dès le 29 janvier, lors des fêtes du nouvel an tibétain à Rebkong (Tongren en chinois, province du Qinghai), où des fourrures furent brûlées. Le mouvement se poursuivit alors, comme les manifestations de 2008, en plusieurs points du haut plateau tibétain (au moins sept ont été signalées, dont certaines ont compté plusieurs centaines de participants). Les enthousiastes fidèles filmèrent l’événement, pour faire connaître au dalaï-lama et au monde leur mouvement, et les premières images atteignirent Dharamsala et internet à la mi-février33.
Les autorités locales réagirent différemment : certaines interdirent les autodafés publics mais les tolérèrent dans les courées, comme à Rebkong ; on releva quelques arrestations à Labrang (Xiahe en chinois, province du Gansu) ; à Lhasa, étonnamment, l’autodafé du 15 février ne semble pas avoir provoqué de représailles. C’est la province du Qinghai qui prit la décision la plus spectaculaire : obligation fut faite aux présentateurs de télévision tibétains d’arborer des revers de fourrure, officiellement pour des raisons esthétiques. Signe de la dimension politique donnée à cette campagne, le Front uni finança même les employés impécunieux incapables d’acheter ce coûteux accessoire. Puis, en juillet et août de l’année suivante, lors de la fête hippique de Jyekundo (Yushu en chinois, province du Qinghai), les animateurs et artistes tibétains auraient été forcés d’arborer des revers de fourrure34. Dans l’état actuel de nos connaissances, nous ignorons si ces mesures de rétorsion relevaient de décisions laissées à l’appréciation des autorités locales, s’il s’agit d’une politique concertée entre les dirigeants des zones tibétaines de Chine (les quatre provinces et la Rat), ou encore si les autorités centrales intervinrent en amont.
Cet activisme contre-hégémonique semble relayé par une pratique plus discrète, mais non moins lourde de sens : la diffusion du végétarisme, souvent ponctuel (un jour par mois), parmi toutes les couches de la population. Trois restaurants végétariens ont ouvert à Lhasa (deux tibétains, ouverts en 2004 et 2007, l’autre chinois, ouvert en 2005). L’un des grands succès musicaux tibétains de 2007 est un appel à réduire la consommation de viande, images sanglantes d’abattoir à l’appui. Il reste à voir si les autorités estimeront devoir prendre des mesures envers une attitude qui relève de la sphère privée, mais qui est associée à l’une des valeurs cardinales que prêche le bouddhisme : la compassion. Or, le dalaï-lama (qui n’est pas lui-même végétarien) est considéré par les Tibétains comme l’émanation du bodhisattva de la compassion, Avalokiteshvara. Pratiquer le végétarisme par idéal religieux pourrait donc à terme être interprété comme un moyen détourné de célébrer le dalaï-lama.
« Le Parti communiste chinois est un bouddha pour les Tibétains35 »
Si le gouvernement des dalaï-lamas (1642-1959) se définissait lui-même comme une autorité « alliant religieux et politique » (chos srid zung ’brel), il n’est pas faux d’apposer la même étiquette au pouvoir chinois, du moins dans la manière dont il administre les zones tibétaines. « Ceux qui n’aiment pas leur pays ne mérit[a]nt pas le qualificatif d’êtres humains36 », les campagnes de rééducation patriotique se sont poursuivies avec une vigueur renouvelée en Rat à partir de 2006 et ont repris de plus belle dès mars 2008, après les premières manifestations.
En outre, se rendant à l’évidence que seuls les lamas réincarnés possédaient une réelle légitimité aux yeux de la grande majorité des Tibétains, le pouvoir chinois a entrepris de contrôler le mode de reconnaissance et d’authentification des réincarnations de maîtres spirituels tibétains grâce à un appareil législatif contraignant qui subordonne toute décision à l’approbation du Parti communiste. Ainsi, la Rat a entériné et fait appliquer, le 1er janvier 2007, 56 nouvelles clauses en matière de religion, adaptées à partir d’un ensemble de règles instituées au niveau national en 2005. En substance, ces nouvelles directives modifient la validité du mode de reconnaissance des réincarnations des lamas tibétains : l’article 36 pose que « les organisations et les individus ne sont pas autorisés, sans l’autorisation du service des affaires religieuses des régions autonomes, à rechercher ou reconnaître des tulkus [réincarnation de maître spirituel] ». Cela signifie en résumé que seul le « service des affaires religieuses », une émanation du Pcc, est désormais habilité à accorder le titre de « réincarnation », notamment au prochain dalaï-lama (l’actuel est le quatorzième du nom et est né en 1935).
La nouvelle législation en vigueur impose également un contrôle et une restriction des mouvements des religieux ordinaires au sein de la Rat : jusqu’alors plus ou moins libres de se déplacer à l’intérieur de la région, ils doivent désormais solliciter une permission auprès de la direction locale des affaires religieuses pour voyager d’un canton à l’autre. Le 1er septembre 2007, l’administration d’État des Affaires religieuses de la Chine a enfoncé le clou en publiant un décret de quatorze articles, dont le deuxième décrète que « les réincarnations doivent respecter et protéger les principes de l’unification de l’État » et que les organisations ou individus étrangers ne peuvent interférer avec la recherche ou la reconnaissance d’une réincarnation. Cela élimine de jure le dalaï-lama et renforce l’empreinte du Parti communiste dans la gestion des affaires religieuses tibétaines37.
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Depuis le début des « événements » du Tibet, la Chine a souligné à maintes reprises que l’agitation tibétaine était organisée par la « clique » du dalaï-lama, soutenue par les forces occidentales qui se sentent menacées par la croissance de la Chine. Toutefois, il suffit de prendre en compte les quelques données qui ont été fournies dans cet article, et de discuter avec les Tibétains sur place, pour prendre la mesure de leur désarroi. Le caractère composite des manifestations, qui ont rassemblé certes des religieux, mais aussi beaucoup de laïcs, des paysans, des nomades, et des étudiants, montre que le mécontentement est général, partout dans le « grand » Tibet (la grande majorité des manifestations s’est déroulée hors de la Rat).
Les politiques dictées par Pékin, appliquées du haut vers la base, qui ne tiennent pas compte des spécificités sociale, écologique et humaine des zones tibétaines, ainsi que l’immixtion incessante, hostile et paradoxale du pouvoir communiste dans la conduite des activités religieuses, développent chez les Tibétains méfiance et exaspération. Un développement rapide, à tout prix, à travers le prisme de la culture chinoise han38, ne peut être imposé sans retour de boomerang à un peuple qui ne partage guère les valeurs de la Chine nouvelle. D’autres moments de grande tension sont malheureusement à prévoir pour les années à venir.
Le pouvoir chinois se trouve actuellement confronté à un dilemme : soit, comme à l’issue de la Révolution culturelle, il tente de se réconcilier avec la population tibétaine en la laissant exprimer et développer son identité singulière, grâce à des politiques favorables à une plus grande autonomie en matière religieuse, de choix de développement et d’éducation. Soit il opte pour la méthode forte en donnant un tour de vis supplémentaire comme il l’a fait en 1989. Dans le premier cas, il court le risque d’avoir à faire face à des revendications croissantes en faveur d’une autonomie toujours plus forte. Dans le second, il prépare une série de manifestations pour les années à venir.
Sa puissance réside non dans sa capacité de persuasion, dont on a bien vu qu’elle était nulle envers les Tibétains tant que les dirigeants communistes ne laissaient pas de place à l’affirmation d’une identité différente, mais dans sa puissance militaire, démographique et économique. L’installation en janvier, à Chamdo (Changdu en chinois, nord-est de la Rat), d’un système élaboré de réseau de surveillance de cent dix caméras vidéo dans « des unités stratégiques de la ville, aux carrefours, dans les écoles et dans les villes de Guro et Karub39 », la multiplication des campagnes de rééducation patriotique, le report sine die des rencontres entre émissaires chinois et tibétains, laissent penser que c’est la méthode forte qui l’emporte pour l’instant.
- *.
Inalco. Proposant une première analyse de politiques récentes, cet article fait principalement appel à des sources d’information telles que des dépêches d’agences de presse chinoises, d’où l’abondante référence à des sites internet où elles sont facilement consultables. Je remercie Isabelle Henrion-Dourcy (Laval, Québec) pour ses remarques.
- 1.
125 manifestations ont été recensées ; 14 d’entre elles ont inclus des destructions, et une seule (Lhasa, 14 mars) a entraîné la mort de civils chinois (http://www.savetibet.org/news/newsitem.php?id=1328). Le gouvernement tibétain en exil a pour sa part dénombré 203 victimes chez les manifestants. Le 18 juin 2008, Amnesty International a annoncé la disparition inexpliquée (“unaccounted for”) de plus de mille Tibétains. Le gouvernement chinois ne reconnaît pas ces chiffres.
- 2.
Et de 2 millions de non-Tibétains.
- 3.
Le deuxième forum (1984) avait entériné 43 projets d’aide ; le troisième (1994), 62 projets pour un budget de près de 5 milliards de yuan ; le quatrième (2001), 117 projets pour 31 milliards de yuan. En outre, lors du 11e Plan quinquennal (2006-2010), ce sont 80 à 100 milliards de yuan qui ont été dégagés pour la seule Rat avec l’approbation du Conseil d’État.
- 4.
Guanyu zai neidi chuangban xizang xuexiao he juban xizangban peiyang rencai de zhishi.
- 5.
Pour une étude de ce système scolaire et d’une école type, on pourra se référer à Zhu Zhiyong, State Schooling and Ethnic Identity. The Politics of a Tibetan Neidi Secondary School in China, Lanham, Lexington Books, 2007.
- 6.
Trois collèges et quinze classes disséminés sur le territoire chinois en 1990, et respectivement six et trente-trois en 2000 : Wang Chengzhi et Zhou Quanhou, “Minority education in China: from state-preferential policies to dislocated Tibetan schools”, Educational Studies, 2003, 29(1), p. 85-104, p. 96 et 99 pour la liste de ces établissements.
- 7.
« La décollectivisation… fut implantée dans la plupart des zones tibétaines en 1983 et 1984 » (Andrew Fischer, State Growth and Social Exclusion in Tibet. Challenges of Recent Economic Growth. Copenhagen: Nias, Nias Report 47, 2005, p. 30, note 9).
- 8.
Pour des détails, voir l’excellent article de Robbie Barnett : “Chen Kuiyuan and the marketisation of policy”, dans Alex McKay (ed.), Tibet and her Neighbours, Londres, Edition Hansjörg Mayer, 2003, p. 229-239.
- 9.
Les Tibétains représentent 97, 6 % des ruraux de la Rat d’après le recensement de 2000 (voir A. Fischer, State Growth and Social Exclusion in Tibet…, op. cit., p. 89). Les statistiques ethniques pour les villes sont inconnues.
- 10.
Voir A. Fischer, State Growth and Social Exclusion in Tibet…, op. cit., p. 115, s’appuyant sur des statistiques de la République populaire de Chine.
- 11.
Entre 1999 et 2007, on a découvert plus de six cents nouveaux sites de gisement de cuivre, fer, plomb et zinc. Les réserves du haut plateau tibétain sont estimées à 30-40 millions de tonnes de cuivre, 40 millions de tonnes de plomb et de zinc, et des milliards de tonnes de minerai de fer (dépêche Xinhua, 13 février 2007).
- 12.
L’ambassadeur de Chine en Inde, Sun Yuxi, a déclaré en novembre 2006 : « L’intégralité de ce que vous appelez l’État d’Arunachal Pradesh relève du territoire chinois » (http://www.guardian.co.uk/international/story/0, , 1952122, 00.html#top).
- 13.
http://www.expressindia.com/latest-news/Chinese-rail-link-to-Nepal-via-Tibet-in-fiveyears/301938/
- 14.
Voir par exemple “Nepal to get China rail link”, http://www.atimes.com/atimes/South_Asia/JE15Df01.html
- 15.
Trade, Agriculture and Development, Oecd, 2006, p. 156.
- 16.
“Farmers’ Self-decision Right inn [sic] New Countryside Construction – An Interview with Lu Xueyi, a Specialist on Rural Issues”, http://211.167.236.236/zt/magazine/200402007412143426.htm. Cette décision a donné lieu à la publication d’un document intitulé “Suggestions of the Party Central Committee and the State Council on Pushing ahead with the Construction of a New Socialist Countryside and Suggestions of the State Council on Solving Problems Relating to Farmer Laborers”.
- 17.
http://www.china.org.cn/english/government/203051.htm
- 18.
Penkyi, “Comfortable housing and happy lives of Tibetan farmers and herders”, China’s Tibet, 2008, 19(1), p. 4-8.
- 19.
Voir par exemple http://english.people.com.cn/90001/90776/90882/6405229.html
- 20.
Selon les sources officielles chinoises, il n’y a pas de coercition (http://www.china.org.cn/english/government/203051.htm), ce que nient les groupes de pression pro-tibétains à l’extérieur du Tibet. Voir par exemple http://www.phayul.com/news/article.aspx?id=16462&t=0
- 21.
Ils doivent rembourser environ 20 000 yuan (http://www.china.org.cn/english/government/203051.htm), avec un revenu annuel individuel de 3 000 yuan en moyenne qui ne permet pas la thésaurisation.
- 22.
“‘Free’ – key word in Tibetan life”, http://eng.tibet.cn/news/tibet/200801/t20080115_329478.htm
- 23.
« Au Tibet, la politique du san bao (trois garanties), qui vise à offrir les matériaux scolaires, la nourriture et les vêtements pour les étudiants des minorités, a été introduite pour la première fois dans les internats en 1984… En réalité, cependant, la politique a été appliquée sur une échelle très réduite… On ne garantit rien aux étudiants des écoles ordinaires et rurales, qui viennent normalement de familles pauvres et constituent la majorité de la population des étudiants » (W. Chengzhi et Z. Quanhou, “Minority education in China…”, art. cité, p. 94-95).
- 24.
En 2001, plus de 50 % du revenu paysan provenait d’activités non agricoles en moyenne en Chine, mais seulement 10 % en Rat (voir A. Fischer, State Growth…, op. cit., p. 95).
- 25.
A. Fischer, State Growth and Social Exclusion in Tibet…, op. cit., p. 135, signale que Lhasa est la ville de Chine où le taux d’illettrisme urbain est un des plus élevés de toute la Chine (35, 6 % en 2002, contre 5, 7 % en moyenne nationale).
- 26.
Cette précipitation a été dénoncée ailleurs par Lu Xueyi dans le document cité plus haut (note 16) : “Some localities have launched some ‘image projects’. To show their success as officials, cadres in some localities have had large town squares and wide roads built. Some localities have even relocated villages, pulled down houses and taken over farmers’ land.”
- 27.
http://www.china.org.cn/english/2001/Jun/14006.htm
- 28.
Emily Yeh, “Green governmentality and pastoralism in Western China : ‘Converting pastures to grasslands’”, Nomadic Peoples, vol. 9(1-2) : 9-29, 2005, p. 9.
- 29.
Ken Brauen, “Development and the enclosure movement in pastoral Tibet since the 1980s”, Nomadic Peoples, vol. 9(1-2) : 53-81, 2005, p. 60.
- 30.
“No longer roaming” http://www.bjreview.com.cn/special/txt/2008-04/26/content_113861.htm. Le titre de l’article (« Finie l’errance ») indique bien la connotation négative que possède le mode de vie des pasteurs nomades pour des sédentaires.
- 31.
http://www.bjreview.com.cn/special/txt/2008-04/26/content_113861.htm
- 32.
“No one has the liberty to refuse”, Tibet Herders Forcibly Relocated in Gansu, Qinghai, Sichuan, and the Tibet Autonomous Region, Human Rights Watch, vol. 19, n° 8 (C), juin 2007. Téléchargeable sur http://www.hrw.org/reports/2007/tibet0607/
- 33.
Ce fut à notre connaissance la première instance d’une utilisation par les Tibétains de Chine des moyens de communication modernes pour s’assurer une visibilité internationale, technique qui a été amplement utilisée lors des événements de 2008. Voir par exemple http://www.ecotibet.org/projects/campaigns/2006.02.12-amdo_ngaba/ qui montre un autodafé de fourrures à Ngaba (Awa en chinois), dans la province du Sichuan, en février 2006.
- 34.
The Times http://www.timesonline.co.uk/tol/news/world/asia/article2148342.ece et International Herald Tribune http://china.notspecial.org/archives/2007/08/index.html
- 35.
Zhang Qingli, Xinhuanet, 2 mars 2007.
- 36.
Déclaration de Zhang Qingli à Der Spiegel en 2006. Zhang ajoute : « Nous organisons une éducation patriotique partout, pas seulement dans les monastères » (http://www.spiegel.de/international/spiegel/0, 1518, 431922, 00.html). Zhang a d’autre part dès son entrée en fonction annoncé une lutte contre la clique du dalaï-lama « à la vie, à la mort » (16 mai 2006, d’après une nouvelle de Xinhua, 21 juin 2006, citée par http://www.phayul.com/news/article.aspx?id=17640&t=1&c=1).
- 37.
On trouvera l’ensemble des quatorze articles en chinois et en anglais sur http://www.phayul.com/news/article.aspx?id=17640&t=1&c=1
- 38.
Ainsi, l’introduction de l’élevage du porc en 2003 et de la culture du riz en 2001 dans la préfecture de Nyingtri (Linzhi en chinois) indique bien le sinocentrisme du « développement » proposé en Rat, les Tibétains ne consommant pas traditionnellement ces deux aliments, contrairement aux Chinois han. Ces mesures sont promues par la province du Fujian, au titre de l’aide au Tibet (http://eng.tibet.cn/news/today/200805/t20080512_379653.htm).
- 39.
http://eng.tibet.cn/news/today/200801/t20080116_337653.htm