L'Église catholique en quête de convertis ?
Comment se convertit-on au catholicisme ? Le catéchuménat est une procédure longue, qui vise à lier la demande individuelle et l’intégration communautaire. L’Église présente, à travers les convertis, une nouvelle image, plus « moderne », de la religion, mais fait en sorte que l’institution ne se laisse pas déborder par les nouveaux entrants.
Malgré une baisse régulière de la pratique religieuse en France, d’autres manières de vivre sa foi se développent. Depuis dix ans, la progression du nombre d’adultes se faisant baptiser en France est de 43 %. Les témoignages catholiques de figures médiatiques se multiplient : l’historien Max Gallo, le metteur en scène Olivier Py, les journalistes Christophe Hondelatte et Harry Roselmack1, les chanteurs Michel Delpech et Nicoletta, le footballeur Lilian Thuram, l’ancien président du Medef Ernest-Antoine Seillières, l’humoriste Jean-Marie Bigard, sans oublier Philippe Sollers… Tous ne sont pas des convertis mais ressentent le besoin de communiquer sur l’apport de la religion dans leur vie. Parallèlement, des blogs de jeunes croyants prolifèrent sur la toile, donnant le sentiment d’une vague de conversions et d’affirmation identitaire.
Via ces déclarations, l’image du croyant présente une nouvelle facette. Il s’agit d’adultes qui ont réussi professionnellement et socialement et qui décident librement de se réclamer d’une confession et d’entrer dans la communauté qui la compose. Ce phénomène n’est pas propre au catholicisme, loin de là, et se retrouve dans les autres religions au sein des sociétés occidentales2.
Le choix du converti ne semble donc pas résulter d’une obligation sociale, d’une conformité familiale mais au contraire d’une démarche personnelle. Il ne subit pas, il choisit. La religion n’est plus présentée comme une tradition archaïque limitant le libre arbitre mais au contraire comme source d’intégration dans la modernité. Cette démarche de conversion religieuse est bien en affinité avec les sociétés modernes individualistes laïcisées et/ou sécularisées. Un renversement s’opère donc, et le catholicisme – via les convertis – se présente comme une religion moderne permettant l’épanouissement individuel.
Qu’est-ce qu’un converti ?
Danièle Hervieu-Léger a bien démontré qu’il existait différents types de convertis. Ceux qui passent d’une religion à une autre, ceux qui n’en n’ont jamais connu avant et les « convertis de l’intérieur ». Tous ont en commun de considérer la conversion comme une rupture instauratrice, comme un acte fondateur de sa propre identité, « une réponse explicite à des questions implicites3 ». La manière dont se passe la conversion va conditionner la future manière de pratiquer. Les deux premières catégories regroupent des adultes qui souhaitent recevoir les sacrements de l’initiation : baptême, confirmation et eucharistie. Ils sont alors appelés catéchumènes et entrent dans une démarche de conversion progressive. À la Révélation première qu’ils ont ressentie succède un temps plus institutionnel, qui peut en décourager certains. Par l’entrée dans le catéchuménat, leur nombre est comptabilisé par l’Église qui va tenter de mieux cerner le profil de ces nouveaux croyants via différentes enquêtes s’inspirant de la méthodologie sociologique.
À l’inverse, les « convertis de l’intérieur » n’ont pas à effectuer d’action spécifique. Ils ont été élevés dans le catholicisme, ne se sont ni sentis heurtés par cette religion, ni spécifiquement touchés par elle. Et puis un jour – les témoignages sont similaires sur ce point – ils ressentent un déclic. Leur vie prend un nouveau tournant, ils se sentent envahis d’une paix et d’une sérénité profonde, ils savent qu’ils croient, qu’ils ont la foi. Démarre alors un processus de réappropriation de cette religion pourtant familière mais qui finalement restait étrangère. Il est évidemment difficile de connaître le nombre de « convertis de l’intérieur ». Les baptisés qui souhaitent renouer avec leur religion sont donc appelés sociologiquement les « convertis de l’intérieur », et par l’Église, les « recommençants ».
Le propos ici sera de comprendre comment l’Église catholique se saisit de ce qui semble être un phénomène contemporain partiellement situé en dehors d’elle. Puis de percevoir les modifications profondes que cela engendre en son sein.
Les étapes de la conversion
Grâce aux données statistiques réunies par le Service national de la catéchèse et du catéchuménat depuis 2003, le nombre de baptisés adultes annuels (chiffres sans la France d’outre-mer) est connu4. Ce sont ces données qui vont nous servir de support. Malgré un ralentissement en 2009-2011, une reprise semble amorcée depuis 2012 (+8 % entre 2012 et 2013 ; +12 % entre 2013 et 2014). Cette année, en 2014, 3631 adultes sont appelés au baptême. Les catéchumènes ont plus de dix-huit ans, ceux qui ont entre quatorze et dix-huit ans doivent avoir l’autorisation de leurs parents.
À travers la description d’un parcours type du catéchumène se dessine la façon dont l’institution tente de lier demande individuelle et intégration communautaire. L’Église propose un itinéraire unique composé de quatre étapes afin de devenir catéchumène, parcours codifié dans le Rituel de l’initiation chrétienne des adultes (Rica). La durée varie suivant les individus, la moyenne étant d’environ deux ans. Ces étapes sont déjà mentionnées dans les textes anciens et témoignent de la nécessité pour le croyant de prendre le temps de découvrir et d’affirmer sa foi. Il est accompagné par une équipe de catholiques dont le rôle est de le guider et de le soutenir durant cette période, qui apparaît souvent longue pour celui qui vient de connaître une révélation et est impatient de participer à l’eucharistie.
La première étape est donc l’entrée en Église et la désignation des accompagnateurs, autre manière de désigner les catéchistes. Le rôle de cette équipe est fondamental puisqu’elle permet une intégration progressive à la communauté croyante. C’est elle qui pourra jouer un rôle d’accélérateur ou au contraire de modérateur tout au long du chemin. C’est la période de formation.
La deuxième étape est l’appel décisif. Cet appel se déroule sous la forme d’une célébration diocésaine solennelle appelée « célébration solennelle de l’appel décisif ». C’est l’équipe d’accompagnement qui propose les noms des catéchumènes susceptibles d’être baptisés dans l’année. À travers cette équipe, c’est la communauté dans son ensemble qui opère un choix et accepte ou non d’accueillir ce nouveau membre. Les critères permettant d’accéder à la célébration de l’appel sont : la vie évangélique, une connaissance suffisante de la catéchèse, une intégration progressive et réelle à la vie en Église et enfin « une volonté explicite de recevoir les sacrements de l’Église » (Rituel, no 128). La célébration se déroule au début du Carême, généralement le premier dimanche, de préférence dans une cathédrale en présence de l’évêque, au sein de chaque diocèse. L’appel n’a donc lieu qu’une seule fois par an. L’évêque appelle alors les futurs catholiques par leur nom, demande publiquement l’avis des accompagnateurs et des parrains sur leurs avancées dans la vie chrétienne, recueille la volonté des catéchumènes puis sollicite l’acquiescement de l’assemblée. À travers cette célébration, l’Église discerne et appelle ceux qui déjà se sont sentis appelés par Dieu. D’une certaine manière, elle conforte cette Révélation première en la ritualisant. Les croyants reçoivent les sacrements de l’initiation chrétienne et attestent de leur démarche en signant dans le registre diocésain en tant que futurs baptisés. À la suite de l’« inscription des noms » (autre nom de ce rituel), l’évêque prononce l’admission des candidats (Rituel, no 142) : « N. et N., vous êtes appelés. Vous serez initiés par les sacrements de la foi pendant la prochaine veillée pascale. »
Les catéchumènes entrent alors dans le troisième temps de leur démarche, « le temps de la purification et de l’illumination ». C’est le temps du Carême, de la retraite spirituelle. Selon un prêtre rencontré à ce sujet, ce moment est crucial, car il permet de clarifier certains points, notamment avec l’entourage amical et familial, de surmonter ou non certains doutes, de pratiquer le discernement. Les catéchumènes vont durant cette période vivre trois rites pénitentiels appelés « scrutins », les troisième, quatrième et cinquième dimanches de Carême, entourés de nouveau de la communauté chrétienne. Là encore, des chants spécifiques accompagnent chacun de ces scrutins.
[Les scrutins] ont un double but : faire apparaître dans le cœur de ceux qui sont appelés ce qu’il y a de faible, de malade et de mauvais pour le guérir, et ce qu’il y a de bien, de bon et de saint, pour l’affermir. Ils sont donc faits pour purifier les cœurs et les intelligences, fortifier contre les tentations, convertir les intentions, stimuler les volontés, afin que les catéchumènes s’attachent plus profondément au Christ et poursuivent leur effort pour aimer Dieu.
Chaque scrutin est identique, d’une durée courte, et comporte une prière d’exorcisme puisque le futur baptisé est appelé à lutter contre le mal. Cette référence à l’exorcisme inquiète, semble-t-il, certains catéchumènes et peut susciter moquerie ou incompréhension de la part de l’entourage. Le rôle des accompagnateurs est alors crucial dans l’explicitation et le soutien.
Cette étape est la dernière du catéchuménat et aboutit à la célébration des sacrements : baptême, eucharistie et confirmation lors de la veillée pascale. Contrairement aux enfants, les trois sacrements sont donc unis pour les catéchumènes.
Mais le processus n’est pas terminé… De catéchumènes, ils deviennent « néophytes », c’est-à-dire « nouveaux baptisés ». Et sont fortement encouragés à suivre une catéchèse dite « mystagogique » durant les cinquante jours après Pâques, donc après leur baptême, afin de mieux comprendre les sacrements qu’ils ont reçus. Selon une enquête réalisée par le Service du catéchuménat de l’Église de France, de plus en plus de diocèses proposent aux néophytes des temps d’accompagnement plus longs, pouvant aller d’un à trois ans. Les actions proposées sont généralement des temps de prières collectives, de groupes bibliques, de relecture de vie, d’organisation de pèlerinages, de rencontres avec des catéchumènes… Le diocèse de Créteil a même créé un service du « néophytat ».
La démarche de conversion est donc longue pour les nouveaux croyants et ne se termine pas avec le baptême. Il est donc facile d’imaginer que certains se découragent et se détournent de l’Église catholique pour aller vers des lieux où l’accueil entier est plus immédiat, comme certaines églises protestantes5.
Qui forme qui ?
Pour autant, le nombre de ceux qui poursuivent est en augmentation et l’Église leur accorde de plus en plus d’attention, communique sur leur présence. Ce temps imposé par l’institution peut être lu, semble-t-il, de plusieurs façons.
Tout d’abord, il permet de sélectionner et de n’encourager que ceux qui semblent être en capacité de s’intégrer dans la communauté chrétienne. Car le véritable enjeu est celui-ci : conserver les convertis au sein de la communauté, faire d’eux des fidèles, voire de futurs laïcs en responsabilité. En effet, dans les années 1950-1960, environ quatre à cinq mille personnes se sont converties mais 80 % d’entre elles ensuite ne se sont pas insérées dans une communauté6. La mission des accompagnateurs est donc cruciale, ils doivent permettre à ces nouveaux appelés de s’intégrer progressivement au groupe mais également préparer le groupe à faire une place à ces futurs chrétiens. L’arrivée des convertis perturbe le fonctionnement initial de l’assemblée. Plus enthousiastes, plus exigeants, plus ardents, leur seule présence remet en question les équilibres antérieurs. Le temps long de la préparation doit donc permettre d’atténuer ce bouleversement.
Il est alors légitime de s’interroger sur le profil des catéchumènes. Qui sont-ils ? Là, encore, l’Église a réalisé des enquêtes afin de mieux cerner cette population spécifique et donc de mieux répondre à ses besoins. Il en ressort que les catéchumènes actuels semblent présenter une diversité culturelle plus forte que dans les décennies précédentes. Les communautés accueillantes doivent donc s’y préparer. Les autres caractéristiques semblent se maintenir : un tiers d’hommes pour deux tiers de femmes. Les hommes de dix-huit à vingt-cinq ans sont plus nombreux (34 %) que les femmes à faire la demande de baptême. Elles entrent dans cette démarche plutôt vers vingt-cinq, trente-cinq ans. À partir de quarante-cinq ans, le taux devient très faible dans les deux catégories, autour de 2 à 3 %. La moitié des appelés vient de familles non croyantes et l’autre moitié de familles de culture chrétienne. Le groupe des étudiants montre une légère augmentation (16 % du total en 2014 contre 11 % en 2011). 23 % sont des employés, 16 % des ouvriers, 10 % des cadres, 7, 5 % des femmes au foyer, 7, 5 % des demandeurs d’emploi. 72 % habitent dans des grandes villes. Les motivations les plus citées sont : rechercher et rencontrer une fraternité, recevoir et donner de la reconnaissance, trouver une vérité. La conversion est une expérience centrale pour ceux qui la vivent mais elle s’inscrit dans une histoire individuelle, un parcours déjà formé. C’est bien cette dimension qu’il faut réussir à intégrer et pour le converti et pour la communauté. Le profil socioculturel des convertis n’est pas forcément identique à celui des accompagnateurs, d’où cette nécessité de coapprentissage.
Qui sont les accompagnateurs ? Ces catéchumènes sont suivis par 10881 accompagnateurs composés à 78 % de laïcs, 12 % de prêtres, 6 % de diacres et 4 % de religieux. Le terme de catéchiste est de moins en moins usité au profit de celui d’accompagnateur, plus en affinité avec la tendance actuelle de demande de parcours personnalisé, individualisé, de recherche de coaching pour ses activités quotidiennes et/ou professionnelles, attente qui se retrouve dans toutes les sphères de la société7… Le service du catéchuménat du diocèse ou le prêtre propose à certains laïcs une mission : celle de devenir accompagnateurs. Les qualités requises sont l’écoute, une connaissance suffisante de la vie de l’Église et l’engagement d’être présent tout au long du parcours du catéchumène. L’accompagnateur a pour mission de témoigner d’une vie chrétienne, de montrer un exemple, d’être un guide. Ce qui ne va pas sans questionnements intérieurs, sans dialogues parfois déstabilisants avec le nouveau croyant. Essentiellement laïcs, possédant des niveaux de connaissance hétérogènes, les accompagnateurs peuvent être démunis face aux questions posées par les convertis. Afin qu’ils puissent au mieux accomplir leur mission, l’Église leur propose des sessions de formation continue et leur fournit des outils didactiques. Ainsi, depuis 2011, des livrets Rencontre avec Jésus le Christ, dans la collection « Matins d’Évangile », sont proposés aux accompagnateurs. Ils comprennent vingt-cinq rencontres avec Jésus composant vingt-cinq modules (propositions catéchétiques) à travailler, des conseils d’accompagnement et des sources à consulter, une fiche mobile à utiliser pendant chaque rencontre, laquelle tente d’être la plus attractive possible. Par exemple, le module 8 s’appuie en partie sur le film Mission réalisé par Roland Joffé en 1986 avec Robert de Niro et Jeremy Irons afin d’approfondir la notion de remords, de pardon et de rachat de ses fautes. Le catéchumène reçoit également un carnet personnel où noter son cheminement.
Finalement, accompagnateur et catéchumène se forment simultanément. Comme dans l’ensemble de l’Église, la figure du militant catholique – distant de la hiérarchie et soucieux d’un dialogue entre l’Église et le monde – s’efface au profit de croyants plus pratiquants et respectueux de l’institution8. Ce glissement se retrouve inévitablement dans le profil des accompagnateurs, qui sont avant tout soucieux de bien faire et se réfèrent régulièrement aux autorités pour vérifier le bien-fondé de leur parole.
Le temps long du catéchuménat, voire du néophytat, permet tout d’abord de sélectionner les futurs catholiques, de les intégrer dans un habitus commun, de « canaliser » les enthousiasmes. À travers ce processus, une entreprise de formation des laïcs (aussi bien convertis qu’accompagnateurs) se met donc en place, sous l’égide de l’Église. Cette augmentation du niveau des connaissances laïques ne contribue pas pour le moment à la production d’une parole laïque différente de celle de l’institution, au contraire, elle la renforce.
Renforcer la communauté
La seconde lecture possible est de considérer le catéchuménat comme un révélateur de la dynamique actuelle du fonctionnement des communautés locales chrétiennes. Le temps long de la conversion permet aux nouveaux et aux anciens de s’acclimater progressivement les uns aux autres afin de poursuivre ensuite ensemble le chemin. La préparation aux sacrements est donc pensée également comme une préparation à la vie chrétienne et repose sur les quatre appuis évalués lors de l’appel décisif. Le catéchumène est entouré d’une équipe d’accompagnateurs qui se doivent également d’avoir un minimum de formation, voire d’en suivre une pour cette mission spécifique. Une volonté de mieux associer cet accompagnement au sein – et non plus à côté – de la vie de la communauté est évidente. Ainsi, bien que la réflexion autour du catéchuménat soit relativement récente, elle est vite devenue centrale au point de questionner la catéchèse en son ensemble.
Le père Luc Mellet, directeur du Service national de la catéchèse et du catéchuménat, explique lors de la session nationale du catéchuménat tenue en 2013 que c’est lors du concile Vatican II que la pensée autour du catéchuménat réapparaît véritablement. Mais la mise en pratique prendra plus de temps puisque le Rituel de l’initiation chrétienne des adultes en langue française, dans sa forme définitive, ne sera promulgué qu’en 1997. Or c’est lui qui sert de référence pour l’organisation des différentes étapes du parcours catéchumène et prévoit que la communauté joue un rôle important dans la démarche du catéchumène, soit à travers la figure des accompagnateurs, soit lors des différentes étapes ritualisées. En 2005, la mise en place du Service national de la catéchèse et du catéchuménat – fusion entre le Centre national de l’enseignement religieux et le Service national du catéchuménat – illustre le recoupement de ces deux thématiques. En 2006, la publication du Texte national pour l’orientation de la catéchèse présente le catéchuménat comme le « modèle inspirateur » de la catéchèse, adossé à une pédagogie de l’initiation à tous les âges de la vie. Enfin, en 2009, la revue Ecclésia, pour accompagner la responsabilité catéchétique de l’Église paraît, avec pour objectif de porter ce message et d’aider à la formation des acteurs de l’accompagnement. Progressivement, les diocèses suivent cette dynamique.
Cette catéchèse, construite spécifiquement pour les adultes en voie d’être baptisés, devient la norme et s’adresse désormais à tous les catholiques. Les rubriques présentes sur le portail internet de l’Église de France sur la conversion sont intéressantes à analyser. Bien sûr, des extraits du Nouveau Testament sont présents afin de légitimer la conversion, mais surtout ils permettent de mettre en avant la nécessité d’entretenir sa foi :
La foi n’est pas définitivement acquise. Elle nécessite d’être entretenue par la lecture biblique, la pratique des sacrements, la prière personnelle, l’accueil de l’Esprit Saint dans la vie quotidienne9.
Ce qui vaut donc pour les convertis est également valable pour les autres. Ainsi, de nouvelles propositions sont faites, autour d’autres sacrements : la confirmation et l’eucharistie. Le public visé ici est celui des recommençants, les « convertis de l’intérieur ». Ils peuvent suivre des cours de catéchèse spécifiques pour adultes, appartenir à des groupes de recommençants, s’il y en a dans leur paroisse. L’objectif est de les réenraciner afin de leur permettre de se projeter en tant que catholiques. Des réflexions sont également menées sur des formes d’accompagnement ne menant pas forcément à des sacrements mais permettent de tisser du lien. Enfin, les jeunes sont également concernés par ces offres puisque 1500 jeunes âgés de douze à dix-huit ans seront baptisés en 2014.
Dès lors, le choix du recentrement de la catéchèse dans son ensemble autour de la pédagogie d’initiation s’explique. Chacun doit se vivre, à différents niveaux, comme un des disciples du Christ. L’enseignement se fait à travers l’échange et le questionnement mutuel entre les croyants, ce qui présuppose une acceptation de l’altérité, des différents parcours de vie. L’Église tente d’ancrer le plus possible les parcours individuels dans le terreau de la vie collective, essayant de faire en sorte que chacun s’acclimate aux autres. Puisque le catéchuménat devient le « modèle inspirateur » de la catéchèse, la responsabilité catéchétique doit être portée par tous les chrétiens et se déroule constamment, dans les manières d’être (accueil, ouverture à l’autre…) et de penser.
L’expérience des convertis permet à l’Église de mettre en avant deux questions : celle du vivre ensemble et celle de la réalité de la foi, de sa mise en pratique, les deux se recoupant inévitablement. Chaque catholique peut avoir besoin dans son parcours de croyant de formation, d’écoute et d’accueil afin de mieux penser, dire et transmettre sa foi. Les catholiques ont à repenser leur vivre ensemble, leur façon d’accueillir et d’intégrer les nouveaux croyants, d’accepter les diversités culturelles, sociales… Car l’enjeu reste bien celui de l’insertion pérenne de ces laïcs au sein d’une communauté et de permettre à celle-ci de se redynamiser grâce à ces nouvelles forces.
L’accent porté sur le modèle catéchuménal est révélateur d’une volonté de l’institution de présenter une autre image de la religion, en affinité avec les aspirations modernes et source d’épanouissement et de liberté. L’Église catholique présente les convertis comme modèle pouvant susciter un éveil de la foi. La comparaison avec une seconde naissance est présente aussi bien dans le discours des convertis que dans celui de l’Église catholique. Selon le Directoire général pour la catéchèse : « La foi et la conversion jaillissent du cœur. » Avec la conversion, c’est le registre de l’émotion, du ressenti qui prédomine. Le second point est l’attention plus forte accordée aux formations des laïcs missionnés, en complémentarité avec les prêtres, la parole laïque venant renforcer celle de l’Église. Enfin, un travail sur le vivre ensemble en situation de diversité est souhaité de la part de l’Église afin de dynamiser la vie locale et de permettre à tous de trouver sa place. D’où le recours à une pédagogie de l’initiation qui peut conduire à repenser l’ensemble des propositions de catéchèse et interroge directement la question de transmission de la foi et de la nécessité de construire de nouveaux outils pour la penser et la dire.
Ces analyses sont reprises au niveau international, puisque les prochaines Assises internationales du catéchuménat se tiendront en juillet 2014, à Santiago du Chili et auront pour thème : « L’initiation chrétienne dans un changement d’époque ». Les évêques d’Amérique latine insistent pour que les formes de catéchèse actuelles s’inspirent des traits nouveaux du catéchuménat. En ce sens, il semble bien que l’Église soit en quête de convertis, à condition de pouvoir les former et les insérer par la suite. Ce qui est encore loin d’être acquis…
- *.
Sociologue, maître de conférences et vice-doyenne à la faculté des sciences sociales et économiques de l’Institut catholique de Paris.
- 1.
Harry Roselmack choisit un pseudonyme (H.-J. Boungo) lorsqu’il publie Novilu (Paris, Éditions de Courcelles, 2007) mais affirme dans de nombreux articles sa foi nouvelle.
- 2.
Danièle Hervieu-Léger, le Pèlerin et le converti. La religion en mouvement, Paris, Flammarion, 1999. Voir également dans ce dossier les articles de Philippe Gonzalez sur le protestantisme (p. 54) et de Franck Frégosi sur l’islam (p. 65).
- 3.
Entretien avec un converti entré chez les dominicains, mars 2014.
- 4.
Statistiques du Service national de la catéchèse et du catéchuménat, réactualisées tous les ans. Ces données sont reprises dans l’ensemble du texte.
- 5.
Voir l’article de Ph. Gonzalez dans ce numéro, p.54.
- 6.
Pascal Thomas, Pour une mémoire catéchuménale. Petite histoire du catéchuménat français, Paris, Croissance de l’Église, 1992, sous la dir. de Guy Cordonnier, directeur du Service national du catéchuménat.
- 7.
Sur l’analyse de l’augmentation de la demande sociale de soutien, voir Alain Ehrenberg, la Société du malaise, Paris, Odile Jacob, 2010.
- 8.
Jean-Louis Schlegel, « Adieu au catholicisme en France et en Europe ? », Esprit, février 2010, p.78-93. Voir également son article dans ce numéro, p.29.
- 9.
Portail de l’Église catholique (http://www.eglise.catholique.fr/foi-et-vie-chretienne/l-experience-chretienne/devenir-chretien/suivre-le-christ-la-conversion.html).