Bujor Nedelcovici, auteur de l'exil

Dans ce dossier thématique, Esprit souhaitait commémorer la mémoire d'un auteur qui fut un témoin important de dictature de Ceaucescu, puis de la transition démocratique en Roumanie, en même temps qu'un médiateur entre le monde occidental et la culture roumaine.  

décembre 2023 · 6 articles

Bujor Nedelcovici (1936-2023), exilé roumain, essayiste, dramaturge et romancier, fut un précieux collaborateur d’Esprit pendant deux décennies, entre 1989 et 2007, et un compagnon de route de la revue jusqu’à sa regrettée disparition. Auteur de l’exil, il fut également journaliste, ainsi que rédacteur en chef à partir de 1982 de la revue roumaine L’Almanach littéraire.

Il commença sa vie professionnelle en tant qu’avocat pendant quelques années, avant d’être interdit d’exercer suite à l’arrestation et à l’emprisonnement de son père pour des raisons politiques. Il dut ensuite effectuer une série de métiers divers pendant une douzaine d’années. Son premier roman, paru en 1970, Les Derniers (Ultimii), fut suivi par une publication abondante, aussi bien d’autres romans, récompensés par des prix à plusieurs reprises, que d’articles pour des revues et des journaux.

Son roman Zile de Nisip (Jours de sable), paru en 1979 critique du régime, marqua le premier des déboires qui le mèneront à quitter son pays : son adaptation, Faleze de Nisip (Falaises de sable sortie en 1981, fut rapidement interdite et Ceaucescu lui-même condamna cette œuvre dans un discours en 1983.

Suite à l’interdiction de la publication d’un autre ouvrage, Al Doilea Mesager, en 1983, il parvint à le faire éditer en France par les éditions Albin Michel en 1985 sous le titre Le Second Messager. Ce défi à la censure politique provoqua un séisme en Roumanie, qui le força à choisir la voie de l’exil en 1987 pour la France, où il obtint l’asile politique. Il y résida toute sa vie et mena une intense activité intellectuelle et littéraire en Occident, aussi bien en continuant à rédiger romans et des essais et des articles, notamment pour Esprit, qu’en donnant des séries de lectures aux Etats-Unis et au Canada.

Après la chute du régime de Ceaucescu, il se rendit régulièrement en Roumanie. Il y reprit une activité littéraire et ses entretiens à la radio et à la télévision en firent une figure familière et populaire. Il écrivit jusqu’à sa mort de nombreux romans et articles pour la presse roumaine.

Il rédigea pour Esprit plusieurs textes consacrés aux évènements suivant directement la transition démocratique en Roumanie, ainsi que sur l’évolution de la jeune République dans les années 2000.

Témoin de tout un pan de l’Histoire du XXe siècle et de la réalité des régimes communistes d’Europe de l’Est, il nous éclaire sur la tragédie d’une partie du continent européen déchirée par les mouvements de l’Histoire et encore marquée par la violence du totalitarisme. Auteur européen, il fut aussi un chroniqueur de l’évolution de son pays vers la démocratie parlementaire et un passeur entre la société et la culture roumaines et le continent. Esprit souhaitait ici rendre hommage au parcours extrêmement riche et varié de celui qui fut à la fois un ami très cher et un témoin important du destin de son pays.

(Crédit image : DR à la famille de Bujor Nedelcovici, avec l'aimable autorisation de Carmen Michaela Lazariou Nedelcovici)