DANS UN ÉTAT CRITIQUE


Entre 1998 et 2003, Angelo Rinaldi écrivait des chroniques littéraires dans Le Nouvel Observateur. Elles sont reprises ici. Mauriac, c’étaient les fleurets mouchetés – qui pouvaient transpercer, certes. Rinaldi, c’est tout à la fois, avec la même maîtrise : le fleuret, mais aussi la dague, l’épée, la hallebarde, la lance et même le revolver ou la carabine, rarement ou pas du tout cependant le gros canon. Cette panoplie ne sert pas toujours à tuer, même si elle inflige sans doute de graves blessures (narcissiques) à qui se trouve en être la cible. Mais la question n’est pas la méchanceté critique : elle est dans les arguments et les raisons données. Or Rinaldi n’est que trop convaincant. Il arrive aussi, plus souvent qu’on ne croit, qu’il baisse les armes et fasse la paix, ou témoigne de compassion et de fraternité au-delà de l’attendu. Quiconque aime les « plumes » – les vraies, c’est-à-dire d’une invention verbale infinie mise au service de la critique – doit lire ces chroniques : il oubliera les descentes en flammes (si justifiées soient-elles), quelques injustices et quelques concessions (quand même), mais en aimera plus la littérature, ancienne et contemporaine, car le critique suit avec le même entrain rééditions et parutions récentes. Le lecteur en apprendra beaucoup sur les écrivains grâce aux connaissances de Rinaldi, et aussi sur la société contemporaine et ses mœurs. L’empathie pour les « mères » et la connaissance de leur cœur semblent infinies.

J.-L. S.

Les empêcheurs de penser en rond/La Découverte, 2010
408 p. 20 €