Le roman sans peine

Chroniques littéraires


 

 

 

La critique littéraire existe encore, mais souvent sans éclat, aseptisée, neutralisée, probablement, entre autres, par un système médiatique où toute pièce reçoit sa monnaie. Qui a envie de retrouver et la critique et la littérature ne regrettera pas de lire les chroniques d’Angelo Rinaldi dans Le Figaro littéraire entre 2003 et 2005. Elles nous donnent bien des regrets pour les nombreux livres dont le critique éclaire magnifiquement les raisons que nous aurions eues de les acheter – et que nous avons ratés faute de lire régulièrement un journal qui n’est pourtant pas tous les jours sans mérites. Espérons seulement que le style souverain du critique, qui nous donne tant de plaisir (le mot d’un « sémioticien » que Rinaldi n’aime guère) ou de bonheur (comme le dit la quatrième de couverture), n’éclipsera pas celles et ceux dont il parle si bien. Il y a certes les victimes de Rinaldi, et il arrive qu’on y compte une connaissance, un auteur à notre goût. Rendons à l’exécuteur cette justice : vérification faite, il livre toujours les raisons de ses éreintages, pratiqués presque à regret et assortis de conseils pour mieux faire. Piètre consolation pour ceux qui n’ont pas réussi l’épreuve du feu, mais les éditeurs au moins savent que le pire destin d’un livre, ce n’est pas une « mauvaise critique », mais le silence qui le précipite dès sa parution dans l’enfer sans fond des livres mort-nés. Pourquoi « le roman sans peine » comme titre ? Je ne sais, car sous la plume du critique tous les genres trouvent grâce, au sens littéral de l’expression, et avec eux la magie de la langue française.

J.-L. S.

 

 

 

 

Les Empêcheurs de penser en rond/La Découverte, 2012
326 p. 20 €