ÉCOUMÈNE
Introduction à l’étude des milieux humains
Ce n’est pas un passage en poche anodin. Dans un avant-propos écrit à Sendai au Japon le 2 mai 1999, Augustin Berque présente cet ouvrage préalablement publié dans la collection « Mappemonde » chez Belin en 1987 (si l’on croit les rares éléments éditoriaux fournis). Ce livre, nous dit-il, est une rumination qui « parle du mouvement qui engendre notre monde et du sens des mots qui nous en parlent », c’est un livre poème sur le poème du monde pour lequel « entre moi et moi il y a la Terre » (J.-M. Besse). Voilà donc une œuvre ambitieuse sur laquelle je me contente d’attirer l’attention (elle mériterait au moins un article) car elle a d’immenses qualités. Écoumène met en scène une réflexion en trois temps : 1) « L’y d’il y a » est découpé en trois séquences (lieu, monde, univers) ; 2) « L’humanisation des choses » se développe autour de trois notions (mouvance, sens, prises) ; 3) « Exister avec les autres » est rythmé en deux temps (foyer, cité). Cette réflexion éclaire les ressorts de notre monde dans son rapport à la Terre en mouvement. Plus qu’un texte philosophique classique, ce livre se présente comme une déclinaison progressive de concepts et de notions ; c’est pourquoi il accorde une grande place à l’étymologie (mais pas uniquement au grec et au latin), au détour anthropologique et à l’approche comparatiste (le regard de l’auteur se déplace au Japon ou ailleurs pour examiner notre « il y a » dans une Terre commune). Au-delà des débats politiques sur l’écologie, Écoumène s’efforce de recomposer les médiations dans un monde dit glocal (global et local à la fois) où l’on se contente souvent d’être soit dans le local, soit dans le global alors qu’il faut expressément les raccorder, les relier (comme un livre) et reprendre en conséquence à notre compte, comme cela est admirablement fait et écrit ici, le mouvement même du Monde et de l’Existence qui est une mise hors de soi (c’est tout le sens du ex latin d’ex-istence). Bref, il faut de concert « renaturer la culture et reculturer la nature ».
O. M.