Histoire de l'habitat idéal

De l'Orient vers l'Occident


Cet ouvrage permet de prendre toute la mesure de l’œuvre d’Augustin Berque sur laquelle Esprit aura l’occasion de revenir prochainement. Elle est aimantée par une interrogation sur « l’écoumène », un terme qui renvoie au grec oikoumené et désigne la Terre habitée, c’est-à-dire la relation de l’humanité à l’étendue terrestre habitable : « La relation écouménale naît de ce que la Terre est à la fois, physiquement, une planète parmi les autres et phénoménalement le sol qui nous porte, supposant donc notre existence. » Elle porte ensuite sur le devenir de l’« urbain diffus », ce qui désigne un urbain généralisé, illimité et « acosmique » car délié d’un monde : un urbain qui n’a plus de limites, celle que représentait la nature rurale qui elle-même avait la forêt comme limite. À distance de la recherche d’un habitat idéal au sein de la nature (il en donne des exemples divers dans le monde oriental), l’urbanisation de la nature est aujourd’hui la règle. Ce qui contribue à nouer des liens directs (Le Corbusier prônait déjà un accès direct à la nature depuis l’intérieur du logement à travers les baies vitrées, le dedans maîtrisant ainsi le dehors) entre le logement (les lotissements dans les zones périurbaines) et la présence de la nature : la captation urbaine de la nature n’est désormais le plus souvent qu’une manière de la vampiriser en l’associant à la voiture et à la maison individuelle. Excellent connaisseur du Japon et soucieux de comparaisons avec l’Orient (des chapitres portent sur la Chine et le Japon), Augustin Berque rappelle que l’Orient a inventé le paysage avant les peintres européens du Quattrocento. Mais l’auteur de Médiances montre dans ce livre que la dévoration urbaine de la nature est désormais commune à l’Orient et à l’Occident. C’est dire que la mondialisation urbaine tue les différences.

O. M.

Le Félin, 2010
400 p. 25 €