DE LA DÉCENCE ORDINAIRE
Court essai sur une idée fondamentale de la pensée politique de
On connaît surtout Orwell à travers deux livres célèbres qui mettent en scène des situations exceptionnelles : la Ferme des animaux et 1984. Mais Bruce Bégout préfère se pencher sur les romans réalistes et sur les récits documentaires d’Orwell (Dans la dèche à Paris et à Londres, le Quai de Wigan, Hommage à la Catalogne…) qui sont autant d’histoires ordinaires qui se penchent sur le sort de gens simples. Cette invitation à lire un Orwell que l’on connaît mal n’est guère surprenante de la part de l’auteur de la Découverte du quotidien, de Lieu commun et de Zeropolis, une remarquable description des motels américains, qui s’efforce dans cet essai de relier l’ordinaire, le banal et la décence. De fait, l’indécence est selon Orwell le propre de ceux qui croient tout savoir et imposent d’autant plus leur domination qu’ils sont étrangers à leur monde proche. « L’insensibilité morale de l’intellectuel totalitaire trouve son origine dans la pauvreté de son monde vécu. La coupure avec la vie quotidienne trouve son origine dans la pauvreté de son monde vécu. » Dans la lignée de Kracauer et de Gunther Anders en Allemagne, Orwell jette un regard sombre sur la « géométrisation de la culture » : « À la différence des bons sentiments, nés de la culpabilité ou du repentir, la décence ordinaire exprime une vie affective réellement ancrée dans une pratique sociale quotidienne. » Reste que l’opposition entre technicisation et expérience phénoménologique est très contrastée chez Orwell (pourquoi opposer la musique swing et le chant des oiseaux ?) alors qu’aujourd’hui il faut réinventer de la décence ordinaire dans un monde où les flux techniques sont un moteur invisible et omniprésent. Mais pourquoi se dispenser de cette lecture originale d’Orwell ?
O. M.