Suburbia
Non sans faire écho au dossier d’Esprit de mars-avril 2013 (« Tous périurbains ! »), ce recueil d’articles avance au rythme très personnel et original de Bruce Bégout. Philosophe, il continue à fréquenter Walter Benjamin ou les situationnistes, mais c’est la plume du phénoménologue qui retient l’attention quand il revient sur des villes qu’il connaît (Bordeaux, Paris) et renoue avec une interrogation au long cours sur la « zéropolis », sur les mobil-homes, les hôtels containers ou sur Las Vegas, qu’il connaît mieux que personne (voir ses deux ouvrages publiés aux éditions Allia : Zéropolis et Lieu commun). Fréquentant des lieux marqués du sceau de l’aliénation et de la négativité, Bégout s’interroge : a-t-on affaire à des morts-vivants, à des zombies perdus dans ces espaces sans vie, apparemment immobiles et amorphes ? Mais s’incruster dans la « zeropolis » revient pour lui à se livrer à une entreprise de désaliénation, à saisir comment on y habite. Ce qui est une gageure ! Mais Bégout la tient : il ne cède ni au mépris pour ces habitants ni à la démagogie envers ceux qui sont au prime abord des survivants de l’inutile. « L’horizon suburbain ne débouche pas sur la non-ville – désert, campagne ou montagnes – mais sur un autre espace suburbain qui repousse sans cesse ses bornes vers l’inimaginable. » Quand l’urbain généralisé ne fait plus monde urbain, quand il est acosmique, il faut bien répondre à l’insupportable, à l’insoutenable.
O. M.