Jours de pouvoir
L’écriture est une discipline, comme en témoigne ce journal (2010-2012) d’un homme au pouvoir, à l’agenda surchargé, toujours entre deux négociations sur la question agricole dont il a la charge. Une discipline qui arrache quelques moments précieux à des journées accaparées et vides, entre les brusques accélérations du pouvoir et les creux inhérents aux rencontres protocolaires, aux déplacements officiels. Mais aussi une discipline d’attention, qui sauve le grain du réel, la force des paysages, la singularité des rencontres. La course à la décision, tant dans l’agenda international du G20 présidé par la France, où le ministre se lance dans le dossier de la régulation de la spéculation sur les matières premières agricoles, que dans la campagne présidentielle, observée ici aux premières loges, est hantée par la crainte de l’impuissance. Les politiques peuvent-ils encore dénouer l’écheveau des problèmes et des intérêts, comme ils le promettent pour parvenir au pouvoir ? « La vie du pouvoir est une expérience des limites du pouvoir. » Cette maxime, qui affleure dans les hauts et les bas de la vie politique, résume aussi bien la frustration du responsable politique que la distance de l’écrivain : l’homme d’action, en correspondance entre deux avions, en route pour une nouvelle réunion publique, s’oublie dans la dépense d’énergie, alors que l’écriture rétablit sans cesse l’équilibre, ramasse les impressions éparses et rachète la crainte de l’inanité des choses qui étreint le responsable public.
M.-O. P.