The West Wing
Au cœur du pouvoir
Il y a quelque chose d’étrange à retrouver les héros et héroïnes de The West Wing (À la Maison-Blanche) en pleine année électorale aux États-Unis. Le spectacle désolant offert par la course à la présidentielle américaine donne aux héros idéalistes et bienveillants d’Aaron Sorkin des allures d’improbables ovnis politiques. Idéalistes et bienveillants, ils l’étaient déjà au moment où la série a été produite, entre 1999 et 2006, mais, pour reprendre des mots de David Kessler cités par Carole Desbarats, il s’agissait d’un « idéalisme réaliste », qui s’appuyait sur une grande authenticité dans la description du pouvoir et de son fonctionnement. Certes, la série s’inspirait de l’embellie économique de la fin des années 1990 aux États-Unis et de la figure charismatique du président Clinton (dont plusieurs conseillers furent consultants pour la série), mais elle se maintenait néanmoins à distance de l’actualité. Ce livre a l’avantage de traiter aussi bien sa dimension politique que son statut d’objet cinématographique. On en apprendra ainsi beaucoup, non seulement sur les coulisses de la réalisation et de l’écriture, mais également sur les influences (Frank Capra, les screwball comedies), la place des réalisateurs, ou les figures de style (le célèbre walk and talk, long travelling dans des couloirs filmant des personnages qui parlent à toute vitesse de sujets très techniques). Dans une époque où ce qui caractérise principalement le rapport des citoyens à la politique (et, semble-t-il souvent, des politiques aux citoyens) est le cynisme ou l’indifférence, les « honnêtes hommes » (et femmes) de Sorkin peuvent agacer par leur snobisme, leur élitisme, par leur croyance aveugle dans les principes constitutionnels et dans les vertus du système politique. Malgré tout, grâce à la virtuosité du showrunner, à la beauté des dialogues, on adoptera, comme Carole Desbarats, la posture de « naïveté complexe » du spectateur : « Un être qui momentanément renonce au réel au profit d’un monde qui s’accorde à ses désirs, tout en sachant bien, au fond de lui-même, ce qu’il en est. »
A. B.