Octavio Paz dans son siècle
L’auteur (né à Mexico en 1962) a été accueilli très jeune par Octavio Paz (1914-1998) au sein de la rédaction de Vuelta (1976-1998) pour y tenir une rubrique littéraire alors qu’il fallait passer la main à une nouvelle génération. Il y aura beaucoup de biographies de Paz, nous dit-il, et il y en a déjà eu beaucoup, mais celle-ci est un témoignage particulièrement riche car elle s’inscrit dans le travail au long cours d’une revue. Paz, qui a contribué au numéro d’Esprit sur l’Amérique latine en 1983, avait animé auparavant la revue Plurales, tandis que l’historien Enrique Krauze devait fonder, dans le sillage de Vuelta, la revue Letras libres, toujours éditée à Mexico. Le mérite de cet ouvrage est de proposer des commentaires rigoureux des textes poétiques de Paz (aujourd’hui regroupés en Pléiade grâce à Jean-Claude Masson), de faire le lien entre le poète et l’histoire « labyrinthique » du Mexique. Les essais de Paz, indissociables d’une réflexion ininterrompue sur le rôle du langage, des avant-gardes et de la poésie, sont marqués par des événements, des polémiques et des ruptures, à commencer par sa démission du poste d’ambassadeur à New Delhi après le massacre des étudiants le 2 octobre 1968 à Mexico. Les séquences sur la guerre d’Espagne et sur l’arrivée des exilés politiques espagnols à Mexico après la défaite témoignent du poids du parti communiste et de l’idéologie à laquelle Paz n’a pas toujours résisté, en dépit de sa rupture avec Neruda et de choix postérieurs auxquels les rencontres et lectures de Victor Serge, David Rousset et Kostas Papaïoannou ont contribué de manière décisive. Cette entrée poético-politique dans l’œuvre de celui qui est devenu un chef spirituel à la fin de sa vie s’arrête à juste titre sur les liens entre des événements esthétiques (le surréalisme, Péret, Duchamp), sur les voyages (l’importance de la découverte de l’Inde et du Japon) comme sur les combats politiques qui ne doivent pas être toujours lus sur un mode manichéiste, comme on le saisit dans le cas du Chiapas.
O. M.