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Notes de lecture

Lettre sur le pouvoir d'écrire

octobre 2012

#Divers

 

 

 

Auteur d’un ouvrage de référence sur le roman américain, Claude-Edmonde Magny, qui fut une collaboratrice du groupe littéraire d’Esprit, était, avec Marthe Robert et Monique Nathan entre autres, l’une des personnalités féminines qui ont renouvelé la critique littéraire et la vie éditoriale de l’après-guerre. Ce court texte que la jeune philosophe a adressé à Jorge Semprun en février 1943 (celui-ci, qui a écrit la préface de cette édition avant sa mort, ne le reçut que début août 1945) condense sa pensée littéraire : tout en évoquant Balzac, Bernanos, Cocteau et Mallarmé, elle insiste sur les liens de l’écriture et de la « déprise de soi ». Pour elle, un auteur doit parvenir à se « désencombrer de lui-même », à faire le vide de manière à mieux traduire l’expérience humaine, celle des autres, celle de tout un chacun, mais certainement pas celle d’un je obsédé de lui-même. À l’époque, la phénoménologie invitait à pratiquer l’épochè, la mise en suspens(Claude-Edmonde Magny a écrit des articles sur Sartre dans Esprit), la mise entre parenthèses de la psychologie et de ses lourdeurs. À l’époque, le Nouveau Roman était en discrète gestation, mais la lectrice passionnée de littérature anglo-américaine n’est certainement pas étrangère à des choix littéraires où le désir de se vider de soi est une manière de toucher au plus profond par l’expérience de l’écriture. On pense bien entendu à Faulkner mais aussi à Joyce, T.S. Eliot, Lawrence, ­Huxley sur lesquels elle a écrit dans Esprit entre 1941 et 1951. Les 80 ans d’Esprit (1932-2012) fournissent une bonne occasion de découvrir l’une de ces figures qui ont fait la revue « à la marge ».

O. M.

 

 

 

Climats, 2012
56 p. 8 €

Claude-Edmonde Magny

Edmonde Vinel (1913-1966) a été reçue au concours d’entrée à Normale supérieure, rue d’Ulm, seule femme de sa promotion (1932, celle de Georges Bonnefoy, de Jean Gosset et de Pierre Grimal qu’elle épousera). Agrégée de philosophie, elle enseigne à la veille de la guerre au lycée de Rennes, comme son mari latiniste qui connaît Esprit depuis 1934. Elle participe au Congrès Esprit de Jouy-en-Josas de…