L’ÉTAT PRÉVOYANT
Quelles origines, quelles significations ?
Voilà un court ouvrage fort utile et éclairant, ce qui ne surprendra pas le lecteur qui connaît les travaux de Dominique Méda sur le travail des femmes ou les mesures de la richesse (voir une réédition récente de Qu’est-ce que la richesse ? sous le titre Au-delà du Pib. Pour une autre mesure de la richesse, Champ actuel, 2008). La question est celle de la possibilité de modifier la perception et l’intelligence de l’État social : comment admettre la nécessité d’un nouvel État social, plus incitateur et investisseur que passif et seulement réparateur, sans pour autant s’accorder à la troisième voie blairiste et au workfare marqué par le seul souci de l’efficacité ? Dans cette optique, elle propose de saisir les ressorts d’un nouveau changement de paradigme dont elle rappelle les initiateurs : face aux thèses d’Anthony Giddens, elle valorise les travaux de Frank Vandenbrouke et de Gosta Esping-Andersen dont elle retient trois points (la question de la prévention qui doit l’emporter sur l’approche en termes d’activation, l’idée d’un investissement précoce qui doit se situer dans la prime enfance et la volonté d’une stratégie de prévention passant par la lutte contre le développement des inégalités). Mais elle suggère surtout les nouveaux piliers sur lesquels ce changement devrait s’appuyer : un service social public de la petite enfance, une politique familiale (les fils continus des réflexions de Méda étant le travail des femmes et le rapport travail/loisirs) et une politique ambitieuse de qualification pour tous alors que les comparaisons conduites à un niveau européen montrent la fragilité de la situation française dans le rapport formation initiale/emploi. Si ce livre s’adresse à la gauche post-social démocrate, l’auteure laisse entendre qu’elle pourrait faire quasi-consensus pour les partisans de la solidarité et de l’égalité. Voilà un souhait hautement partagé ! Malheureusement, il n’est pas sûr que le changement de paradigme soit pris en considération par beaucoup ! Raison de plus pour lire cet ouvrage profondément politique car soucieux de freiner en amont les montées des inégalités de tous ordres tout en reconnaissant que la prévention ne peut pas permettre d’éviter l’occurrence de tout risque (et donc de l’assistance). « Il faut à la fois consacrer des moyens à l’accompagnement au retour à l’emploi et aux politiques actives, et verser des indemnisations et de minima sociaux permettant de vivre. » Comme c’est le cas dans les pays nordiques qui correspondent le plus au concept d’État préventif.
O. M.
O. M.