PHILOSOPHIE DE LA RELATION
Poésie en étendue
« Les populations qui habitent depuis longtemps sur une frontière balancent entre deux attitudes dont l’une est extrême, qui est de renchérir sur les nationalismes du Centre dont elles dépendent […] Ou alors, ces populations participent de deux (ou plusieurs) réalités qui recouvrent leurs étendues frontière et elles n’hésitent pas à s’en faire les passeurs, à tout coup clandestins. » De quel monde parle le passeur Édouard Glissant ? Depuis ses premières œuvres jusqu’aux Entretiens de Bâton rouge, Édouard Glissant, le symbole de la génération qui a « suivi » Césaire (non sans discordances), parle du monde ultramarin, celui des îles, de la Martinique et de la Guadeloupe. Poète, romancier, il est aussi l’auteur du Discours antillais et le créateur de la revue Acoma. Chez Glissant, poème, philosophie et politique vont de pair. Mais depuis quelques années, depuis que la mondialisation désigne un autre monde en voie de formation, sa réflexion sur le monde « en archipel », sur les « limites » qui doivent mettre en relation et non pas faire obstacle et murer les rapports, a pris une tout autre dimension. En parlant du monde ultramarin, le sien, Glissant parle analogiquement du monde contemporain globalisé, d’un monde qui a vocation de faire vivre en permanence la relation s’il ne veut pas mourir ou s’affaisser, d’un monde où l’échange n’est pas seulement économique mais essentiellement culturel. « La matière du monde s’éprouve échevelée, la pensée force à en surprendre la simple vue. »
O. M.
O. M.