Critique du pouvoir d'Axel Honneth
Michel Foucault et l’École de Francfort, élaborations d’une théorie critique de la société. Trad. par Marianne Dautrey et Olivier Voirol
Parue en 1986 sous le titre Kritik der Macht, la thèse d’Axel Honneth a été traduite en français l’an passé. Elle reste éminemment d’actualité, et ce pour des raisons théoriques – une comparaison des analyses du pouvoir chez les penseurs de l’École de Francfort, de Max Horkheimer à Jürgen Habermas, et Michel Foucault – et parce qu’elle soulève une question politique – qu’est devenu l’espoir d’émancipation porté par la théorie critique ? A. Honneth s’est inscrit, à mesure de l’élaboration de sa propre analyse de la domination sociale, dans la succession des penseurs de l’Institut de recherche sociale fondé en 1923 à Francfort. À ce titre, sa thèse présentait une double ambition. Dans un premier temps, il s’agissait de comprendre pourquoi le programme initial d’une théorie critique de la société devait mener à l’impasse. Aux yeux d’A. Honneth, Horkheimer et Adorno échouent à rendre compte du phénomène social, et plus précisément des enjeux de pouvoir qui le traversent, en raison de choix méthodologiques intenables et d’une interprétation de la réalité sociale toujours reconduite au seul concept, trop réducteur, de domination de la nature. Dans un second temps, A. Honneth parcourt les deux plus grandes analyses du pouvoir de la génération suivante de penseurs : M. Foucault, qui, grâce à son travail sur la discipline et l’uniformisation des corps, ouvre à l’analyse le champ de la domination, et J. Habermas, qui montre que les enjeux de pouvoir doivent se comprendre à partir de processus communicationnels. C’est justement la théorie de la communication de J. Habermas que choisit A. Honneth comme point de départ de son œuvre, et qui opère en réalité comme fil conducteur de sa reconstruction. Foucault, croyant possible d’écarter les enjeux normatifs de sa théorie de la société, n’est pas en mesure de remplir le projet d’A. Honneth : fonder, réflexivement et systématiquement, une critique de la domination. Ce dernier point a été fortement discuté depuis la fin du siècle dernier ; on lira donc avec profit, dans la postface, un aperçu des difficultés que soulève la question normative.
Éliette Pinel