L’ALLUMEUR DE RÊVES BERBÈRES


Dédié à l’écrivain assassiné Tahar Djaout, ce roman du comique Fellag raconte l’histoire d’un écrivain, officiel celui-ci, qui vit à Alger dans une ville où on coupe constamment l’eau. Si les spectacles de Fellag racontent comment rire de la cruauté du pouvoir (voir son entretien « Langage, rire et violence. Ou comment jouer en banlieue ? », Esprit, juillet 2007), et transformer le cauchemar en un rêve, le roman opère autrement cette alchimie. À travers des histoires (amitiés, meurtres, assassinats, vengeances), l’allumeur de rêves berbères évoque la sortie d’un cauchemar symbolisé par l’absence d’eau et de lumière, par la soif et l’aveuglement. C’est l’Alger des années 1990, un Alger populaire où Fellag parvient à imaginer des corps, des groupes et des communautés qui ne sont pas soumis au pouvoir ou fascinés par la religion de la terreur, celle qui vient encore de sévir. Alors que Fellag racontait Paris dans Rue des petites daurades (2001), il raconte Alger et ses souffrances dans ce roman. Une fois de plus il passe d’un monde et d’une langue à l’autre, il entrechoque les identités, ici et là-bas. Mais la nécessité est toujours la même : écrire ou jouer sur scène pour que le cauchemar devienne un rêve. « Lorsque je découvris ma baignoire pleine, je ne savais plus si je rêvais ou si elle s’était remplie pendant mon cauchemar. »
O. M.

Lattès, 2007
312 p. 14 €