Haussmann, conservateur de Paris
S’il ne fait aucun doute pour nos deux auteurs, spécialistes reconnus de l’œuvre du baron Haussmann, qu’il y a toujours eu du « vandalisme » (celui de l’Ancien Régime comme celui des révolutionnaires ; voir à ce propos l’ouvrage de référence de Louis Réau, l’Histoire du vandalisme, Robert Laffont, 1994), que l’excès de destruction (celui d’hier, celui des années Pompidou, celui d’une urbanisation planétaire qui oublie l’esprit même de la construction entendu au sens d’Alberti, celui des guerres et des urbicides plus que d’actualité en Syrie) est à l’origine d’un surcroît de patrimonialisation, ils n’en veulent pas moins mettre en cause les discours convenus et rappeler que la conservation ne consiste pas, dans le meilleur esprit d’un Viollet-le-Duc, à reproduire à l’identique. Si le préfet Haussmann s’inquiétait des menaces de la rue (celle qui est chère à Hugo dans les Misérables), rien ne justifie cependant de le considérer comme un vil démolisseur à la solde du pouvoir alors qu’il est à l’origine d’un urbanisme « régularisateur » destiné à répondre à bien des défis (pollution, hygiène, circulation…). Plus encore, les décisions haussmanniennes n’étaient pas toujours les plus attendues, ce que montre l’un des exemples de ce livre, en grande partie composé d’extraits des Mémoires d’Haussmann : alors qu’Haussmann avait décidé de faire disparaître l’église Saint-Germain-l’Auxerrois afin de dégager l’arrière du Louvre et les colonnades, il revient sur sa décision quand le protestant qu’il est apprend que cette église a un lien historique avec le déclenchement des massacres de la Saint-Barthélemy. Saint-Germain-l’Auxerrois (cette église du viie siècle, romane à l’origine, est aujourd’hui visitée comme un haut lieu du gothique, après maintes destructions et mutilations, dont celle menée par un dénommé Baltard au xixe siècle… comme quoi !) n’a pas été conservé en raison de son génie artistique mais pour des raisons historiques.
O. M.