LA TERRE QUI MEURT


Ce livre comble d’abord un vide. Il permet de se procurer un texte de référence devenu introuvable : « Espacements » (c’était aussi le titre de la belle collection que dirigeait Françoise Choay au Seuil) est un « classique », un texte très anticipateur qui date de 1969. Distinguant successivement l’espace médiéval de contact, l’espace de la Renaissance qui consacre l’œil, le pouvoir et le monument, l’espace haussmannien qui accélère la circulation et l’information, et enfin l’inscription dans les flux liés à la révolution électro-télématique, l’auteure préfigurait ses réflexions à venir sur « l’après-ville ». Si celles-ci ont pu troubler certains, elles accréditaient la prévalence des flux sur les lieux alors même que s’imposait la mondialisation urbaine, qui est celle de l’urbain généralisé. C’était en 1969, faut-il le rappeler ! Alors qu’on a tant de mal aujourd’hui à s’extraire d’une vision du territoire organisée autour de la commune (la Paroisse devenue un micro-État) et de l’État, et du couple centre/périphérie, ce petit texte anticipait donc la montée de la globalisation en réseau, le rôle moteur des connexions, et le décrochage qui commençait à s’opérer entre l’espace de contact et les flux réels ou virtuels. Beaucoup plus récent, le deuxième texte, qui porte sur le patrimoine, s’inquiète de redonner tout son sens à la Terre, à l’agriculture dans un monde urbanisé, et de ne pas céder à la vision patrimoniale qui impose au reste du monde une conception singulière du patrimoine qui est celle du monument historique « à la française ». Telle est la leçon de Françoise Choay : face à la puissance des flux et à la déterritorialisation, il faut s’interroger sur les ressorts de la patrimonialisation en refusant la double dérive de la destruction et de la conservation pure et simple, et en rappelant que la nature est peut-être, par-delà le monument, le patrimoine essentiel.

O. M.

Fayard, 2011
108 p. 12 €