Politique et mouvements sociaux au Maroc

La révolution désamorcée?


Enseignant à Ottawa après avoir passé plusieurs années au Maroc, ­Frédéric Vairel inscrit son analyse de l’évolution politique du Maroc dans le contexte des « printemps arabes » (Égypte, Yémen, Libye…) qui sont autant d’échecs, si l’on excepte la Tunisie. Mais l’ouvrage est d’autant plus intéressant et les propos pertinents que l’auteur ne dissocie pas ce qui se passe « en haut » (le pouvoir du Makhzen incarné par le réformisme très tactique de Mohammed VI) et ce qui se trame « en bas » (les diverses formes de l’opposition islamiste ou démocratique et les mouvements protestataires). Ce qui permet de comprendre, contrairement à ce qu’ont cru les « transitologues », que la « résurrection de la société civile ne s’accompagne pas d’une transition démocratique » ; mais aussi d’observer la plasticité de mobilisations qui sont indissociables des contraintes que le régime ne cesse d’imposer aux « porteurs de cause ». Sur le long cours, on saisit également que le scénario marocain n’est pas celui du durcissement d’un régime militaire à l’égyptienne, mais celui de l’adaptation aux conditions présentes d’un régime autoritaire qui s’accorde à la mondialisation. « L’ajustement politique du régime mené au long d’une vingtaine d’années confère une certaine épaisseur aux réformes en cours. L’activisme royal limite la pertinence d’alternatives potentielles. Enfin, l’apprentissage des formes de l’action protestataire a eu pour effet d’en limiter la charge perturbatrice. Ce qui explique comment le “printemps arabe” a été un moment de l’équation qui résume la politique marocaine : des mobilisations qui interpellent un régime autoritaire en réforme. »

 

O. M.

Les presses de Sciences Po, 2014
368 p. 26 €