Les Grandes villes et la vie de l’esprit, suivi de Sociologie des sens


Les textes brefs de G. Simmel, qui ne sont pas sans annoncer ceux d’Adorno ou de W. Benjamin, sont des petits bijoux. Alors que la notion de métropole est revenue au centre des débats de politique urbaine, G. Simmel évoque à merveille l’univers sensible des métropoles industrielles européennes (comme Berlin) et célèbre l’esprit émancipateur des villes modernes. Comme le dit Philippe Simay dans sa belle préface, « les deux textes réunis ici, “Les grandes villes et la vie de l’esprit” et “Sociologie des sens”, constituent le manifeste d’une lecture sensitive de la ville ». Ainsi retient-il comme caractéristiques de l’habitant des grandes villes ces trois traits : l’intellectualisation des relations sociales, l’impersonnalité des échanges et le caractère réservé et blasé des citadins. Valorisant par ailleurs tous les sens, et pas uniquement la vue, Simmel fait le lien entre cette hyperstimulation sensorielle et le nouveau style de vie urbain de l’époque qui se veut émancipé : « La vie urbaine peut être considérée comme émancipatrice pour peu que le citadin apprenne à mieux gérer les nouvelles conditions de perception produites par la métropole. » Qu’en est-il de cette sensibilité multiple dans les métropoles contemporaines, qui se démarquent de la métropole de l’époque industrielle ? Dans ces métropoles qui vivent au rythme de la prolifération des échanges virtuels, la question se pose bel et bien désormais.

O. M.

Petite bibliothèque Payot, 2013
112 p. 6,60 €