L’ART ET L’ARGENT.

La rupture moderniste. 1860-1920


Poursuivant un travail au long cours faisant le lien entre l’évolution de la valeur économique et celle de la valeur picturale, J.-J. Goux met en parallèle la machi­ne boursière et l’évolution de la cote des peintres quand celle-ci ne repose plus sur une «   valeur de la valeur   », sur un référentiel, sur un étalon (l’or ou l’Académie). Dans cette optique, il relit l’Œuvre d’Émile Zola, précise la rupture moderniste incarnée par Manet et se penche sur la formule de Jean Cocteau dans le Coq et l’Arlequin relative à la versatilité de l’avant-garde  : «   En art, toute valeur qui se prouve est vulgaire. Il faut être un homme vivant et un artiste posthume.   » À l’époque de Cocteau, l’avant-garde demande encore à être reconnue (selon Picasso  : «   Pour que des tableaux se vendent cher, il faut qu’ils aient été vendus bon marché au début   »). Tout en affirmant à propos de l’avant-garde que «   le régime économique enfiévré de la spéculation et celui, plus classique et plus stable, de la convenance esthétique (ainsi La grande sœur de Bouguereau, tableau le plus apprécié du public, est l’image phare du musée de Houston) n’ont pas cessé de coexister   », J.-J. Goux montre une évolution des avant-gardes  : la véritable avant-garde (composée d’artistes longtemps méconnus puis reconnus) constitue un scénario inaugural, une scène primitive de la spéculation. Mais ce principe ne s’applique plus à des peintres plasticiens contemporains comme Warhol, Schnabel ou Koons qui ont été lancés «   dans des conditions très organisées, sans avoir jamais été méconnus   ». Dans ces conditions, la provocation, la posture avant-gardiste autoproclamée, est devenue académique. On est revenu avant Manet.

O. M.



Blusson, 2011
128 p. 16 €