Le Livre des hontes


Rédigé par un auteur qui a lui-même publié de nombreux récits et s’est fait connaître comme interprète d’Henri Michaux, cet ouvrage est une belle « entrée en littérature »… par la honte. Une notion qu’il faut entendre ici au moins en trois sens. Tout d’abord, Jean-Pierre Martin rappelle que la honte est un sentiment qui renferme sur soi et a du mal à s’énoncer, d’où sa place centrale chez la plupart des écrivains qui parlent de ce qui leur fait honte, mais aussi de ce qui nous fait honte « communément » et que nous pouvons plus ou moins bien partager. Ensuite, l’ouvrage est un commentaire infini sur des auteurs précieux qui se sont emparés de ce sentiment de la honte, toujours proche de la trahison, et n’ont pas cessé de l’examiner. Parmi les plus impressionnants : Hawthorne et sa Lettre écarlate, Kafka, Thomas Bernhard, Genet, Mishima et surtout Witold Gombrowicz qui retient particulièrement l’attention de J.-P. Martin. Encore ne faut-il pas oublier Sartre et une partie de la littérature de l’après-guerre qui est fascinée par la trahison. Enfin, la honte est associée au fait même de lire puisque la lecture est une manière de se mettre à distance, de trahir (les proches, l’environnement, le réel) en s’évadant. Voilà un livre qui sait parler de la littérature et de ce qui la porte.

O. M.
Le Seuil, 2006
348 p. 20 €