LA SOLITUDE SONORE DU TOREO
Édité par Françoise Delay
Ce livre sur le président Sarkozy sera peut-être contredit par le renouvellement des équipes l’entourant à l’Élysée puisqu’on annonce le départ possible de Claude Guéant, le « Premier ministre » de l’Élysée. La thèse qui sous-tend ce énième ouvrage sur Nicolas Sarkozy est simple et non dénuée d’intérêt : l’auteure, responsable du service politique de France info depuis 2004, montre que Sarkozy s’est toujours entouré de gens plus âgés que lui comme s’il fallait qu’il se rassure auprès des anciens. Sans trop en rajouter sur le rapport à un père absent et fantasque, le livre suggère que l’hyperprésident n’est pas sans fragilité et que sa nervosité cache bien des inquiétudes et bien des peurs. Évoquant la peur, celle de Nicolas Sarkozy qui feint de ne pas la connaître, mais aussi celle qu’il fait régner et pèse sur ceux qui sont sous ses ordres, l’ouvrage permet de comprendre ce que le Président a retenu de Machiavel, si jamais il l’a lu. Il a appris qu’il faut conquérir le pouvoir mais il n’a pas saisi qu’il fallait le stabiliser une fois pris, se calmer et respecter les équilibres des institutions. Car c’est d’abord de cela qu’il s’agit ici, de cette volonté effrénée d’être en permanence dans la conquête (celle du pouvoir et du reste), ce qui n’est pas indifférent au moment où il va déjà falloir se remettre en campagne. Sans lien avec notre Président et ses peurs obscures et cachées, la réédition du livre de José Bergamin, un proche d’Esprit qui a fortement critiqué l’Église catholique durant la guerre civile espagnole, éclaire le débat qui fait rage sur la tauromachie. Pour Bergamin, le torero symbolise à la fois ce qu’il en est de l’homme et de la bête car l’un et l’autre réagissent selon lui de la même manière à la peur. « Un taureau brave n’est jamais féroce ; il est noble et clair. L’origine de la férocité chez les bêtes (comme chez l’homme) est la peur, la lâcheté. » Toute la philosophie politique européenne a tourné autour de cette question de la peur en se demandant si l’homme était, ou non, un loup pour l’homme.
O. M.