TERRORISME ET PERSÉCUTION RELIGIEUSE EN ESPAGNE. 1936-1939
Traduit de l’espagnol et présenté par Yves Rouillière
La nouvelle édition de Gloria Incerta de l’écrivain catalan Joan Sales (voir « Joan Sales, Esprit et la guerre d’Espagne », Esprit, août-septembre 2007) rappelle que la guerre civile espagnole qui a précédé la Deuxième Guerre mondiale est bien l’une des « guerres du XXe siècle », mais qu’elle est aussi celle à laquelle on a prêté une moindre attention. Grâce à Yves Roullière, le traducteur, Terrorisme et persécution en Espagne, une œuvre publiée en 1941 à Mexico (les Grands cimetières sous la lune de Bernanos datent de 1938) en même temps que le Puits de l’angoisse, rappelle le rôle majeur de l’écrivain José Bergamin dans la pensée catholique européenne de l’époque. À travers ce proche d’Albert Béguin, de Daniel Pézeril et de Florence Delay, on saisit que la guerre d’Espagne a confronté quelques intellectuels catholiques à leur catholicisme et à une Église qu’ils dénoncent comme sacrilège. En ce sens, la guerre d’Espagne a permis une réflexion critique qui ne relève pas de la théologie (elle ne met pas en cause le dogme catholique ou la primauté pontificale) mais prend à parti la « farce tragique » qui a conduit prêtres et prélats espagnols à soutenir la férocité guerrière du franquisme. Comme le rappelle le traducteur, « le titre original de l’ouvrage est Detras de la cruz, ce qui signifie littéralement “derrière la croix”, ce qui est la première partie d’un proverbe dont la suite est : esta el diablo, ce qui signifie littéralement “se trouve le diable”. Autrement dit, si l’on évacue la croix du Christ, comme le dit saint Paul, c’est le diable qui apparaîtra à sa place ». Bergamin n’a pas créé par hasard la notion de « personne dramatique », les troubles de la guerre d’Espagne et la prise de conscience d’une violence partagée (il ne fait preuve d’aucune démagogie vis-à-vis des courants anarchistes) l’ont fait accéder au sentiment tragique européen peut-être plus vite que les catholiques français.
O. M.
O. M.