La philosophie du drame


 

 

 

Dans ce numéro où sont évoqués Camus et Levinas autour de Simone Weil, le livre de Józef Tischner qui se veut « une dramatique » trouve sa place. Mort en 2000, l’aumônier du mouvement Solidarnosc qui a présidé l’institut des sciences humaines de Vienne s’interroge sur les ressorts du drame du mal dont les acceptions et les acteurs sont multiples. Si le mal fut à l’origine du combat politique qui a troublé l’histoire de la Pologne durant la période communiste, il est aussi au cœur des relations quotidiennes entre les hommes. La dramatique politique, celle du pouvoir qui conduit Tischner à évoquer Richard III de Shakespeare, est indissociable d’une dramatique phénoménologique qui ne surprend par chez ce proche de Husserl. Dans cette optique, il propose une interrogation en forme de drame (les actes se succèdent comme sur une scène de théâtre) sur les ressorts de la rencontre, de la réciprocité et de l’errance. Pour lui, c’est l’occasion d’une discussion approfondie avec Levinas et son éthique liée au Visage d’autrui. Si l’autre est le fauteur du mal, il n’y aurait pas de mal sans autrui, il lui faut discuter les pensées qui valorisent la place de l’autre et mettre à l’épreuve l’expérience d’autrui. Telle est la trame de ce beau livre qui ne cède jamais à la difficulté inutile et fait résonner l’histoire de la Pologne comme les contretemps actuels de l’Europe. Ce n’est pas parce que le communisme a incarné le mal historique (et il n’est pas le seul coupable !) qu’on s’est débarrassé de cette sale affaire du mal.

O. M.

 

 

 

Cerf, La nuit surveillée, 2012
272 p. 35 €