Le bleu des abeilles


Une enfant, arrivée d’Argentine, découvre le français. La forme romanesque cherche le rapport intime à la langue, l’apprentissage dans sa forme naïve, c’est-à-dire naissante. La romancière n’impose pas son rapport savant et maîtrisé à la langue en guise de morale de l’histoire. Mais elle refuse aussi le parler-enfant, sans charme, qui la rebute dans les premiers livres qu’on lui ­suggère. Elle préfère, par défi, Raymond ­Queneau, dont la lecture des Fleurs bleues sert de passerelle vers la nouvelle langue. Mais Queneau est un étrange intercesseur, faussement simple, dont les jeux d’écriture, parce qu’ils supposent une connivence inaccessible à une nouvelle arrivée d’une dizaine d’années, sont hermétiques bien que séduisants. À l’inverse, la romancière réussit à se replacer à hauteur d’enfant, sans viser trop bas ni trop haut. Elle ne disserte pas sur l’accès à la langue, elle fait vivre des scènes quotidiennes sur le chemin de l’école, à la bibliothèque, en visite chez des amis… où se joue, par touches, l’entrée dans un nouveau monde de sonorités et de rythmes. Chaque scène offre la fraîcheur même des expériences de l’enfant qui avance dans sa nouvelle langue. La rencontre est donc heureuse, malgré l’attachement à la langue maternelle, et la chronique familiale de l’exil est éclairée par la joie enfantine d’apprendre.

M.-O. P.

Gallimard, 2013
125 p. 15,90 €