Penser au-delà de l'Etat
Le titre de ce livre en traduit bien l’esprit : la globalisation est une invitation à penser autrement des concepts « indiscutables en apparence », comme celui d’État. En effet, la globalisation contemporaine, indissociable de la révolution technologique en cours, exige de renoncer aux schèmes verticalistes et hiérarchiques. Dans le sillage de ses précédents travaux, l’auteur montre que l’État est doublement débordé, par le haut (les institutions et les flux supra- ou transétatiques) et par le bas (les mouvements urbains par exemple), et que la notion de souveraineté en est considérablement fragilisée. Cette situation le conduit à risquer des propositions inédites sur ce qu’il nomme le « lieu politique », qui n’est plus caractérisé par la « cohésion identitaire » mais par « la mise en évidence de points de friction, de décalages et de déplacements ». Puisant comme à son habitude dans les travaux anthropologiques (ainsi évoque-t-il « la société contre l’État » chère à Pierre Clastres) et se référant aux auteurs les plus radicalement critiques de l’État (de Negri à Rancière), Marc Abélès en oublie cependant de s’interroger sur la manière dont l’État se recompose sur un mode strictement sécuritaire. Ce qui n’est pas sans lien avec le contournement dont il est l’objet : que l’État n’associe plus autorité et pouvoir ne signifie pas que les dynamiques de pouvoir ne sont pas en train de se métamorphoser…
O. M.