Shakespeare et l'œuvre de la tragédie


Publié dans la collection « Littérature et politique » que dirige Claude Lefort, Michael Edwards propose une suite à ses deux précédents ouvrages consacrés à Shakespeare (Shakespeare et la comédie de l’émerveillement, Paris, Desclée de Brouwer, 2003 ; Racine et Shakespeare, Paris, PUF, 2004). S’appuyant sur plusieurs exemples, mais essentiellement sur Antoine et Cléopâtre, l’auteur termine par un long commentaire du passage du Roi Lear où Edgar a été obligé de se déguiser en pauvre sous le nom de Tom après avoir été accusé et mis au ban. Celui qui va devenir roi après Lear affirme qu’il faut dire « ce que nous sentons, non ce que nous devrions dire ». Évoquant la scène où le pauvre Tom rencontre Lear sur la lande, « l’homme, tel un animal, pauvre, nu, fourchu », l’auteur démontre qu’Edgar est la réponse à la folie de Lear. « Filleul et successeur de Lear, Edgar est bien plus que cela, il représente l’espoir de la tragédie, et il paraît devant le roi avec cette double identité, d’homme perdu et d’homme capable de se retrouver. » Il aura fallu qu’Edgar se déguise en Tom pour échapper à la déchéance et trouver une issue à la tragédie. Il aura fallu qu’il se dénude physiquement et mentalement, et Lear avec lui, pour que l’issue de la pièce soit une réponse à la folie de Lear. Le théâtre, par ses masques et ses déguisements, indique un dépassement possible du réel le plus fou, le plus noir et tragique. Il y a un dépassement shakespearien du tragique.
O. M.

Belin, 2005
208 p. 19 €