DÉSORDRES DANS LE CAPITALISME MONDIAL


Michel Aglietta fut l’un des premiers à analyser la première vague de la mondialisation économique qui était indissociable dès les années 1960 du nouveau régime de croissance américain qui fut à l’origine du consensus de Washington imposé aux sociétés en développement. « Aussi dans la période allant de la chute du mur de Berlin à la crise asiatique, la globalisation fut-elle perçue comme la projection du capitalisme occidental (en réalité américain) dans le monde. Mais celui-ci a connu un terme avec la crise asiatique de 1997 qui a permis aux pays émergents de se libérer de la sujétion de la dette en dollars et de retrouver la souveraineté sur leurs choix économiques et stratégiques. » C’est donc un ouvrage fort éclairant sur la deuxième phase historique de la mondialisation économique que publient Aglietta et Berrebi. Nous sommes passés d’une domination américaine à un système d’interdépendances qui doit prendre acte des rééquilibrages économiques liés à la globalisation. Comme les pays émergents « faisaient ensemble 70 % du PIB mondial en 1820, cela signifie que le régime de croissance mondial du XXIe siècle effacerait presque les effets de la révolution industrielle qui avait fait reculer irrémédiablement ces pays vis-à-vis de l’Occident ». Dans ces conditions il faut faire toute leur place aux pays émergents (le dollar déclinant au fur et à mesure que les puissances émergentes rendront leurs monnaies convertibles et ne se protégeront plus, comme c’est le cas de la Chine, contre la demande interne pour éviter les risques d’inflation et favoriser exportations et réserves de change). D’où un deuxième ouvrage, écrit celui-ci avec Yves Landry, sur la Chine, un pays continent en passe de devenir l’une des plus grandes places financières de la planète. Si le premier ouvrage s’interroge sur l’interdépendance des économies émergentes et non émergentes, celui-ci examine les liens possibles entre croissance, réforme économique et réforme politique en Chine. « L’enjeu pour le reste du monde des réformes chinoises est l’essor d’un pôle de croissance de la demande, prenant le relais d’une économie américaine dont l’ajustement va entraîner un ralentissement prolongé de la demande intérieure. Il serait naïf de croire qu’un tel bouleversement se produira sans changement dans les relations internationales. »
O. M.

Odile Jacob, 2007
448 p. 29 €