CRISE ET RÉNOVATION DE LA FINANCE
Pour Michel Aglietta (à qui l’on doit déjà un livre éclairant sur la généalogie de la crise, la Crise chez Michalon) et Sandra Rigot, il ne fait guère de doute que la crise actuelle n’a rien à voir avec le retournement des récents cycles financiers provoqués depuis l’après-guerre soit par un emballement inflationniste, soit par une bulle spéculative sur les marchés boursiers ou immobiliers. Dans le vocabulaire de l’école régulationniste (Michel Aglietta, Anton Brender, Robert Boyer, Alain Lipietz…), la crise actuelle est une crise du « régime de croissance post-fordiste » provoquée par des « dettes privées montées à des niveaux insoutenables ». Puisque l’absorption de ces pertes implique un « désendettement durable qui devra se poursuivre bien au-delà de la récession », il faut construire une régulation des comportements afin d’assurer de la part des investisseurs la maîtrise du risque et, plus encore, d’accroître durablement l’aversion au risque. « Il s’ensuit que la déconnexion entre la consommation et les revenus grâce au régime de l’endettement à bas coûts et apparemment sans risque, qui a entretenu la croissance occidentale pendant vingt ans, est un épisode historique clos. » Comment imaginer plus précisément le régime de croissance mondiale à venir et sa régulation ? « D’un côté, on peut avancer que la croissance occidentale sera basse et grevée par un poids croissant des dettes publiques si un lien n’est pas rétabli entre les salaires réels et la productivité. D’un autre côté, les moteurs de la croissance future seront les pays émergents de taille continentale. » Une prise de risque raisonnable revient alors à un moindre aveuglement sur les inégalités internes (la crise de la société salariale) et l’histoire en cours (les pays émergents).
O. M.