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Notes de lecture

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Propos sur la présidentielle et la crise

avril 2013

#Divers

Sans tomber dans un défaitisme impuissant, Michel Rocard ouvre ce livre par le constat des multiples dimensions de la crise face à laquelle l’Europe reste impuissante à dépasser le modèle du capitalisme financier. C’est pourquoi il se prononce clairement pour un renforcement de la politique de l’euro et l’évolution de l’Europe vers le fédéralisme. Il conclut par une invite à remettre la France debout avec un projet de société privilégiant une vision de long terme et s’inscrivant dans une perspective européenne. C’est ainsi qu’il revient sur les enjeux actuels auxquels la France doit faire face, mais aussi sur les évolutions de la société française et du monde dans lequel nous avons désormais à vivre et que nous souhaitons.

 

Appuyant son propos sur l’histoire économique et une analyse macroéconomique de faits récents, l’ancien Premier ministre insiste sur une nécessaire réforme des institutions de l’Union européenne, dont il note qu’elle est en plein désarroi face à un monde où les pays émergents deviennent de vraies forces économiques et politiques. C’est précisément la position qu’il défendait déjà avec Alain Juppé dans La politique telle qu’elle meurt de ne pas être (Paris, JC Lattès, 2011), expliquant que nous évoluons désormais dans un monde multipolaire où les antagonismes du XIXe siècle pourraient ressurgir avec encore plus de force vu l’échelle de ces ensembles régionaux. Cette idée nuance ainsi la thèse que Jérémy Rifkin défendait en 2005 selon laquelle l’Europe serait amenée à dominer le monde (Le rêve européen. Ou comment l’Europe se substitue peu à peu à l’Amérique dans notre imaginaire, Paris, Fayard, 2005) et que Michel Rocard partageait en 2008 quand il expliquait que l’Europe avait un rôle de régulateur à jouer (Notre Europe, Paris, Robert Laffont, 2008). Dans cet ouvrage, il pointe cependant comme faiblesse de l’Europe le fait que « la souveraineté nationale est devenue contre-productive » (p.53) face à des problèmes d’échelle internationale. C’est pourquoi il encourage notamment la France à profiter de son large réseau diplomatique pour se préoccuper des affaires internationales, estimant que sa vocation est l’exemplarité. Plus largement, il note un décalage croissant entre les impératifs d’un monde postmoderne et les habitudes de la diplomatie comme de la « gouvernance mondiale » qui, se perdant en consensus, sont rarement capables de décisions rapides.

 

Après des développements sur l’origine du capitalisme, « l’âge des grandes unités de production » (p. 61), lié à la libération du prêt à intérêt que la Réforme rendit possible, il souligne que ce modèle engendre naturellement des crises en raison de son instabilité. Notant également que l’extension de la sphère marchande et la société de consommation croissent aux dépens du bien-être et de la sphère spirituelle, il déplore ce « déclin de civilisation » (p. 86) dont les modèles s’appuient trop selon lui sur les mathématiques dans la lignée des thèses monétaristes qu’il rejette. Dans le même esprit, il dénonce les réformes de l’Etat reposant sur des postulats comptables et financiers et recommande de promouvoir la concertation et l’évaluation des politiques publiques.

 

Convoquant Châteaubriand, Blum et Hannah Arendt, Michel Rocard renouvelle l’analyse de Rifkin sur la fin du travail (la Fin du travail, Paris, La découverte, 1997) qu’il replace dans une vision de la société dans laquelle vie professionnelle et vie privée trouveraient un nouvel équilibre. Ce livre constitue donc bien un appel à refonder les valeurs et le sens de notre modèle social européen, dont les caractéristiques, « démocratie politique, économie de marché, défense de la concurrence devant tout monopole, services publics importants, protection sociale efficace, défense et protection de la diversité culturelle en font un mélange envié du monde entier » (M. Rocard, Si la gauche savait, Paris, Robert Laffont, 2005).

 

Antoine Thomas

Odile Jacob, 2012
265 p. 20,20 €