Le Pire des mondes possibles

De l'explosion urbaine au bidonville global


Dans un ouvrage de référence sur Los Angeles, City of Quartz (Paris, La Découverte, 1977), Mike Davis s’est d’abord penché sur l’urban sprawl à l’américaine, ce qu’on appelle la « losangelisation », l’extension infinie et illimitée d’entités post­urbaines inventant des stratégies de contrôle urbain donnant lieu à une privatisation des territoires. Dans ce nouveau livre, il observe une autre forme d’illimitation et de démesure, celle des bidonvilles qui se multiplient moins à la périphérie, à la marge, que « dans » les mégacités elles-mêmes (14 agglomérations comptent aujourd’hui des bidonvilles de plus de 1 million d’habitants, 1 milliard de personnes vivent dans des taudis de par le monde). Décrivant aussi bien les formes de criminalité que les stigmatisations dont ces bidonvilles encastrés dans les mégapoles sont l’objet, il s’en prend également à ceux qui, comme Rem Koolhaas, célèbrent les vertus de ceux qui survivent dans ce monde, mais aussi aux théoriciens de l’économie informelle. L’auteur rappelle crûment que l’absence d’habitat casse les individus, ferme les esprits et broie les corps, ce que montrent fort bien des études portant sur des villes comme Kinshasa. Davis rapporte un propos de l’Army War College – « la guerre du futur se jouera dans les rues, dans les égouts, dans les gratte-ciel et dans les zones de logements tentaculaires et anarchiques qui constituent les villes cassées de la planète » –, propos auxquels il aurait fallu ajouter que dans les bidonvilles il n’y a ni rue, ni égout, ni gratte-ciel…
O. M.

La Découverte, 2006
252 p. 21 €