LE STADE DUBAÏ DU CAPITALISME

Suivi de Questions pour un retour de Dubaï par François Cusset un retour



Auteur d’un ouvrage-culte, en tout cas dans certains milieux, sur Los Angeles (City of Quartz), Mike Davis propose un court essai sur Dubaï qui est l’antithèse de sa réflexion sur le bidonville global. Son intérêt réside moins dans l’analyse de l’architecture de tours ou de l’image entretenue par la Cité de tous les délires (toujours à la limite de la caricature comme il se doit : « Dubaï est un paradis ultrasécurisé, avec son secret bancaire à la Suisse, ses armées de portiers, de gardiens et autres nervis chargés de protéger ses sanctuaires du luxe ») que dans le lien établi entre des investissements qui dépassent l’imagination et le scénario de l’après-pétrole (Dubaï est l’émirat le plus pauvre en pétrole des sept émirats composant les Émirats arabes unis). « Autrement dit, la capitalisation des économies du Golfe n’est pas seulement indexée sur la production du pétrole, mais aussi sur la crainte d’une interruption de l’approvisionnement. » Dans cet univers futuriste et très actuel à la fois, François Cusset observe, avec acuité et ironie, un lien entre l’islam et le marché capitaliste, entre la tradition religieuse (la sécurité de Dubaï passerait, nous suggère-t-on, par une alliance secrète avec Al-Qaida !) et le capitalisme le plus globalisé et le plus financier. Mais si Dubaï est à la fois plus capitaliste que Miami et plus fidèle à l’islam que bien des villes musulmanes, il serait temps d’en finir selon Cusset avec « un certain culturalisme prompt l’associant aux mœurs et aux valeurs de l’Occident historique ». Ce n’est pas tout à fait faux.

O. M.

Les prairies ordinaires, 2008
96 p. 8 €