Eloge de l'esquive
Le Brésil, c’est le football. Les deux semblent indissociables. Pourtant, le football est un sport européen. Pourtant, même lorsqu’il a été importé au Brésil à la fin du xixe siècle, les clubs sont longtemps restés réservés aux Blancs. C’est dans les années 1920, en même temps que la révolution moderniste, que « le foot se tropicalise parce qu’au même moment le Brésil entreprend sa révolution culturelle ». Mais le livre d’O. Guez n’est pas un livre d’histoire ; il joue avec l’histoire, les souvenirs, les mots, pour saisir ce qui unit le Brésil et son football, à travers la figure du dribble. On dépasse le foot, même si l’on y revient toujours ; les joueurs noirs ou métis ont appris à dribbler pour ne pas se faire agresser par les défenseurs blancs, les pauvres dribblent pour éviter les obstacles d’une société trop rigide. Puis les Brésiliens font de ce style un art, incarné par Pelé le « roi » et Garrincha le « dieu primitif ». Victoires à la Coupe du monde en 1958, en 1962 puis en 1970. Le Brésil sent qu’il peut dépasser l’Europe. Mais joue toujours comme s’il s’en fichait. Aujourd’hui, mondialisation du foot et enjeux financiers obligent, « le Brésil ne peut plus se permettre de jouer à la brésilienne ». Que perd-on, que gagne-t-on à « émerger », à devenir un acteur de la compétition mondiale ? La Seleçao a tout perdu lors de sa défaite historique (7-1) contre l’Allemagne en demi-finale de la Coupe du monde 2014. Et Dilma Rousseff en paiera peut-être le prix lors de la présidentielle d’octobre.
A. B.