LES INCENDIAIRES

Les banques centrales dépassées par la globalisation



 De la crise financière la plus récente (voir l’éditorial) on conclut que le capitalisme financier américain ou européen ne peut continuer à créer des bulles spéculatives successives (sur les actifs financiers, boursiers ou immobiliers) liées à des interruptions brutales des flux de liquidités. Anticipant avec lucidité les événements récents et le procès désormais intenté à Alan Greenspan, l’ancien gardien de la Réserve fédérale, auquel on reproche de s’être contenté depuis la crise de 1987 d’injecter du liquide dans les moments de turbulence et de faire baisser les taux d’intérêt, Patrick Artus s’interroge sur le rôle des banques centrales (américaine, européenne, britannique…). Pour lui, il est temps d’imaginer des mécanismes de freinage et de stabilisation institutionnelle et de concevoir un autre rôle pour les banques centrales. Deux constats sont mis en avant: les banques centrales indépendantes ont été conçues à une époque (encore récente) où il fallait brider l’inflation (d’où l’obsession des taux d’intérêt) alors que la globalisation économique a désormais substitué une économie déflationniste à une économie inflationniste. Si l’inflation des biens ne fait pas question quand la concurrence des pays émergents tire les prix vers le bas, l’inflation des flux financiers est au contraire un problème grave. Ensuite, les banques centrales devraient jouer le rôle de vigies afin de contrôler les excès, fournir de l’information viable et punir les mélanges (souvent offshore) de bonnes et de mauvaises liquidités. Alors que le capitalisme asiatique produit des excès de liquidités, le capitalisme américain (et le capitalisme européen qui n’est pas en reste) emprunte des liquidités à l’excès. Mais aucune instance régulatrice n’est susceptible de freiner les flux et de revenir aux fondamentaux (est-il inconcevable que les banques centrales puissent remarquer qu’entre 1999 et aujourd’hui le prix des maisons a été multiplié entre 2, 5 et 3, 5 fois aux États-Unis… avant la chute?). Loin d’être un procès des banques centrales ou une réaction de type souverainiste au rôle de la Banque centrale européenne (Bce), cet ouvrage est un appel au secours pour que les banques jouent un rôle responsable à l’heure de la globalisation économique.
O. M.

Perrin, 2007
192 p. 14,80 €