L'administration de la peur
Conversation avec Bertrand Richard
La médiatisation des idées qui permet à des esprits comme Alain Badiou ou Michel Onfray de se trouver projetés momentanément sur le devant de la scène tout en pouvant dire à peu près tout et son contraire (là, il n’y a vraiment pas de censure !) dessert souvent des esprits transdisciplinaires, eux aussi traités d’essayistes, qui n’ont pas honte de penser en termes généraux et de jouer les Cassandre. Alors qu’on valorise le livre de Hartmut Rosa (voir l’article qui lui est consacré dans le numéro d’Esprit de juin 2010) sur la vitesse, le dernier opuscule de Paul Virilio rappelle qu’il fut l’un des pionniers de la réflexion sur la vitesse (la « dromologie ») mais aussi de celle qui porte sur « l’administration de la peur » chère à Zygmunt Bauman. « La bombe informatique, découlant de l’instantanéité des moyens de communication, et notamment de la transmission de l’information, a un rôle éminent dans l’établissement de la peur au rang d’environnement global puisqu’elle permet la synchronisation de l’émotion à l’échelle mondiale. » Mais, aujourd’hui, l’architecte Paul Virilio prolonge des interrogations déjà anciennes par une analyse des métamorphoses du « chez soi ». « Le sédentaire contemporain, c’est celui qui est partout chez lui, grâce aux portables, et le nomade, c’est celui qui n’est nulle part chez lui, celui qui est exclu. » C’était d’ailleurs la leçon de l’exposition qu’il avait organisée avec Raymond Depardon à la fondation Cartier à Paris.
O. M.