L’Amérique post-raciale ?
Ce petit ouvrage regroupe un certain nombre d’articles parus sur le site laviedesidées.com, introduits par une synthèse de Pauline Peretz sur « La race, un “dilemme américain” » (notons au passage que le papier a un bel avenir devant lui, si l’on en juge par les initiatives – livres de Médiapart, France Culture Papiers – qui visent à coucher sur le papier un contenu auparavant non disponible sous cette forme). L’illusion d’une Amérique « post-raciale », ou « aveugle à la couleur » (color blind) s’est bien vite dissipée après l’élection de Barack Obama, et la question de la race demeure structurante dans la société américaine. L’hybridation de cette société, les liens entre les différentes minorités (explorés par Pap Ndiaye dans son analyse d’un livre de Nicole Lapierre, et par Daniel Sabbagh commentant l’étude de Paul Schor sur le recensement aux États-Unis) demeurent un phénomène relativement marginal ; le grand basculement à l’œuvre aujourd’hui n’est pas celui d’une société racialisée à une société multiraciale, mais celui d’une société majoritairement blanche à une société composée d’une « majorité de minorités ». Cette transformation ne saurait cependant suffire, en l’absence de volonté politique, à combler les inégalités qui persistent, dans des domaines aussi variés que la santé, l’emploi… et les prisons. Lors d’une visite récente à Paris, Angela Davis, grande militante de la cause noire et féministe, rappelait ainsi que les États-Unis ont la plus grande population carcérale du monde, très majoritairement issue des minorités noire et latino.
A. B.