MEDIAS : LA FAILLITE D’UN CONTRE-POUVOIR


Récemment, les médias ont été célébrés comme le «   premier pouvoir   ». Il se peut, mais dans ce cas, quelle faillite pire encore  ! Ce livre, qui porte surtout sur la presse, a quelque chose d’accablant. Ce que chacun a pu éprouver en regardant la télévision et en lisant la «   grande presse   », la presse dite nationale, les «   fautes   » qu’il a pu relever par action et surtout par omission, se trouve ici confirmé, décortiqué, mis à nu avec rigueur. Mais comme lecteur et comme téléspectateur, nous avons tendance à condamner ponctuellement tel journaliste pour ses défaillances, tel journal pour ses dérives, constatées ou soupçonnées. L’intérêt de l’enquête menée par Merlant et Chatel, journalistes eux-mêmes (à La Vie et à Témoignage chrétien), est qu’elle porte sur le système de l’information dans son ensemble, profondément modifié par ses transformations technologiques, ses révolutions marketing, ses impératifs économiques de rendement et de vitesse, son système concurrentiel. La profession de journaliste, c’est-à-dire, malheureusement, la formation des journalistes, leur professionnalisme et leur éthique mêmes, est emportée et bouleversée par ces mutations que le profane, souvent, ignore du tout au tout. Comme, après tout, le lecteur et le spectateur aussi ont des responsabilités, l’histoire et les ressorts de cette «   faillite d’un contre-pouvoir   » le concernent au premier chef. Les auteurs font à la fin des propositions qui consistent, pour l’essentiel, à décloisonner ou à déverrouiller le système de l’information, en diminuant l’écart entre les journalistes et leur public, les postés et les précaires, les experts et les profanes, les classes moyennes et le peuple, les hommes et les femmes, les «   normaux   » et les autres, l’ici et l’ailleurs. Des réformes utiles, mais comme des piqûres de rappel dans un univers très mal en point.

 

J.-L. S.

Fayard, 2009
327 p. 19 €