L’esprit de la Ve République. L’histoire, le régime, le système
Au-delà de son intérêt politique et intellectuel, le livre de Philippe Raynaud est peut-être d’abord un livre utile au moment où Emmanuel Macron – sorti vainqueur des urnes deux mois après sa parution – tente de réhabiliter la fonction présidentielle dans une Ve République qu’on dit épuisée, vidée de sens et de force. Précis sur la naissance, l’histoire et le projet de la Ve République, il permet les évaluations de ses avantages passés et de ses difficultés actuelles et, éventuellement, les comparaisons entre ses réalisations sous les présidences successives, jusqu’à la tentative de rénovation par le président actuel – car le pouvoir exécutif est bien entendu central dans l’ouvrage. Après coup, on cherche forcément, dans la conclusion, quelques prévisions justes ou erronées concernant la suite des événements. En vain : alors que François Fillon semblait sans doute encore « le vainqueur sans risque de se tromper » au moment où ce livre s’écrivait, l’auteur s’abstient de tabler sur lui. E. Macron, improbable, reste encore dans l’ombre. Philippe Raynaud propose surtout une évaluation fine de l’état des lieux, y compris des limites importantes qu’a représenté le passage du septennat au quinquennat (dévalué autant par l’« hyperprésident » que par le « président normal »). Cependant, le problème essentiel, dénoué de la manière la plus inattendue mais peut-être non résolu par E. Macron, était bien, comme le dit Philippe Raynaud, « l’épuisement du système partisan né dans les années 1980 ».
Jean-Louis Schlegel