TROIS RÉVOLUTIONS DE LA LIBERTÉ
Angleterre, Amérique, France
Déjà contributeur du Dictionnaire de la Révolution française mis en œuvre par François Furet et Mona Ozouf en 1989, codirecteur du Dictionnaire de philosophie politique, Philippe Raynaud réunit ici des textes de référence sur les « Trois Révolutions ». Très bon connaisseur des deux révolutions américaine et anglaise, il plaide pour un travail comparatif prenant en considération la singularité des trois histoires politiques. Selon lui, la voie anglaise doit être comprise à partir du droit anglais fondé sur la tension entre la logique de souveraineté (le roi puis le parlement) et celle de la Common law distincte du pouvoir étatique/monarchique français ; les États-Unis sont le laboratoire de la démocratie moderne puisque l'esprit démocratique l'emporte sur l'esprit révolutionnaire du fait de l'absence d'un héritage aristocratique ; et la Révolution française est celle des droits de l'homme avant d'être celle de la Terreur. Dès lors « l'histoire de la liberté moderne doit s'écrire en plusieurs langues », raison pour laquelle Raynaud se méfie du clivage opposant brutalement les révolutions libérales et « la République universaliste, rationaliste, laïque et étatiste » (version post-marxiste à la Debray ou marxiste éternelle à la Badiou). « Aux républicains et aux radicaux français, on se contentera de rappeler que la réflexion sur les expériences anglaise et américaine fait elle-même partie des meilleures traditions de la démocratie française y compris chez les penseurs républicains. Aux critiques conservateurs de la Révolution française, on dira simplement que la Révolution américaine s'inscrit dans une transformation globale qui n'aurait pas pu s'accomplir si la Révolution française n'avait pas brisé le vieux système européen des "anciens régimes". » Tous les textes rassemblés contribuent à éclairer les ressorts d'une comparaison (associant histoire, droit et science politique) qui n'a rien perdu de sa pertinence dans le « monde mondialisé » d'aujourd'hui. D'autant que « la liberté et l'autonomie passent par un rapport à la fois fidèle et critique aux expériences qui les ont rendues possibles ». Des lecteurs accorderont sûrement un statut particulier à un texte inattendu, celui que l'auteur consacre au voyage américain de Simone de Beauvoir, cette « Stendhal féminin »… Une Simone de Beauvoir dont il révèle l'intelligence du regard porté sur les États-Unis dans l'Amérique au jour le jour qui date de 1948.
O. M.
O. M.