LE PRÉSIDENT ET MOI
Le parallèle entre le style de Nicolas Sarkozy et celui de Silvio Berlusconi est a priori tentant : communication médiatique et affichage ostentatoire du succès. Telle n’est justement pas la définition du « sarkoberlusconisme » proposée par Pierre Musso qui a déjà décrypté dans Berlusconi, le nouveau prince l’originalité du président du conseil italien. Cela reviendrait en effet à négliger une analyse politique de leurs victoires électorales et de se contenter d’une analyse en termes de « manipulation » par les médias. On ne peut pourtant pas confondre l’homme d’affaires le plus riche d’Italie avec l’homme politique français dont tout le parcours a été mené au sein du Rpr. Leur point commun réside plutôt dans la manière de développer un discours de la réussite qui fait appel à l’imaginaire du petit entrepreneur : « La théâtralisation de l’imaginaire entrepreneurial s’opère sur deux registres complémentaires du gouvernement des hommes par le rêve structuré autour du travail, de la réussite, du plein-emploi, et par la peur suscitée par son inverse, l’échec, la précarité et, finalement, l’insécurité au sens large. » Chargé de suivre le président Sarkozy pour le journal Le Monde, Philippe Ridet est bien placé pour analyser les stratégies de connivences et de durcissement du président vis-à-vis des journalistes. D’une plume alerte, il raconte les difficultés du professionnel à faire face à cette double relation du président aux journalistes et à son évolution entre le moment de la campagne électorale et l’installation à l’Élysée. Sous des airs de fausse naïveté, ce livre décrit l’enfermement progressif de la communication présidentielle qui se distingue de la pipolisation et de la privatisation, et il raconte la déception d’un professionnel qui se demande désormais ce qu’il fait à l’Élysée. Mais s’il éclaire les coulisses de son métier, il se garde bien de laisser croire que toute la politique du président pourrait s’expliquer par son style médiatique.
O. M. et M.-O. P.