Politiques sécuritaires et surveillance numérique


Il semble bien loin aujourd’hui le temps où l’internet était associé à la liberté, à la fluidité, où l’on surfait sans crainte et – pensait-on – sans conséquences. L’image du réseau s’est aujourd’hui assombrie : usurpation d’identité, surveillance, exploitation commerciale des données, le citoyen semble en position de faiblesse face à des États et à des entreprises qui étendent leur empire, souvent avec sa complicité, consciente ou inconsciente. Dans la présentation générale de cet ouvrage, Pierre-Antoine Chardel souligne le haut niveau d’« acceptation sociale des technologies de surveillance », qui fait, par exemple, que les révélations d’Edward Snowden sur le logiciel Prism de la National Security Administration américaine n’ont guère provoqué de mouvement majeur d’indignation dans l’opinion publique. Bien sûr, la complexité juridique et technique du réseau rend difficile l’appropriation par les citoyens de leurs propres données, et leur maîtrise. Bien sûr, les autorités arguent de la menace terroriste pour mettre en place des outils de plus en plus fins d’observation et de surveillance. Bien sûr, les gens aujourd’hui veulent être vus, sur les réseaux, sur les écrans. Mais qui doit profiter de cette visibilité ? Comment interpréter cette interpénétration entre contrôle et désir d’être vu, l’avènement de la « sousveillance », comme la nomme Jean-Gabriel Ganascia ? Et ne faut-il voir dans le renforcement des appareils sécuritaires des États qu’une manière de masquer la déliquescence d’une autre protection, la protection sociale, à l’heure de la crise de l’État-providence (voir l’entretien avec Zygmunt Bauman) ? De l’état d’exception à la surveillance généralisée (Marie Goupy), ce livre permet d’aborder ces questions centrales – et souvent trop peu discutées – à travers des perspectives diverses (juridique, philosophique, sociologique…).

A. B.

CNRS Editions, Les essentiels d'Hermès, 2014
215 p. 8 €